La fin de cette année et le début d’une autre…

    Je vous écris mon dernier message de l’année. On se retrouve en 2012 (c’est à dire très vite!)!

    Je vous souhaite à tous une bonne et heureuse année 2012! Que cette nouvelle année vous apporte bonheur, santé, amour, argent, réussite, et que vos rêves se réalisent… Bref: EXCELLENTE ANNEE!

    Rendez-vous en 2012 pour de nouvelles chroniques celtiques!

    A… demain!



Dédicace spéciale: il y a huit ans…

    Il y a huit ans… Nous étions le 27 décembre 2003…

    J’avais douze ans, j’étais une petite collégienne de cinquième, plus portée vers les bouquins et l’informatique que vers la musique…

    Ce 27 décembre 2003, profitant de l’argent de poche qui m’a été accordé à l’occasion de Noël, je fais l’acquisition, dans une grande surface *** de Chartres, d’un CD repéré quelques temps avant au cours d’emplettes de Noël. La pochette: une croix de granit (plus précisément croix celtique) sur fond bleu. Granit aussi solide et intemporel que les chants dont ce CD est un vecteur. Bleu, comme la mer, élément fondamental de la région natale des interprètes de ce disque.

    Ce CD, c’est la compilation Le meilleur de Tri Yann volume 2

    Au mois de juin précédent, assistant au concert de la chorale à laquelle l’école de ma maman enseignante participe, j’ai découvert une chanson du pays gallo, au titre élégant: Pelot d’Hennebont… L’auteur de cette chanson est un certain Tri Yann, dont je n’avais encore jamais entendu parler. Mais ce soir-là, j’ai été subjuguée par ce titre, comme jamais auparavant pour une chanson. J’ai ressenti quelque chose de très fort émotionnellement, et de totalement nouveau pour moi qui ne m’intéressais guère à la musique. De nouveaux horizons s’ouvraient… J’ai adoré. Cette émotion a été si forte et si grisante que je ne l’ai pas oubliée. L’été suivant: « Ouaaah, Maman, c’était trop bien Pelot d’Hennebont! Prête-nous le CD du play-back, s’il te plaaaaiiit! » Demandé et accordé! Je peux éprouver de nouveau cette incroyable émotion, sur laquelle je n’arrive pas à mettre de mots. Dans la foulée, j’apprends que Tri Yann, l’interprète de la chanson, n’est pas une personne seule, mais… un groupe! Intéressant… Je ne suis pas contre le fait d’en savoir plus sur eux… C’est donc pour cela que quelques mois plus tard, au moment des achats de Noël, je prête attention à ce CD aperçu au détour d’un rayon…

    Enfin, je m’égare… Le 27 décembre 2003, je l’achète. Sur la route du retour, on le glisse dans l’autoradio. Et là…

    Et là… J’ai attrapé une étrange, incurable et jubilatoire maladie! Qui sont ces Tri Yann, capables de me faire bouger sur des titres aussi dansants qu’entraînants, de m’amuser sur d’autres, grâce à leur incomparable maniement du verbe, titres soutenus par un chanteur à la voix haute, légèrement nasillarde, si particulière? Ou de m’émouvoir autant grâce à des textes poignants que grâce à un deuxième chanteur à la voix magnifique, chaude et suave? Une voix de troubadour… Par quel miracle les mélodies jouées peuvent-elles être aussi sophistiquées et denses, sans jamais verser dans la lourdeur, en restant toujours fluides?… C’EST Tri Yann! Ce 27 décembre 2003, c’est… la découverte après l’ignorance… Une fantastique et inédite émotion me fait vibrer… Je suis devenue fan, tout simplement!

    Trois mois plus tard, premier concert, à Chartres… Nouvelle révélation, autre claque dans la figure…

     Maintenant, huit ans ont passé. Huit années, neuf concerts, des centaines de kilomètres parcourus pour les Tri Yann, des dizaines de chouettes rencontres, des amitiés tissées au fil des concerts, tant avec les musiciens qu’avec leurs fans les plus éminents. Bref, autant de gens formidables côtoyés!

    Le 4 juillet dernier, à Redon… Jean-Paul Corbineau, avec sa guitare, nous offre Pelot d’Hennebont! Imaginez mon état d’esprit, à l’entente de ma chanson préférée en concert pour la première fois… Les mots me manquent!

    A Lorient, le 13 août, rebelote! Lors de la rencontre privilégiée entre notre bande d’Allumés Tryanautes et Jean-Louis, Jean-Paul et Freddy, j’ai été toute émue de dire à Jean-Louis qu’entendre Pelot à Lorient m’avait énormément touchée, puisque c’est grâce à cette chanson que je les ai découverts…

    Pour moi, depuis 8 ans, les Tri Yann ont changé ma vie. Ils m’ont ouvert des portes, en déclenchant mon intérêt pour la musique celtique: les portes de la Bretagne, du Festival Interceltique de Lorient, et de bien d’autres choses encore… Par leur musique qui a touché et touche encore plusieurs générations, ils m’accompagnent au quotidien… Pendant les moments moins chouettes, où je n’allais pas bien (ce qui est arrivé fréquemment durant la première année après les avoir découverts, car la cinquième a été particulièrement horrible sur le plan scolaire…), ils ont été comme un rayon de soleil, m’apportant un grand réconfort. Ecouter leur musique a été plus efficace que toutes les thérapies! C’est encore valable aujourd’hui…

    Et comme le hasard fait très bien les choses… Le 27 décembre est la date où j’ai découvert Tri Yann, mais également la date anniversaire du groupe (fondé le 27 décembre 1970, ndlr). A croire qu’il y avait prédestination!

     Aujourd’hui, le groupe a 41 ans… On espère que cette formidable aventure musicale et humaine durera encore le plus longtemps possible!

     Les Tri Yann, je vous adresse un mot tout simple, mais qui me vient du fond du coeur, qui témoigne de mon admiration, de ma reconnaissance, et qui tient en cinq lettres: MERCI!!!!



Sons et sondages 1: La jument de Michao

    J’inaugure la toute nouvelle rubrique avec un absolu incontournable de la musique bretonne: La jument de Michao.

    La jument de Michao est la version bretonne (probablement gallaise) d’une chanson traditionnelle d’origines bourguignonnes, intitulée J’entends le loup, le renard, le lièvre. Si quelques groupes, comme Kouerien ou Malicorne, en ont repris le thème musical, c’est incontestablement la version de Tri Yann,  enregistrée en 1976 sur l’album La découverte ou l’ignorance, qui l’a fait passer dans la mémoire collective. On peut dire sans l’ombre d’un doute que les Tri Yann sont les véritables papas de La jument de Michao. La chanson est devenue leur plus gros tube, joué à chacun des concerts (sinon, c’est le public qui s’en charge!)! C’est LEUR chanson. Elle a fait le tour du monde au grand galop… En 1998, avec Mais qui est la belette?, Manau l’a revisitée à la sauce rap celtique, dans une version complètement éloignée de l’originale (et que personnellement, je déteste). Le groupe féminin belge Laïs l’a reprise également il y a quelques années, dans une version assez mignonne. La dernière reprise en date (et la plus « médiatisée »…) est celle de Nolwenn Leroy en 2010, sur son album Bretonne

    Voici les vidéos comparatives:

 

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    1) La jument de Michaud, dans sa meilleure version: celle de Tri Yann. Ici, le groupe, aux rênes de La jument, enflamme le Stade de France!

 

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    2) La version du groupe belge Laïs il y a quelques années, plutôt fidèle à celle de Tri Yann…

 

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    3) La reprise de Nolwenn Leroy en 2010…

 

      http://www.pixule.com/157313357620_quelle-version-jument-michao-preferezvous.html

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Sons et sondages…

    J’ai plein de nouvelles idées pour faire vivre ce blog. Voici ce que j’ai imaginé pour le rendre un peu plus « interactif » tout en restant dans le thème de la musique celtique: je vous proposerai dans la catégorie Sons et sondages  d’écouter différentes versions de chansons traditionnelles celtiques (bretonnes, irlandaises, écossaises…). Un sondage vous permettra, dans chacun des articles, de voter pour votre version préférée du morceau dont il sera question. Afin de renforcer la visée « interactive » de cette nouvelle rubrique, et parce que chaque opinion mérite d’être prise en considération et peut être constructive, je vous invite, si vous le souhaitez, à déposer des commentaires sur les articles, où vous justifierez votre choix.

    Cette idée vous plaît-elle?

    Maintenant, à vous de jouer… et de voter!!!

    Amicalement, Celtic Chroniques



Joyeux Noël!

    Joyeux Noël! dans Actus acc8ba5f

                                         Je vous souhaite à tous un très Joyeux Noël!!!      

   Voici les paroles de Noël Guérandais, une très jolie chanson traditionnelle de Loire-Atlantique, chantée par Tri Yann en 1974:

     NOËL GUERANDAIS

 Quand la vierge vint à la messe
Le jour de la chandelou
Elle mit sa plus belle robe
Qu’était de cinq cents coulous
Néoa, Néoa, Néoa, Néoa

Elle mit sa plus belle robe
Qu’était de cinq cents coulous
La ceinture qui l’enserre
Faisait bien dix mille tours
Néoa, Néoa, Néoa, Néoa

La ceinture d’or qui l’enserre
Faisait bien dix mille tours
En chemin par où elle passe
Les buissons fleurissaient tous
Néoa, Néoa, Néoa, Néoa

En chemin par où elle passe
Les buissons fleurissaient tous
En la ville de Guérande
Les cloches sonnaient ter tous
Néoa, Néoa, Néoa, Néoa



Focus sur un coup de coeur musical: la chanson Brest…

    Comme tout le monde, j’ai des artistes de prédilection. Mais il m’arrive aussi parfois d’avoir UN coup de coeur pour UNE chanson particulière de tel ou tel autre artiste, sans pour autant être fan de l’artiste en question. C’est le cas pour l’un des titres phares du chanteur de variétés Miossec: la chanson Brest

    Brest est l’un des titres porteurs de son album 1964, sorti en 2004. La chanson a une portée autobiographique certaine, puisque Miossec est un Brestois pur beurre. Nolwenn Leroy en a fait une reprise assez réussie sur son album très inégal Bretonne. C’est d’ailleurs, avec Mna Na H Eireann, l’une des seules reprises réussies que je concède à son disque. Brest est jolie, poétique, et me plaît, avec ses paroles nostalgiques et sa mélodie douce qui monte en puissance jusqu’à flirter avec le rock au moment du refrain. Vidéos:

 

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    Clip officiel de Miossec

 

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    Nolwenn chante Brest en concert à Guingamp

 

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    Miossec et Nolwenn réunis en duo lors d’un concert de Nolwenn à la Carène de Brest en mars dernier.

 

    Que ce soit l’une ou l’autre version, ça m’indiffère totalement, en fait! Ce sont les paroles qui m’interpellent et me touchent. Mais surtout: ce qui me parle, ce n’est pas le thème littéral du texte (je ne suis pas bretonne, et je n’ai jamais mis les pieds à Brest!), mais son thème profond. A savoir: le déracinement, le fait d’avoir dû quitter la ville d’enfance, chère à notre coeur, pour des raisons professionnelles ou autre. Je me retrouve un peu là-dedans: moi-même, j’ai dû quitter la petite commune d’Eure-et-Loir où j’ai vécu de 0 à 18 ans, et où j’ai passé les plus belles années de ma vie, pour aller étudier en Bretagne. Maintenant, je n’y reviens que pendant les petites et grandes vacances, mais j’ai gardé un attachement indéfectible pour le village et la maison de mon enfance…

    Bref… Refermons la parenthèse nostalgie. Voici les Paroles:

 

BREST

 

Est-ce que désormais tu me détestes

D’avoir pu un jour quitter Brest?

La rade, le port, ce qu’il en reste,

Le vent dans l’avenue Jean-Jaurès.

Je sais bien qu’on y était presque,

On avait fini notre jeunesse

On aurait pu en dévorer les restes

Même au beau milieu d’une averse.

 

REFRAIN: Tonnerre, tonnerre, tonnerre de Brest,

Mais nom de Dieu, que la pluie cesse!

Tonnerre, tonnerre, tonnerre de Brest,

Même la terre part à la renverse.

 

Le Recouvrance que l’on délaisse,

La rue de Siam, ses nuits d’ivresse,

Ce n’est pas par manque de politesse,

Juste l’usure des nuages et de tes caresses.

Ceci n’est pas un manifeste,

Pas même un sermon, encore moins une messe,

Mais il fallait bien qu’un jour je disparaisse

Doit-on toujours protéger l’espèce?

 

Tonnerre, tonnerre, tonnerre de Brest…

Est-ce que toi aussi ça te bouleverse?

 

Est-ce que toi aussi ça te bouleverse

Ces quelques cendres que l’on disperse?

Est-ce qu’aujourd’hui au moins quelqu’un te berce?



A écouter d’urgence…

… La chanson suivante…

 

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    A’ghrian, chant gaélique interprété par la soprano irlandaise Rita Connolly, est le chant final de l’oeuvre celtico-symphonique The Pilgrim de Shaun Davey (le compositeur qui avait déjà signé la magnifique création The Brendan Voyage), jouée en première mondiale au FIL dans les années 80. The Pilgrim, dont l’action se situe au Moyen-Âge, raconte les explorations des mers de l’Ouest par les Irlandais, les Ecossais et les Bretons. L’oeuvre a été jouée plusieurs fois à Lorient depuis les années 80: à chaque fois, c’était un triomphe! L’enregistrement ci-dessus a été réalisé au Stade de France en mars 2002, lors de la toute première Nuit Celtique. Rita Connolly a interprété A’ghrian en guise de final, accompagnée par tous les artistes têtes d’affiches de la soirée (Gilles Servat, Dan ar Braz, Elaine Morgan, Yann-Fanch Kemener), et par les bagadoù du Morbihan, sous un grand feu d’artifice. Lorsque j’ai visionné pour la première fois le DVD de cette Nuit Celtique 2002, j’ai réalisé que je connaissais le morceau depuis longtemps, car il sert d’accompagnement au feu d’artifice final des Nuits Magiques du FIL. Cette chanson me donne le grand frisson. Et alors, quand les bagadoù se mettent à jouer… C’est l’âme celte qui est portée au firmament dans la nuit parisienne!!! Mais trêve de blabla: écoutez plutôt cet air sublime, qui vaut le final de Brendan Voyage et qui mériterait d’être hissé au rang des hymnes celtes tout comme Amazing Grace! Laissez-vous emporter…

   Faites de beaux rêves!



Tri Yann: Marines (2003)

Tri Yann: Marines (2003) dans Artistes marinescouv

Track-list:

1. Whisky Whisky

2. Sein 1940

3. Lest du diable

4. Divent an dour

5. L’épopée de monsieur Cassard

6. Nantillaise

7. Le naufrage du chaland de Jim Boyd

8. Marie-Jeanne-Gabrielle

9. La campagne du Belem de 1902

10. Belle Virginie

11. Le navire étonnant

12. La complainte de Louis-Marie Jossic

13. La mer est sans fin (en duo avec Anggun)*

 

    Une pochette cartonnée agrémentée d’une photo de la Grande Bleue… en noir et blanc. Un packaging sobre. Un livret joint qui ressemble à un carnet de bord de navire, patiné par le temps, raturé par endroits… C’est ainsi que se présente, deux ans et demi après Le Pélégrin, Marines, le nouvel album des Tri Yann sorti dans les bacs le 22 septembre 2003. Sur le plan du design graphique, quel contraste avec la pochette bariolée du Pélégrin! Le groupe broierait-il du noir? Non non non, rassurez-vous! Au travers de cette « odyssée musicale », les ambassadeurs du folk-rock celtique ont simplement choisi d’aborder le thème de la mer, avec ses beaux côtés comme ses côtés les plus sombres. Car si, pour certains, la mer est source de bienfaits et donne tout, pour d’autres la mer se montre cruelle et a tout repris… Cette ambivalence sera traitée dans l’album Marines, permettant de mélanger les genres: chansons à boire, chants de marins bien entendu, titres engagés, ballades poignantes ou rock délirant… D’emblée, les Tri Yann avaient annoncé que Marines serait le premier volet d’un diptyque consacré à la mer, et comporterait davantage de morceaux traditionnels. Le second opus aborderait tout ce qui se passe sous la mer (Abysses, sorti en octobre 2007), et contiendrait plus de compositions. Soit. C’est une démarche cohérente: ce qui se passe en surface et sur la mer est connu, il y a donc une importante matière à exploiter et à revisiter. En revanche le fond des océans est très méconnu: ce sera donc l’occasion pour le groupe de laisser parler sa créativité, son imagination, et aussi son amour des légendes…

    Avec Marines, l’auditeur voyagera donc sur un peu toutes les mers et océans du globe, de l’Atlantique aux Antilles, d’îles en hommages, à des figures de proue comme à des héros discrets: hommage aux hommes de mer (résistants, mousses ou corsaires), aux navires célèbres, mais aussi aux femmes de la mer… La pochette du disque contient d’ailleurs un petit paragraphe biographique sur Anita Conti (1899 – 1997), première femme océanographe française, à qui l’on doit la photo de couverture…

    Après cette présentation globale du nouveau concept, venons-en au contenu et aux intervenants. La devise de rigueur quant au line-up de l’album serait « On ne change pas une équipe qui gagne« . En effet, le groupe n’a pas changé depuis l’excellent Pélégrin, où les influences et les univers particuliers de chacun des musiciens étaient nettement perceptibles, entraînant un disque d’une grande richesse de sonorités. Les huit matelots à la barre sont toujours les « pères fondateurs » Jean-Louis, Jean et Jean-Paul, Gégé, Jean-Luc, Konan, Freddy et Christophe. Ils sont suppléés par quelques invités: la fanfare Digue Bazar Cie, la violoncelliste Maud Caron (du quatuor Arz Nevez), Steven Goron (fils de Gégé) aux percussions, et Gurvan et Gwenahël Mevel (frères de Konan) aux caisses claires et bombardes. Leurs homologues Gilles Servat, Patrick Ewen et Patrick Denain ont apporté, quant à eux, leur contribution pour l’écriture ou la composition de certains morceaux. C’est donc entourés de la famille et des amis que les Tri Yann ont choisi de réaliser cette ode à la mer, symbole fort de leur Bretagne natale, avec simplicité et sobriété.

    Sobriété… Dans un seul sens du terme! Car, dans cette épopée Marines, nous embarquons joyeusement sur Whisky Whisky, chanson de taverne composée par le groupe en hommage à l’indémodable boisson, et renforcée par la fanfare Digue Bazar, qui raconte sur un ton tragi-comique les boires et déboires d’un pauvre matelot. L’eau ça rouille! Le refrain clame donc: « Whisky Whisky et puis tout va bien/ C’est le meilleur des remèdes, pas besoin de médecin/ Whisky Whisky jusqu’au petit matin/ On repart la tête lourde et la bourse en chagrin! » Ca donne le ton, vous ne trouvez pas? Une bonne moitié des morceaux sera toute aussi pêchue, mais étalée sur l’ensemble de l’album. Jean-Louis et Jean-Paul s’étant partagé le gâteau équitablement (Jean ne fait pas de lead vocaux dans Marines, ndlr), le disque est tout à fait équilibré, grâce à une alternance intelligente de titres énergiques et de ballades.

    Suite à ce départ en fanfare (au propre comme au figuré!), nous avons rendez-vous avec l’Histoire. Plus précisément, avec un pan méconnu de l’Histoire. Le second titre, la ravissante et puissante ballade Sein 1940, raconte comment, suite à l’appel de Londres le 18 juin 1940, tous les hommes valides de la petite île finistérienne s’embarquèrent sur leurs bateaux et rejoignirent De Gaulle en Angleterre pour entrer dans la résistance. On dit que, en passant en revue les premiers groupes de volontaires, le général, demandant aux hommes d’où ils venaient et s’entendant répondre très souvent « … de l’île de Sein! », se serait écrié: « Sein est-il donc le quart de la France?« . Ce morceau fort aux refrains percutants (ex « C’est offense, grands de France/ Que de condamner leur langue au bûcher/ C’est violence, grands de France/ Que de condamner leur langue au bûcher… ») honore non seulement la bravoure des hommes de Sein, mais également les femmes! Une légende prétend que, voulant rejoindre leurs hommes en Angleterre, les Sénanes, arrachant leur île aux fonds marins, la menèrent à la rame jusque là-bas. Lors des concerts de la tournée de Marines, Jean-Louis nous contait cette étrange et délirante histoire. Cette partie de la légende sur les femmes se rapporte au mythe des Gallisenae, qui sont, dans la mythologie celtique, des druidesses mythiques de Sein. Leur île serait interdite aux hommes, mais elles se rendraient sur le continent pour rencontrer leurs époux…

    Comme nous venons de le voir grâce à Sein 1940, les femmes aussi ont leur place dans le référentiel marin, même si ladite place est souvent contestée, peu reconnue et connotée négativement… Lest du diable, écrite par le groupe sur l’air d’une chanson de cabestan américaine (cf pour ceux qui connaîtraient Sur la route de San Francisco, c’est le même air…), illustre parfaitement le machisme du monde maritime. En effet, Lest du diable était le charmant surnom que l’on donnait aux très rares femmes accueillies à bord des bateaux. Le plus souvent, la seule présence féminine tolérée était celle d’une chatte, pour chasser les souris…! Nous suivons les galères et les misères d’une femme à bord du Cythère. Ce titre est ponctué d’un refrain très accrocheur, « De Nantes au Rio », très facile à retenir et à reproduire pour le public des concerts… Pendant les premiers mois de la tournée, Lest du diable était jouée en concert. A mon premier concert, en avril 2004, elle a été jouée. Par la suite, le groupe l’a retirée de la set list. Mais bon Dieu, ce que ça déchirait!

    A rajouter à la catégorie des « chants de femmes », la merveilleuse ballade Marie-Jeanne-Gabrielle, empruntée au chanteur d’origines sénanes Louis Capart! Marie-Jeanne-Gabrielle est vraiment LE bijou de Marines. Instrumentation sublime aux accents lyriques, texte poignant, arrangements et choeurs d’une pureté inouïe… Non contents de nous offrir une magnifique reprise de cette chanson connue un peu partout dans le monde (du Finistère à Sydney, de Seattle à Saint-Pétersbourg…), les Tri Yann nous gratifient d’un superbe exercice polyphonique sur les refrains, sans doute l’un des meilleurs qu’ils aient jamais réalisés! Quand ils l’interprètent en concert (c’est-à-dire quasiment à chaque fois!), ce sont quelques minutes d’émotion intense garanties! Bref… Vous aurez compris avec ce paragraphe dithyrambique qu’ils ont fait avec Marie-Jeanne-Gabrielle de la belle ouvrage.

    Pour clore sur le chapitre des femmes de la mer: Lest du diable, précédemment évoquée, parle de la condition de la femme sur les bateaux, mais ouvre également la voie aux chants de marins pure forme, dont nous avons, dans Marines, plusieurs excellents exemples. A l’instar de l’avant-dernier titre, Le navire étonnant. Il s’agit d’une chanson de travail évolutive, traitant d’un bateau prodigieux. La mélodie, détonnante, et on ne peut plus entraînante, ne vous laissera certainement pas indifférents, de même que le refrain Pique la baleine pique baleinier/ Pique la baleine et hisse les volants!. Ce titre, l’un des meilleurs du disque et qui est mon préféré, ouvrait les concerts de la tournée de Marines. Moi qui ai assisté à quatre concerts de cette tournée, je vous garantis que cette entrée en matière était absolument tonitruante, et mettait immanquablement le feu au public! De même, L’épopée de monsieur Cassard, composition originale de Tri Yann sur l’air d’une chanson à hisser, est un chant de marins des plus efficaces. Cette très chouette chanson, boucanière à souhait et dont la mélodie évoque irrésistiblement les Antilles, relate les heures de gloire du corsaire nantais Jacques Cassard, contemporain de Duguay-Trouin et de Surcouf, qui fut l’un des plus redoutables hommes de mer que la France ait compté sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV. Mais, souffrant d’un très grand manque de reconnaissance, Cassard n’aura de cesse de demander justice au roi et à ses ministres. Un jour, excédé par le mépris du cardinal de Fleury, premier ministre de Louis XV, il l’agressera, dit-on, verbalement et physiquement. Déclaré fou, Cassard sera interné au Fort de Ham et y mourra oublié de tous. Toutefois, ce sont les épisodes glorieux de sa carrière de corsaire, et pas sa fin misérable, que les Tri Yann nous racontent. Cette chanson n’a jamais été jouée en concert, mais je pense qu’elle aurait pu l’être sans problème, de par son énergie. De plus, on ne peut pas résister au plaisir enfantin de reprendre en choeur les termes inhérents au monde corsaire qui abondent dans ce titre (comme, par exemple « A l’abordage au sabre et à l’épée »). Piraaaates! Dans la continuité de Cassard, le très court instrumental Nantillaise, aux sonorités créolo-bretonnes, ne présente pas grand intérêt, si ce n’est opérer une transition entre les deux « parties » de l’album, par son rôle de scansion.

    S’il y a un traditionnel pur et dur, bien qu’il soit dans un autre registre, celui de la gwerz, c’est bien Divent an dour! Divent an dour est la version triyannesque d’un véritable tube celtique, The Water is wide (La mer est immense, en français), chanson d’origines incertaines (écossaises? anglaises? élisabéthaines?). Le thème The Water is wide a été repris par de multiples musiciens et chanteurs, aussi divers que Joan Baez, Bob Dylan, Graeme Allwright, Brenda Wooton, ou encore Renaud (avec La ballade nord-irlandaise). Etonnamment, il n’en existait aucune version bretonne, ce qui était dommage pour un tube celtique. Avec Divent an dour, dont Gilles Servat a écrit les paroles en breton, l’injustice est réparée. Cette ballade romantique et mélancolique est renversante en concert et donne lieu à de grandes envolées « bagadisantes ». Pour une deuxième version de Marines, les Tri Yann en ont enregistré l’adaptation en français, intitulée La mer est sans fin, en duo avec la star indonésienne Anggun.

    En parlant de « tube »… Le titre de l’album qui a, sans contestation aucune, le meilleur potentiel tubesque, est La campagne du Belem de 1902! Les Tri Yann se lâchent, dans un rock délirant absolument fantastique, où la stridence de la cornemuse et de la bombarde se disputent avec riffs de guitare ébourriffants, programmations et boucles électro! Tout simplement énorme! Cette chanson a été jouée en tournée de 2003 à 2007. Sur scène, c’était une véritable tuerie!!! Un titre dingue, dingue, dingue, racontant à un rythme galopant l’histoire du célèbre Belem, le trois-mâts barque nantais qui, en 1902, échappa miraculeusement à l’éruption du volcan Montagne-Pelée à Saint-Pierre en Martinique. Une grande partie de l’île fut dévastée, mais le Belem évita la tragédie.

    Tragédie… Car la mer a, comme nous l’avons dit plus haut, bien des côtés sombres. Deux des titres de Marines retranscrivent de véritables tragédies. D’une part, Le naufrage du chaland de Jim Boyd, apprise aux Tri Yann par l’un de leurs amis. Jean-Paul et Jean-Louis chantent en duo cette complainte québécoise dans laquelle le drame est rapporté scrupuleusement, avec une précision presque journalistique. D’autre part, Belle Virginie, gwerz traditionnelle bien connue. Un pauvre marin, pourtant prévenu par un présage de sa belle Virginie, fait naufrage… La mélodie est poignante et les paroles, déchirantes. Elles convoquent parfois une imagerie assez violente, qui démontre bien à quel point la mer peut être cruelle: « Dans mon coeur, la mer abonde/ Et les requins boivent mon sang… » .

    Et enfin, la charge incombe à La complainte de Louis-Marie Jossic de clore cet album très réussi. Cette nouvelle gwerz a été composée par Tri Yann (et reprise tout récemment, d’ailleurs assez mal, par Les Marins d’Iroise). Et c’est un titre bien particulier… En effet, Louis-Marie Jossic était l’arrière-grand-père de Jean-Louis, leader charismatique du groupe… Cette dimension « vécu familial » ajoute au poignant. La chanson raconte comment l’aïeul de Jean-Louis fut embarqué comme mousse à bord de La Bretagne à Brest, un vrai « bagne flottant » et y restera plusieurs années, vivant dans des conditions très difficiles, avant de revenir à la vie civile comme tailleur de pierre… Le titre, solennel, comporte des sonorités un peu mystiques qui rappellent De nivôse en frimaire (cf Le Pélégrin). Et les refrains, hééé ooooh, hééé hééé ooooh, hééé ooooh, sont un véritable enchantement. Ca l’était surtout en concert, lorsque Jean-Louis et Jean-Paul nous les faisaient longuement reprendre, avec application, divisant le public en deux bordées, bâbord et tribord… C’est sur ce doux refrain que se clôture l’odyssée musicale de Marines.

    La pensée qui me vient d’emblée après ce fabuleux voyage est celle-ci: avec Marines, les Tri Yann apportent une nouvelle fois la preuve qu’ils ont tous les talents! Grâce à leur art consommé de l’écriture et des arrangements, ils créent magnifiquement des airs inédits qui sont de véritables « airs marins pur cru » et qui méritent de figurer au très riche patrimoine des chants de mer, ceci au-même titre que les « classiques ». Traditionnels que les huit bardes s’approprient d’ailleurs avec une grande aisance, poussant le plus loin possible leur travail d’arrangeurs, au point d’en faire des airs totalement nouveaux! Richesse des vocaux et des instruments, sophistication mélodique qui a l’atout de toujours rester accessible… Marines est décidément une acquisition de choix dans la riche discographie de Tri Yann, et figure parmi leurs meilleurs albums.

    D’aucuns pourraient dire que cet album sonne très traditionnel, qu’il y a peut-être moins d’audace… Si tel était le cas, je répondrais: « Et alors? » Ca ne l’empêche pas d’être excellent. Cette galette un peu plus traditionnelle, entre deux albums de compositions (Le Pélégrin et Abysses), permet au groupe de démontrer – si besoin en était encore - sa créativité à toute épreuve et son constant travail de recherche et d’actualisation, au service d’un patrimoine et d’une thématique musicale à portée universelle et intemporelle, ce qui amène par extension à un renouvellement. Marines a très longtemps été mon album de Tri Yann préféré, jusqu’à ce que son petit frère Abysses, sorti en 2007, vienne le supplanter, sans pour autant l’éclipser dans mon coeur.

    J’ai envie de terminer cette longue chronique totalement subjective par un petit conseil d’écoute, très joliment formulé, de l’écrivain Yann Queffélec sur Marines: « Il faut écouter Marines dans le noir, aux heures indues de la nuit, en regardant les étoiles. Vous entendrez des messages profanes, féériques, de bonnes nouvelles venues du bout du monde, mais d’où? Elles donnent confiance dans l’au-delà comme dans l’être humain. C’est lui qui sauve le monde. »

    Un indispensable, à posséder pour tout fan du groupe qui se respecte. Voyageurs du dedans ou du dehors, je vous souhaite une bonne écoute au fil de l’eau!

 

    Extraits:

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     Whisky Whisky, titre qui dépasse allègrement en énergie le 0,5 gramme légal!

 

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    Divent an dour

       

      http://www.dailymotion.com/video/x2qrf3

     Marie-Jeanne-Gabrielle

 

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     La campagne du Belem de 1902 jouée en concert à Guingamp en 2005.

 

      http://www.dailymotion.com/video/x52c32

     Avec le Goéland baroque (Jean-Louis) et ses acolytes, les spectateurs du Stade de France embarquent sur Le navire étonnant!

 

      http://www.dailymotion.com/video/x52hg7

     La complainte de Louis-Marie Jossic au Stade de France. A noter: Jean-Louis et Jean-Paul ont réussi l’exploit de faire chanter le public du grand Stade en deux bordées!

 

    * A propos de La mer est sans fin en duo avec Anggun: le titre ne figure pas sur la première version commercialisée de Marines. Une fois que le premier tirage a été épuisé, la maison de disques a mis en vente un nouveau tirage, avec le duo en titre bonus. Ma chronique a été faite à partir de la version sans La mer est sans fin, car je possède un exemplaire du premier tirage. Mais je connais quand même la chanson.



Tri Yann: vidéo d’une absolue rareté en concert

  Pour les Tri Yann, la tournée des 40 ans est l’occasion de – selon les termes de Jean-Louis – ressortir des tiroirs quelques vieux tubes qui n’avaient pas été joués depuis vingt ou trente ans. A Redon, comme dans la plupart des concerts donnés par le groupe pendant l’été 2011, ce fut le cas, pour notre plus grand plaisir! Entre autres excellentes surprises, les Trois Jean nous ont gratifiés, en guise de cerise sur le gâteau, d’une chanson de circonstance: Les Filles de Redon a capella, qui n’avaient pas été rejouées en concert depuis plus de 25 ans, d’après ce que j’en sais. Sur scène, ce titre gagne en efficacité. Un utilisateur Dailymotion vient de mettre en ligne une vidéo de ce très chouette moment de la toute fin du concert. Voici!

    http://www.dailymotion.com/video/xn5c30

 

   Regardez, savourez et appréciez cette « exclu » depuis XXX années à sa juste valeur!



Tri Yann: interview de Jean Chocun pour Bretagne Magazine le 26 mars 2011 à Rennes

    Le 26 mars dernier, les Tri Yann étaient en concert à Rennes, salle Le Liberté, et arboraient pour la première fois les nouveaux costumes de la tournée de Rummadoù. En coulisses, avant le concert, Jean Chocun s’est prêté au jeu des questions-réponses mené par deux jeunes journalistes rennais, pour le compte de Bretagne Magazine et de la revue étudiante Les pieds dans le cloître. Cela donne une longue et passionnante interview de 30 minutes. Jean est très en forme, a le verbe haut, ne mâche pas ses mots… Bref, c’est du Chocun du meilleur tonneau! J’adore cette vidéo! Et vous remarquerez au fil de la vidéo ce que nous, les Tryanautes, avons assimilé à un gag, avant d’avoir l’explication de Jean-Paul lui-même: on voit Jean-Paul déballer son costume tout neuf, plier et replier méticuleusement ses affaires sans se soucier de l’interview en cours, inspecter les sacs plastique qui contenaient ses affaires, et… mettre la tête dans le sac!!! MDR!!! Mais il avait une très bonne raison pour le faire, en fait: vérifier qu’il n’y ait pas dans les sacs d’odeurs susceptibles d’avoir imprégné les vêtements. Ceci explique cela! N’empêche que c’est drôle de le voir faire son manège avec les sacs plastique!!!

   http://www.dailymotion.com/video/xmauxh

   Bonne écoute de cette nouvelle pépite triyannesque!



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