La Virée: Bayous d’Acadie (2012)

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 Track-list:

1. L’Alexandra

2. Levons nos verres

3. Morning Doobie/ Morning Dew

4. Quand c’qu’on était moins vieux

5. La courte paille/ Irish Washerwomen

6. Une vieille guitare/ Fisher’s Hornpipe

7. Bayous d’Acadie

8. Sherbrooke/ Ronfleuse gobeille

9. Dance Crash (Grand Nuit Special)

10. Cukoo’s Nest/ First Flight

11. Père capucin

    Houlà, je n’ai plus écrit de chroniques de disques depuis plus de six mois, j’espère ne pas être trop rouillée à l’exercice! Quoi qu’il en soit, jusqu’à maintenant, j’ai essentiellement écrit des chroniques 100 % bretonnes. Puisque je suis une ardente défenseuse de l’interceltisme en plus d’être une adoratrice de la musique bretonne, j’ai décidé de déroger un peu à mon habitude, et de me focaliser sur un coin de pays qui occupe depuis bientôt dix ans une place à part dans la grande famille des nations et diasporas celtiques, tout comme il a une place à part dans le coeur des festivaliers lorientais: l’Acadie!

    Nous aurons l’occasion de revenir plus tard sur l’histoire tourmentée de la province, sur la tristement célèbre Déportation des Acadiens de 1755 (appelée « le Grand Dérangement »), ainsi que sur les liens tissés entre l’Acadie et le FIL. Pour l’heure, j’en viens directement à la Musique, la musique si attachante de cette région: souvent touchante, toujours festive, vivifiante et énergisante, au carrefour de multiples cultures et sonorités (de l’Irlande au Québec, de Bretagne jusqu’en Louisiane…), la musique acadienne est une institution à part entière, et ne laisse jamais aucun auditeur indifférent! L’Acadie est une véritable pépinière de talents en perpétuel renouvellement, qui comporte aussi bien de vieux chênes solidement enracinés dans le paysage musical (Suroît, Roland Gauvin, 1755…) que de jeunes pousses émergentes très prometteuses (Dominique Dupuis, Caroline Savoie, le groupe Prenez Garde!…). Le groupe La Virée, fondé en 2001, est l’un des fers de lance de la « nouvelle scène acadienne ».

    Le nom de La Virée ne vous évoquera probablement pas grand’chose au premier abord. Et pourtant… Le groupe a, depuis douze ans, fait swinguer, virer et chavirer des dizaines de milliers de spectateurs. Il a en France un fan-club bien établi, et c’est surtout au FIL, où il est très régulièrement invité, que ses fans français se comptent en plus grand nombre. Les membres de La Virée, toujours plébiscités par les festivaliers, font un tabac monstre à chacune de leurs prestations, sur toutes les scènes où ils ont le bonheur de jouer, qu’il s’agisse du Pavillon acadien, de l’Espace Marine ou du Port de pêche! De l’avis général, parmi tous les groupes acadiens invités, ils remportent la palme de l’ambiance. Car mettre le feu aux planches, ils savent y faire! :) J’ai découvert La Virée il y a cinq ans, lors de la cotriade d’ouverture du FIL 2008. D’emblée, sidérée par leur bougeotte, leur bonne humeur et l’énergie folle de leur musique, j’ai été conquise, à l’instar de tous les convives ce soir-là! Des forêts de bras se sont levés dans la criée, je vous garantis que la soupe a eu le temps de refroidir dans les assiettes. Le coup de coeur a été unanime pour toute la famille. Dans un premier temps, principalement pour mon père, qui a toujours adoré la musique acadienne depuis nos débuts au FIL. Pour moi, ça s’est fait plus progressivement. A l’époque où nous les avons découverts, j’étais surtout très fan de leurs compatriotes de Suroît (et je le suis toujours). Petit à petit, j’ai apprécié La Virée, à l’univers différent de celui de Suroît, mais pourtant si proche… Ensuite, au FIL des années (oups), plus je revoyais le groupe et plus je l’aimais. Et cette année, 2013, je suis définitivement devenue fan.

    Je crois que des présentations s’imposent… Pour faire court, et pour être directe, La Virée c’est une quintette de beaux mecs, qui, en concert, envoient du steak! LOL ;) Pour parler de façon un peu plus raffinée, La Virée, ce sont cinq musiciens accomplis, à la fougue contagieuse: tout d’abord, Eric Haché, fondateur du groupe, auteur, compositeur, chanteur principal, guitariste et capitaine du vaisseau La Virée (« celui qui signe nos chèques » comme le présentaient ses compères pour le taquiner); le beau Théo Brideau, l’un des meilleurs violonistes d’Acadie, aussi talentueux que séduisant, ce qui n’est pas peu dire! ;) En plus d’être violoniste, il est aussi un podorythmiste, mandoliniste et arrangeur chevronné; le guitariste Denis Surette, qui apporte une empreinte plus rock au son de La Virée; à ce trio de tête viennent s’ajouter Stéphane Basque, batteur et complice de la première heure, et le jeune bassiste (et multi-instrumentiste) Sébastien Michaud, qui a rejoint le groupe en 2012.

    En douze ans de carrière, La Virée a publié trois albums et un EP: L’Ordre du bon temps en 2005, 1, 2, 3, Go! en 2007, l’EP Levons nos verres en 2010, enregistré tout spécialement pour les 40 ans du Festival Interceltique de Lorient et sorti uniquement en France, rien que pour nous autres (na!); et enfin, le troisième et dernier album en date, Bayous d’Acadie, en 2012. Le FIL 2012 ayant pour invité d’honneur l’Acadie (huit ans après la grande première), le groupe, distribué par Coop Breizh depuis peu chez nous, a profité de cette opportunité musicale et médiatique pour lancer officiellement l’album en France. C’est sur ce dernier opus que porte ma chronique. Je peux même dire que j’en possède un exemplaire en provenance directe d’Acadie, sans intermédiaire, puisque c’est à la boutique du Pavillon acadien, après une presta du groupe, que je l’ai acheté. Les musiciens, toujours ravis de pouvoir « jaser » à leur public, me l’ont dédicacé bien volontiers et se sont montrés très sympas et abordables, entre remerciements, petits mots gentils et sourires charmeurs… ;) J’ai dans les premiers temps écouté Bayous d’Acadie un peu en pointillés, avant de le laisser de côté. Puis je m’y suis remise au moment du FIL 2013. Pour la circonstance, nos p’tits gars de La Virée étaient de retour au Pavillon, et je suis allée les applaudir à trois de leurs prestations en l’espace de six jours! Pas mal, non? ;) A l’occasion de ces sets d’après-midi, qui duraient environ une demie-heure, ils jouaient essentiellement des titres issus de Bayous d’Acadie. J’ai pu redécouvrir et savourer pleinement des morceaux entendus l’année passée. J’ai donc ressorti l’album de mon étagère… Depuis le dernier FIL, je n’ai de cesse de l’écouter en boucle, tant je le trouve excellent! Et le fait est: il EST excellent!

    Constitué de onze pièces (titres) brillantes, tantôt enjouées, nostalgiques ou drôles, Bayous d’Acadie est pour La Virée l’album de la maturité. Les compositions, pour la plupart signées Eric Haché, sont inspirées et percutantes, les airs traditionnels, qu’ils soient acadiens, irlandais ou bretons, sont adaptés avec brio, et les influences d’excellents musiciens qui ont rejoint, au fil des années, les rangs du groupe s’y font particulièrement sentir (surtout celle de Théo Brideau aux arrangements traditionnels). Léger, festif, euphorisant, vivifiant… Les qualificatifs ne manquent pas pour ce disque. Comme l’a dit ma fidèle lectrice à qui je l’ai fait découvrir, Bayous d’Acadie ;) , c’est des bulles de champagne en musique! Loin des sonorités plus acoustiques des débuts, ici ils nous livrent un vrai folk-rock celtique pointu. Dans sa formation actuelle, La Virée semble avoir atteint le meilleur de son potentiel, cet album en est le témoin flamboyant: pendant 40 minutes, c’est à de la musique de très haut niveau que nous avons affaire! Et surtout, je crois qu’il est bien à l’image du groupe, et du sentiment qu’incarne la musique acadienne: la Joie! En dignes apôtres de « l’ordre du bon temps », au gré de textes simples, mais qui respirent l’authenticité, les cinq musiciens de La Virée y prônent le partage, l’importance de l’instant présent, le sens du collectif, la joie de vivre, les plaisirs simples, les moments passés avec les amis autour d’une bonne bouteille… Bref, toutes ces choses si naturelles, si évidentes, tellement fondamentales, mais qui nous font si cruellement défaut, à l’heure où l’individualisme de plus en plus prononcé se dispute à la morosité ambiante. Ils nous invitent à « lever nos verres », à « en prendre une bonne gorgée ». Inutile de me faire prier, j’en prends de belles gorgées. Avec délices… Et c’est parce que je me retrouve dans un grand nombre de valeurs défendues dans cet album que c’est une musique qui me fait énormément de bien.

    Dès le premier titre, le ton est donné. Quelques notes ensoleillées de mandoline, un texte et une mélodie remplis d’allégresse, et nous sommes invités à embarquer avec La Virée à bord de L’Alexandra, un bateau prodigieux où règne la fête. Les titres suivants ne déméritent pas face à cette introduction prometteuse, très loin de là!

    L’univers marin, la Bretagne et le FIL les inspirent, et ont influé sur leur musique, nos cinq joyeux drilles ne s’en cachent pas. Le premier et meilleur exemple de cette facette de leur univers musical, c’est indiscutablement Levons nos verres, titre porteur de l’album, inspiré directement de leur expérience du FIL et des rencontres qu’ils ont faites à cette occasion. Il s’agit d’une chanson à boire un peu spéciale, une chanson à la santé « de tous ceux qui nous ont quitté », pour penser à nos morts avec respect. Mais ce n’est pas pour autant une pièce triste. Bien au contraire… C’est un véritable hymne à la vie,  »à cette vie qui nous est si chère ». Des riffs de guitare électrique très rock, une batterie entêtante, un violon joyeux, une chanson percutante, qui met les mots justes sur ce genre de choses sans aucun pathos, à laquelle on ne peut que souscrire, plus une cornemuse ajoutée à l’ensemble qui ne rend le morceau que plus entraînant encore (c’est le sonneur breton Jean-Luc Guegan, du bagad du Faouët, rencontré au FIL, qui officie. Grâce à « la magie de l’Internet », comme l’expliquait Eric Haché pendant les concerts, il a pu apporter sa contribution à l’album)… Telle est la recette de cette pièce absolument jubilatoire, véritable tube en puissance qui, sans surprise, a été choisi pour la promotion du disque et la radiodiffusion au Canada. Lors du dernier FIL, ils l’ont joué à chacune de leurs prestations: une TUERIE! Le deuxième exemple de leurs inspirations bretonnes, c’est La courte paille (enchaînée avec le reel enjoué Irish Washerwomen). Les chants de marins bretons vont très bien à La Virée, comme le prouvait leur reprise très réussie des Marins de Groix sur l’album 1,2,3, Go!. Du même acabit d’un point de vue qualité, La courte paille reprend une trame similaire à celle du chant de marins Trois matelots du port de Brest. Les paroles en sont accrocheuses et très faciles à retenir. Côté mélodie, il nous faut noter la participation amicale d’Henri-Paul Bénard (le leader de Suroît) à la vielle à roue. L’un des nombreux excellents morceaux de Bayous d’Acadie

    Les titres Quand c’qu’on était moins vieux et Une vieille guitare se démarquent également par leur côté mélancolique. Ce sont les deux titres les plus « authentiques » de l’album. Quand c’qu’on était moins vieux joue à fond la carte de la nostalgie, et ça me touche… Mais de ces deux pièces, celle qui remporte le plus mon suffrage, c’est Une vieille guitare, sans l’ombre d’un doute! Egalement nostalgique, mais d’une connotation un tantinet plus joyeuse que Quand c’qu’on était moins vieux, Une vieille guitare, qui bénéficie d’un texte superbe, se présente comme une sorte d’apologie de tous les bons moments passés entre amis, dans notre « petit paradis », et le refrain distille une délicieuse ambiance colonie de vacances qui ne peut laisser insensible: « Y a rien de mieux qu’une vieille guitare/Un beau p’tit feu pis un violon/Ca dérange pas même s’il est tard/Y reste la braise pis les chansons/On va timer toute la soirée/A jouer des reels, des rigodons/Ca dérange pas même s’il est tard/Y reste la braise pis les chansons… »  En fait, je crois que si Une vieille guitare m’émeut aussi profondément, c’est parce que cette chanson, c’est tout moi, et tout particulièrement le dernier couplet… Moi aussi, pendant mes quatre années d’études, je n’attendais que de pouvoir revenir dans mon paradis pour les vacances, même si je savais que je n’y étais que de passage, et prendre enfin le temps de vivre… Je pense que tout le monde peut s’y identifier, car les paroles ont une portée universelle. Jugez plutôt: « Les vacances tirent à leur fin/ Demain faudra repartir au loin/ Faut ben s’en aller pour travailler/ Pour chômer ou ben pour étudier/ Attendre que l’hiver passe/ Pour que l’été r’fasse surface/ On doit tourner la page, nous n’étions que d’passage/Attendre que l’hiver passe/ Pour que l’été r’fasse surface/ Dans notre p’tit paradis nous n’étions que de passage… » Tout est dit! Merci à La Virée de nous prodiguer ce pur moment d’émotion (qui se clôt, histoire de compléter notre plaisir, sur un hornpipe endiablé)! :) L’une de mes préférées parmi toutes les excellentes pièces que compte l’album, si ce n’est MA préférée…

    En revanche, j’adhère beaucoup moins à la pièce-titre du disque, Bayous d’Acadie. Il faut dire que cette chanson tranche radicalement avec les autres: on bascule dans des sonorités cajuns qui par certains côtés se rapprochent du blues, dans les influences de Louisiane, dans la musique du bayou pure et dure. C’est vraiment un genre très particulier, et personnellement, ça ne me parle pas… Même si, par ailleurs, le texte interpelle par sa justesse (la plainte d’un acadien déraciné). Sur l’ensemble de l’album, Bayous d’Acadie est le seul titre que je ne parviens pas à véritablement apprécier. Du registre de la plainte également, mais plus enthousiasmant d’un point de vue musical et beaucoup plus drôle, nous pouvons relever Dance Crash (Grande Nuit Special). Dans ce morceau à l’instrumentation rock échevelée et au texte archi-simpliste (ce qui ne rend le titre que plus rigolo encore), La Virée nous relate une histoire tragicomique: une chicane de couple! Pour raconter des scènes de ménages et des chicanes sur un ton comique et divertissant, les musiciens acadiens sont décidément très forts… ;)

    Intéressons-nous à présent aux pièces instrumentales… Elles sont au nombre de trois, et sont tout aussi qualitatives les unes que les autres. La première et meilleure d’entre elles est Morning Doobie/ Morning Dew, incontestablement la pièce la plus « virtuose » de l’album, chansons et instrumentaux confondus! Ce reel traditionnel irlandais, clairement scindé en deux parties fait la part belle au violon. C’est vraiment LE morceau de Théo Brideau, arrangé par ses soins et joué par lui-même. La mélodie est hyper-entraînante, et à cette occasion, le beau violoniste nous offre une éclatante démonstration de son talent, à grands coups d’archet, et de talons! (quel que soit le groupe qui en fait l’usage, j’avoue avoir un petit faible pour la podorythmie, cette technique percussive des pieds, telllement typique du Québec et de l’Acadie ;) ). Dans la lignée de Morning Doobie, Sherbrooke/ Ronfleuse gobeille est lui aussi très bon. Quant à Cukoo’s Nest/First Flight, avant-dernier titre de l’album, il voit Sébastien Michaud troquer sa basse contre une flûte traversière, ce qui n’est vraiment pas pour nous déplaire, tant la mélodie est jolie!  Théo y joint son violon. Une discrète percu complète le tout. Ainsi, cordes et vents s’entrelacent, tantôt délicatement, tantôt plus nerveusement, pour célébrer ce « premier vol du coucou »…

    Mais voilà que nous arrivons au terme de notre traversée sur le bayou d’Acadie! Pour clore cet album si parfaitement représentatif de la joie de vivre et de la générosité acadienne, quelle meilleure pièce que Père capucin? Cette chanson, à la mélodie endiablée, est un bijou d’humour acide, mêlé à une subtile dénonciation, racontant la vie et l’oeuvre d’un curé… pas très catholique! LOOOL! Mais c’est surtout à chaque fin de couplet qu’on atteint des sommets: le groupe s’amuse, avec une série de jeux de mots et de sous-entendus autour du mot « cul »! C’est juste à mourir de rire! Petit exemple histoire de vous mettre en appétit: « Il fut un temps où les curés/Avec fureur chassaient le diable/Ils défendaient la vanité/Ainsi que les excès de table/Mais a-t-on jamais vu/Quoique modeste et sage/Un si gros cu, un si gros cu/Un si gros curé du village? » MDRRRRR! * D’ailleurs, pour l’anecdote, le mercredi du FIL 2013 (le 7 août), j’ai vu une dernière fois La Virée en presta d’après-midi. Comme de coutume, ils ont mis le feu au Pavillon. Nous leur avons réclamé un rappel, qu’ils nous ont accordé avec grand plaisir. Mais ils ne savaient pas trop quel titre jouer, alors Eric Haché nous a dit: « C’est vous qui allez choisir! » . Moi je réclamais Fortunat (une chanson militante du premier album, que j’adore et qui parle de l’engagement des Canadiens dans la 2ème GM), d’autres proposaient Y a rien à faire (une chanson de 1,2,3, Go!), et une dame a demandé… Père capucin! Ca les a fait beaucoup rire! Fin de la parenthèse *. Bref, Père capucin est une pièce finale mémorable, pour un album qui ne l’est pas moins!

    Le mot de la fin?

    Bayous d’Acadie, à marquer d’une pierre blanche dans la discographie de La Virée, est un album réellement superbe, et excellent de bout en bout! La musique en est sophistiquée, d’une virtuosité aussi constante que la bonne humeur et la joie de vivre sont omniprésentes, mais reste toujours très abordable, par le biais de textes simples et rafraîchissants dont la portée est universelle, et qui « parlent » aisément au coeur de chacun d’entre nous. Et combiner aussi brillamment de telles choses, j’ai connu peu de groupes qui en soient capables. Chapeau bas, les chums! ;)

    C’est pour cela que cet album est terriblement addictif, et nous fait énormément de bien. On ressort de ses écoutes émus, plus sereins, en ayant retrouvé nos fondamentaux. Une fois qu’on a plongé à pieds joints dans les Bayous d’Acadie, quel délice, on n’en sort plus! :) A écouter absolument!!!

    Je pourrais conclure cette chronique par une petite phrase de La Virée lors de leurs prestations au FIL 2013. Petite phrase très révélatrice de la philosophie du groupe, et représentative de la musique acadienne plus globalement: « Le temps ne s’achète pas. Quand vous passez du temps avec vos amis, c’est votre vie que vous leur offrez, et y a pas de plus beau cadeau à faire… tant qu’il est encore temps! » C’est tellement vrai, et fidèle à leur image… A méditer! :)

    Un petit « jam » (impro) en guise de dernier mot: « Y a rien de mieux qu’une vieille guitare, un beau p’tit feu pis un violon/ Donc remplis bien ton verre, prends en une bonne gorgée/ On va timer toute la soirée, à jouer des reels, des rigodons/ A votre santé La Virée entre en scène… «  ;)

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    Levons nos verres, titre-phare de l’album

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    Morning Doobie sur la scène du Pavillon, FIL 2013 (joué par nul autre que les Doobie Brothers, comme le disait Théo pour rigoler ;) ) . A partir de 1 min 50, ils embrayent sur Les Marins de Groix.

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    Quand c’qu’on était moins vieux (FIL 2012). Par contre, je suis désolée, le son est pourri, mais j’ai pas trouvé mieux…

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    Une vieille guitare (ici au FIL 2012), la chanson qui me ressemble tant…

    BONUX: Pour ceux à qui La Virée ne dit vraiment rien, voici une petite vidéo de présentation sur la chaîne YouTube du FIL 2012…

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    Et si, vous autres, vous êtes tentés par l’écoute intégrale de Bayous d’Acadie, c’est par ici… ;) :

        http://laviree.com/discographie/extraits-et-textes/bayous-dacadie/



CR de concert: Tri Yann à Mouzillon le 6 juillet 2013

    Bijour ensoleillé, chers Celticlecteurs!

    Me revoilou sur ce blog après presque deux mois d’absence! C’était une longue absence, mais j’ai une excuse en béton: on n’obtient pas (avec succès) une licence de Lettres modernes sans y consacrer du temps, de l’énergie et du TRAVAIL! Maintenant c’est fait, je suis diplômée et c’est les vacances, donc je vais avoir un peu plus de temps à y consacrer.

    Pour ce retour (qui coïncide exactement avec le deuxième anniversaire de ce blog…), je vais commencer par mon compte-rendu fort long et épique du concert de Tri Yann le 6 juillet dernier à Mouzillon, en Loire-Atlantique, à l’occasion de la 2ème Nuit en Muscadet. C’est parti mon kiki!

   

CR Concert de Mouzillon 6 juillet
2013

    Me voilà mes choupinous avec quelques jours
de retard (vacances + chaleur, alors soyez indulgents) pour vous raconter notre
périple mouzillonnais, au pays du muscadet.

    Samedi 6 juillet : décollage de la
maison à 13 h, sous un soleil de plomb. Autant vous dire que ma mère, ma sœur
et moi avons tout prévu pour résister à la canicule : chapeaux, crème
solaire, réserve d’eau… Le trajet Lanester-Mouzillon, qui emprunte
essentiellement la nationale, s’annonce sans encombres. Pour ce premier jour
officiel des vacances, le trafic est étonnamment fluide, ce qui est un
soulagement (en fait, le flot des vacanciers allait dans un sens… et nous dans
l’autre !). Vannes… Muzillac… Pontchâteau… Savenay (coucou le studio
Marzelle ! LOL)… Orvault… RAS, ça roule tout seul. Pas de bouchon à
l’horizon. Mais les choses commencent à se corser lorsque nous arrivons sur le
périphérique de Nantes, non pas parce qu’il y a des bouchons, mais parce que…
le périph de Nantes est incroyablement mal foutu ! Après nous êtres
gourées de sortie car le panneau signalant la sortie qu’on devait prendre, vers
Saint-Julien-de-Concelles, a été enlevée à cause de travaux, on tente de
rattraper la bonne bretelle en passant par Carquefou et Basse-Goulaine. Re-belote,
après avoir pris deux fois de mauvaises directions, et avoir fait autant de
demi-tours, on finit par accéder à une bretelle qui emprunte un pont, au-dessus
de la Loire. Et… victoire ! c’est la bonne route ! puisque nous
sommes renvoyées vers la sortie Mouzillon/Clisson/Vallet, comme ça aurait dû
être le cas depuis le début. Mine de rien, on a perdu plus d’une demi-heure à
tournicoter dans le périph de Nantes ! Ce fut épique.

    Enfin bref, nous voici concrètement sur la
route de Mouzillon, et du vignoble du muscadet. D’ailleurs, peu après être
sorties du périph, un grand panneau nous indique que nous entrons dans le PAYS
DU VIGNOBLE. Aussi bizarre que ça puisse paraître, nous n’avons aucun mal à
nous en apercevoir. Car, dans tous les champs qui bordent les communes que nous
traversons, de la sortie du périph jusqu’à notre arrivée à Mouzillon (Le
Loroux-Bottereau, La Chapelle-Heulin, Vertou, Clisson, Vallet…), ce ne sont
que… des vignes, des vignes et encore des vignes, à perte de vue.

    Nous atteignons notre destination finale,
Mouzillon (bled de quelques 2000 âmes, sans véritable attrait), vers 15 h 30.
Un fléchage a été mis en place dans toute la commune par l’organisation d’Une
Nuit en muscadet. Nous trouvons donc sans difficulté le parking réservé aux
festivaliers (et avant de l’atteindre, nous apercevons, au loin, la grande
scène sur le Terrain stabilisé). Le parking est situé sur une place où se
dresse une charmante église restaurée au XIXème. Nous nous garons sans
problème, car il y a encore très peu de monde. Nous passons un petit coup de
fil au paternel, pour lui dire que nous sommes bien arrivées, puis nous nous
aventurons dans la commune en éclaireurs, pour faire un premier repérage des
lieux. Le site du festival, le « Terrain stabilisé » comme c’est
écrit sur les billets, est très étalé, et tous ses grillages ont été entourés
de bâches blanches. Mais pour en repérer les entrées… ???? Mystère !
(c’est principalement ce qui posera problème par la suite). Alors que nous descendons
la principale rue qui longe le terrain, nous voyons au loin une tête connue…
Mais oui, c’est Christophe ! Nous lui adressons un petit coucou rapide. Je
crois bien que nous sommes arrivées en même temps que nos Tri Yann… Nous voyons
Chris se diriger, ses instruments chargés sur l’épaule, vers une certaine
entrée du site. En toute logique l’entrée réservée aux artistes. Nous, c’est
l’entrée spectateurs que nous cherchons.

    Comme il n’est même pas 16 h, que la foule
ne se bouscule pas au portillon, et que nous avons encore du temps devant nous,
nous décidons d’aller faire un petit tour. Le parking est situé à mi-chemin
entre l’église et le seul site de Mouzillon qui présente un véritable intérêt
touristique : un petit pont gallo-romain, très bien conservé, qui enjambe
la rivière Sanguèze, tout près des vestiges d’une ancienne voie romaine. C’est
plutôt mignon. Après cette petite balade sous le soleil, nous remontons au
parking. Après avoir changé de chaussures, avoir grignoté un peu et nous être
tartinées de crème solaire (la chaleur est accablante), nous nous chargeons de
bouteilles de flotte et des provisions. Sacs sur le dos et chapeaux vissés sur
la tête, nous retournons au niveau du Terrain stabilisé. Il n’y a aucune
indication précise pour l’entrée spectateurs. Nous faisons donc le tour
complet. Nous distinguons, à l’arrière du site, une aire de jeux pour les
gamins, nous longeons encore des grillages, puis nous voyons enfin une entrée.
Il semblerait que ce soit la bonne, puisque la scène (où les techniciens de nos
Tri Yann s’activent) lui fait face. Nous pénétrons donc par là. Regards à
gauche, à droite, et ma mère lance soudain un grand « Salut ! »
en faisant un signe de la main. Nous nous avançons et nous tombons sur… Vivi et
Jean-Pierre !

    Tous deux sont déjà dans le secteur depuis
la veille. Nous les retrouvons avec d’autant plus de plaisir que nous ne les
avions pas revus depuis presque deux ans (depuis Lorient), et que nous pensions
être les seules Tryanautes présentes à Mouzillon. Mais c’est mieux d’être à
plusieurs parce que plus on est de fous plus on rit ! On bavarde donc un
moment avec eux.

    Non loin de l’entrée, on aperçoit l’espace
réservé aux artistes… et aux véhicules. Le célébrissime minibus vert de nos Tri
Yann y est garé. On arrive juste à l’heure pour les balances, puisque Jean-Paul
est en train de s’accorder. Nous nous approchons donc des barrières (un peu
éloignées de la scène, mais elles seront rapprochées sur demande de Jean-Louis)
et profitons de ces moments « privilégiés » que sont les balances,
l’envers du décor des concerts. Nous avons droit à des petits coucous et à des
œillades de l’ami Freddy. Tour à tour, tous viennent s’accorder. C’est la
première fois depuis Redon en 2011 que nous pouvons VOIR et ENTENDRE toutes les
balances (à Lorient, Quimper et Pleudihen on avait pu seulement les entendre),
alors on savoure. Ces balances sont ponctuées de rigolades (Jean qui se sert de
son micro comme porte-chapeau et Pascal qui lui lance d’un ton moqueur depuis
la régie « Ca c’est pas fait pour les chapeaux » LOL) ou de
situations plutôt comiques (par exemple, voir Konan, Chris et Jean-Luc, à
l’arrière de la scène, prenant exactement la même pose, verre à la main, et
sirotant leur bière de façon parfaitement synchrone, ça aurait mérité une photo !
Re-LOL). Météo aidant, sourires, bonne humeur et décontraction sont de mise. De
plus, ils ont l’air contents de jouer « à domicile » (pour certains
d’entre eux ce n’était qu’à 10 min de chez eux).

    L’installation de la scène et de la
structure est un peu étrange : comme souvent, il y a bien une avancée de
scène, mais au pied de l’avancée de scène, ainsi que tout du long, ont été
placées les enceintes des basses montées sur roulettes. Ce qui fait que
souvent, pour le coup, ça prenait littéralement aux tripes (et que dire quand
Gégé seul a fait la balance de sa batterie… ça a vibrééé-éééé-éééééé !!
MDR).

    Jean-Louis arrive bon dernier pour les
balances. Il n’avait pas pu se libérer avant car il célébrait un mariage à la
mairie de Nantes. Très pro, après avoir salué ses potes, il se prépare
aussitôt. Ear-monitor (qu’il teste en chantant sa chanson préférée de balances,
la très drôle Ne pleure pas Patricia de Jehan Jonas, j’étais sûre qu’il nous la
ferait !), bombardes, chalémie, psaltérion… Il vérifie et réaccorde tout
cela avec rapidité et efficacité. Une fois que c’est OK pour lui, c’est parti
pour la balance collective : une partie de Marie-Jeanne-Gabrielle, et
Vivre Johnnie vivre, ce shanty si beau, si calme qui clôt en beauté Chansons de
marins. Dès les balances, ils le jouent de façon quasi parfaite (le seul petit
bémol c’était que le micro de Jean était un peu faiblard). Ca promet pour le
rendu du concert même !!! J Peu après, on apprend
que le concert devra être un petit peu raccourci, car il y a un horaire précis
à respecter à cause du feu d’artifice qui doit suivre immédiatement après. Deux
titres sont donc retirés de la setlist : Marie-Jeanne-Gabrielle et Adieu
Kerblouze (dommaaaaage !). Pour Marie-Jeanne-Gabrielle, pas de regrets,
parce qu’on la connaît bien en concert, mais pour Kerblouze, c’est bien
dommage, car nous ne l’avons jamais entendue en scène (je ne peux imaginer que
trop bien à quel point ça doit être une tuerie en live… !! Enfin bon, la
prochaine fois peut-être ?).

    Nos Tri Yann finissent les balances
pratiquement à l’heure prévue, et s’éclipsent pour laisser place au groupe
suivant. Peu avant la fin, Jean-Louis vient sur l’avancée de scène. Les
sourcils froncés et l’air vaguement contrarié, il jette un coup d’œil aux
barrières, et semble évaluer la hauteur de l’avancée. J’ai failli lui
dire : « Ca risque d’être un peu haut pour descendre à moins de
prendre un parachute », mais j’ai pas osé, je voulais pas le vexer. En
fait, ce qui contrariait Jean-Louis, c’était que les barrières soient si
éloignées de la scène. Alors après les balances, il a fait demander aux
bénévoles par Patrice de rapprocher le plus possible les barrières de la scène,
parce que, comme Patrice l’a expliqué au responsable des bénévoles, « il
n’y a pas suffisamment la proximité que le groupe aime avoir avec le
public ». Le mec fait ce que Patrice lui demande, mais en râlant tout
haut. Enfin bon…

     On mange nos sandwichs, on fait le tour du
site. Le Terrain stabilisé de Mouzillon est une sorte de complexe sportif, au
sol plutôt sablonneux (je vous raconte pas la couleur de mes baskets en fin de
soirée), dédié à des activités sportives aussi diverses que variées. Par
exemple, les toilettes avaient été installées à l’autre bout du périmètre tout
près d’un local qui était le local de l’Amicale des Joueurs de Pétanque. LOL.
Un village enfants est installé du même côté, de même que le stand de bouffe.
Les stands dédiés au muscadet, eux, parsèment le site d’un bout à l’autre.

    Tout au long de l’après-midi, des bénévoles
et organisateurs circulaient sur le site, sans prêter attention ni à nous, ni
aux quelques autres personnes présentes devant la scène. Mais vers 18 h, un
jeune organisateur vient vers nous. Comme j’ai vu sur le site de la
manifestation la vidéo de présentation, je reconnais Florent Coutolleau,
organisateur d’Une Nuit en Muscadet, et président de l’asso des Conscrits de la
10 (qui organise). Il nous demande avec amabilité si on fait partie des proches
de Tri Yann. Gné ? Puis je comprends que c’est mon tee-shirt et mon sac
Tri Yann qui lui ont fait croire ça. Je vous jure, pour peu on aurait pu se
faire passer pour des membres de l’entourage du groupe ! LOL ! Ce quiproquos
est tout de même comique, il faut l’avouer ! ;) Comme nous sommes
honnêtes et n’avons pas l’intention d’abuser de privilèges qui ne nous
reviendraient pas, nous lui montrons nos billets. Sans cacher non plus le fait,
pour être tout à fait honnêtes, qu’on les connaît un petit peu hors scène. Il
nous demande (en s’excusant) de sortir du terrain, car ils doivent sécuriser le
site avant l’ouverture prévue à 19 h . Il nous indique la direction de
l’entrée spectateurs. Nous nous y dirigeons donc. Au-delà de l’arche d’entrée,
située en bas d’une petite colline, elle-même en contrebas d’une petite
passerelle dans une descende hyper casse-gueule, nous retrouvons Vivi et
Jean-Pierre, ainsi qu’Isabelle, une autre habituée, non Tryanaute mais que nous
avons croisée à tous les concerts faits en Bretagne. Une dame, faisant partie
des personnes à mobilité réduite à cause d’un problème de hanche, et son mari,
sont également présents. Un petit auvent de toile a été installé au niveau du
pont pour le contrôle des billets. Ca faisait pont couvert, pour peu on se
serait crus dans Sur la route de Madison ! LOL ! L’autre entrée
spectateurs du site est tout aussi mal foutue, dans une montée improbable. Mais
à part eux, il n’y a pas un chat. Nous allons nous asseoir à l’ombre près de la
petite colline, et à proximité de l’arcade d’entrée. On est bien, à l’ombre. Même
que ma sœur, vautrée de tout son long dans l’herbe avec sa casquette sur la
figure, a fait peur à un jeune bénévole qui est venu demander si ça allait
parce qu’il croyait qu’elle était tombée dans les pommes ! MDR !

    Dans l’intervalle, je reçois un coup de
téléphone de notre Elodie, à qui j’avais laissé un message-surprise pendant les
balances, et qui appelle pour nous souhaiter bon concert, assurant qu’elle est
avec nous par la pensée entre deux couches et biberons.

    On finit par retourner vers l’entrée. Et
là, les mecs de l’organisation, de la sécurité et les bénévoles qui montent la
garde nous disent qu’en fait il faut aller au-delà du pont (dans la montée)
parce que les billets seront contrôlés là et qu’on nous donnera des bracelets
autocollants ! Là, on en a ras-le-bol, parce que ça fait près de 2 h qu’on
nous balade d’un bout à l’autre du site, et que des infos contradictoires
circulent d’une personne à l’autre. Vivi avait sa béquille et sa carte station
debout pénible, la dame au problème de hanche, qui a une canne, était plus ou
moins en train de faire un malaise, et moi qui ai un problème de tendon depuis
l’âge de onze ans, j’avais trop mal aux jambes pour emprunter de nouveau ce
passage raide et casse-gueule. Alors ma mère, Jean-Pierre, Isabelle et le mari
de la dame, assez excédés, sont retournés au pont avec nos billets respectifs à
titre d’accompagnants de personnes à mobilité réduite, nous laissant devant
l’entrée. Là encore, ce fut un beau gros bordel, parce que d’une part, le mec
qui avait les bracelets autocollants a mis du temps à arriver, et d’autre part,
parce qu’ils vérifiaient le numéro de CHAQUE billet sur un listing ! Et vu
qu’il y avait plusieurs revendeurs (Fnac, Ticketnet, billets achetés sur
place), c’était vraiment fastidieux. J’hallucinais. En douze concerts, c’est la
première fois que je vois ça ! Pendant que nos « accompagnants »
pataugent dans le filtrage des entrées, la sécurité déplace des barrières au
niveau de l’arche pour faire des « couloirs », et je me fais littéralement
agresser verbalement par le chef de la sécurité, tout ça parce que je me suis
appuyée d’une main sur une barrière qu’il venait de déplacer. Pfff, j’te jure,
dès que ça a l’étiquette de chef, ça pète plus haut que son cul !

    Le jeune organisateur (qui est poli,
contrairement aux mecs de la sécurité) dit qu’ils attendent le feu vert pour
faire rentrer. Mais du côté du pont, une fois les billets contrôlés et le talon
détaché, ils ne veulent pas laisser repasser Jean-Pierre, ma mère et Isabelle
sous prétexte qu’ils n’ont pas encore eu le feu vert ou je ne sais quoi !
Là, ma mère pousse un petit coup de gueule, et après cette semonce ils les
laissent nous rejoindre. Du coup quand le feu vert est ENFIN donné (vers 19 h
15), on a pu rentrer en priorité ! AHAHAHA !

    Y a pas à dire, ce fut un sacré bordel pour
les entrées !

    Bref, nous voilà dans la place. Avant que
le feu vert soit donné, une fille de la sécurité a contrôlé nos sacs pour
vérifier si on n’avait pas de bouteilles en verre. Une fois passée l’entrée, on
nous donne à chacun un verre à muscadet en plastique dur (donc c’est aussi
cassant que du verre… cherchez l’erreur) pour les dégustations, et un ruban
spécial assorti pour l’accrocher autour du cou. Comme je n’ai pas la moindre
intention d’aller faire des dégustations et que je trouve que ça ferait un peu
concon de se balader avec un verre à vin accroché autour du cou, je le fourre
vite fait dans ma sacoche.

    Nous gagnons le devant de la scène. Et
puisque nous sommes les premiers entrés et que la très grande majorité du
public est encore à poireauter loin derrière, il est inutile de courir au
premier rang : le premier rang s’offre à nous, entièrement désert !
C’est tip top. Nous nous installons donc bien tranquilles devant les barrières,
pile au milieu (aux meilleures places LOL). Les festivaliers entrent au
compte-goutte.

     Sur
scène, le jeune groupe Oly Hill, qui est chargé d’ouvrir la soirée, vient juste
de finir ses balances. Le public étant encore peu nombreux en raison du
contrôle laborieux des entrées, la chanteuse et ses musiciens restent les bras
ballants, un petit peu ennuyés. Vers 19 h 40, comme on leur dit « Ca
arrive » ou « Si vous commencez à jouer ils vont peut-être
rappliquer », ils entament leur prestation. Pendant une quarantaine de
minutes environ, ce groupe de folk-rock local nous déroule son univers
« western », et nous invite en voyage avec Léonie (leur
« héroïne ») et l’Homme des Hautes Plaines. Au début, ça nous semble
pas mal, mais au bout de deux ou trois titres, on a un peu l’impression de
toujours entendre la même chose, et la chanteuse s’écoute chanter plus qu’autre
chose (même si elle a incontestablement une très belle voix !). Bon, c’est
pas exceptionnel, mais je retiens qu’il y a du potentiel, de l’originalité et
de bonnes idées dans ce groupe. Et puis, franchement, après écoute, j’ai plus
de sympathie pour Oly Hill que pour le groupe qui suit, Herbalist Crew !

    Herbalist Crew (Mauvaise herbe en français)
est un groupe suisse de reggae. Ils succèdent à Oly Hill, après une vingtaine
de minutes d’interlude (pendant lequel un groupe de percus, les Tambours de
l’An Fer, a joué, sur une petite scène plus loin). Ils jouent pendant plus
d’une heure. C’est probablement le moment le plus pénible de cette soirée :
titres aussi interminables qu’incompréhensibles, musique qui ne me parle pas du
tout, et comme ils sont suisses francophones et ont un accent loooong cooome
çaaaaaaaaa, ils étaient tout aussi difficiles à comprendre quand ils parlaient
que quand ils chantaient… Bref, j’ai trouvé ça terriblement long et chiant.
Croyez-moi, voir nos Tri Yann et leur équipe, au loin, qui faisaient des allées
et venues, m’a diverti bien plus que la musique d’Herbalist Crew ! Le seul
titre qui ait vaguement éveillé ma curiosité, ça a été un pastiche de La
mauvaise réputation de Brassens.

    Mais surtout avec Herbalist, le problème
qui s’est posé est un problème typique des groupes de reggae : à un moment
donné, ils font une apologie de « la ganja ». Alors là, on voit
rappliquer un nombre surprenant, je vous le donne en mille… de fumeurs de
pétards ! Je vous raconte pas, tout autour de nous ça puait le joint,
c’était immonde ! Cette « bande » comporte quelques excités qui
poseront problème par la suite, dont une foldingue qui bousculait et
s’accrochait au cou des gens, et quelques jeunes rastas venus un peu foutre le
bronx et voulant absolument danser pendant Les prisons, et qui finiront par se
calmer et repartir contents après que ma mère ait discuté bien calmement et
bien diplomatiquement avec l’un d’entre eux.

    A 22 h, après que des organisateurs soient
venus leur demander de raccourcir leur prestation (parce qu’ils étaient bien
partis pour durer encore, alors que l’horaire, c’est l’horaire !), ils
quittent la scène. Sauvés par le gong, c’est le cas de le dire ! Dès
qu’Herbalist leur laisse le champ libre, Patrice et ses acolytes s’activent
aussitôt à préparer la scène pour nos Tri Yann, avec leur rapidité et leur
professionnalisme coutumiers, qui me laissent à chaque fois admirative. Nous
autres les Tryanautes, nous commençons à tâcher de chauffer le public. On lance
à Patrice, qui traverse la scène avec la mandoline de Jean « Allez
Patrice, une chanson », ce qui le fait marrer. Pendant la demie-heure de
changement de plateau, les Tambours de l’An Fer refont l’interlude. Mais
rapidement, ils nous cassent les oreilles, finissant par frapper comme des
bourrins sur leurs fûts. Ce n’est plus ce que j’appelle de la musique !
Après coup, je me suis dit que si Gavotten ar Seizh (et donc la présentation
des Tambours de Plougastell) avait été au programme du concert (ce qui n’a pas
été le cas), Jean-Louis aurait légitimement pu dire, s’il avait voulu prendre
l’exemple de ces percus, qu’effectivement là c’était « cinquante brutes
qui cognent sur des bidons de gasoil » ! MDRRRRRRR !!!

    Quand ce « frappant » interlude
(sans mauvais jeu de mots, off course ! ;) ) s’arrête enfin, nous
pouvons appeler et acclamer nos Tri Yann. Puisque nous 3 sommes d’un côté, et
Vivi, Jean-Pierre et Thérèse de l’autre, nous faisons un petit match
bâbord-tribord. Ca répond bien ! Ca ne vaut évidemment pas le bâbord –
tribord géant de Lorient, mais ça répond bien !

    Minute après minute, nous nous approchons
de l’heure H. Le pouls qui accélère, ces délicieux frissons d’impatience qui
nous parcourent, l’adrénaline qu’on sent monter (au point que, chaleur aidant,
à un moment donné, je me sens presque suffoquer), les fourmis dans les jambes…
Je retrouve avec joie toutes ces sensations familières pré-concert.

    22 h 30 pétantes (à Mouzillon, le moins
qu’on puisse dire, c’est qu’ils sont réglo sur les horaires !) :
ouiiiiii !!! Alors que nous braillons à nous en casser la voix et
acclamons à qui mieux-mieux, les éclairages verts scannent soudain la scène et
la longue note sourde et prolongée qui introduit Na I ri o se fait
entendre ! Et là, comme surgis des différentes époques qui s’entrecroisent
dans Rummadoù, hérisson, brigand, croisé, chef de clan écossais et employé fluo
de travaux public prennent la scène d’assaut ! Le pibgorn de Konan qui
ouvre le concert résonne dans la nuit mouzillonnaise comme un appel à nos
ménéstrels Jean, Jean-Paul et Jean-Louis qui, tantôt empharés, tantôt fleuri,
tantôt caféiné (et fumant de préférence), surgissent à leur tour au fil des couplets,
une ovation spéciale étant comme toujours réservée à Jean-Louis.
Hiiiihaaaaa !

    C’est partiiiiii, et le concert se
poursuivra sans aucun temps mort pendant 1 h 30. Eh oui, comme il y a des
horaires précis à respecter et qu’il y a encore du monde qui doit passer après
eux, c’est un concert version courte. Petit concert, donc, mais il n’y a
aucunement lieu de se plaindre, car c’est un concert intense, avec un bon choix
de titres et une répartition intelligente des morceaux. Et moi, quand le programme
est équilibré à ce point, j’adore ! La setlist, que je vous ai déjà donnée
précédemment, s’établit comme il suit :

  1. Na I ri o
  2.  Le Baleinier
  3. Pelot ( <3 <3 <3 )
  4. Fransozig
  5. Si mors à mort
  6. Marion
  7. Le retour de la croisade
  8. Tri martolod
  9. Divent an dour
  10. Le
    chasseur de temps
  11. Vivre
    Johnnie vivre
  12. Kan
    ar Kann
  13. Tir
    fo tonn
  14. La
    jument
  15. Les
    prisons
  16. Les
    crêpes
  17. Je
    m’en vas

    Au cours de cette heure et demie de
concert, nos Tri Yann, en très grande forme, ont réalisé un sans faute (comme
toujours ;) ), ils étaient musicalement parfaits d’un bout à l’autre, et
il n’y a eu aucun problème technique. Quelques anecdotes (juste quelques unes,
promis, dit celle qui en écrit 3 pages à chaque fois ;) LOL !)

-        
Avant Le Baleinier, Jean-Louis nous fait comme de
coutume répéter les Alouéééé Fa la louééé Alouééééééé. Ca a l’air impeccable,
au point qu’il dit : « Put**** , c’est plus beau qu’à
Strasbourg ! » On espère bien ! LOL ! Parce que là quand
même ils jouent à domicile ! ;). A la fin du morceau, il nous les a
fait rechanter 3 fois encore, « pour le fun ».

-        
Ensuite : il nous annonce une vieillerie ressortie
des tiroirs. Jean et Jean-Paul s’emparent respectivement de leur banjo et de
leur guitare. Mon cœur s’emballe : je sais de quelle
« vieillerie » il s’agit, car il n’a pratiquement jamais quitté la
setlist des concerts depuis deux ans… Mais c’est égal, mon bonheur de l’avoir
en concert, mon émotion et mon ravissement sont intacts, toujours renouvelés,
aussi fort que la première fois que je l’ai entendu à Redon… Aux premières
notes, reconnaissables entre mille, je pousse un hurlement perçant, un
hurlement de joie, à l’unisson de tout le public ! C’est Pelot, bien
sûr ! Le gars Pelot à qui le public réserve toujours immanquablement un
triomphe !!! Donc voilà, j’ai eu droit à ma chanson préférée, à MA
première chanson de Tri Yann, pour la cinquième fois d’affilée en deux ans…
Pff, c’est le pied !!! Mon cœur de Tryanaute est comblé !

-        
Fransozig : à la phrase « Bonjour à vous
jeune fille, me logerez-vous ? », Jean-Louis serre la main à ses potes
en croisant les bras. Ce qui fait qu’il avait Jean accroché d’un côté et
Jean-Paul de l’autre, et que leurs bras à tous les trois étaient artistiquement
entrelacés ! Mais ça va, ils ont réussi à se démêler ! LOOOL !

-        
- Si mors à mort : dans l’intro, Jean-Louis nous
informe que l’an prochain, en 2014, ce sera le cinq centième anniversaire de la
mort d’Anne de Bretagne…

-        
Sur le conte de Marion, plusieurs moments drôle à
signaler : l’amant de Marion a encore changé de petit nom, cette fois il
s’appelle Ahmed Hangiven ! LOL ! ; Jean-Louis se pique soudain
d’imiter le rire satanique du fantôme de la vieille femme qui immobilise le TGV
sur la voie Nantes/Quimper, ainsi que le bruit caractéristique du TGV en
mouvement (il l’imite de façon fort convaincante, je dois dire !)
Mdr ! ; et enfin, la Russie est maintenant devenue un paradis fiscal
(et pan, Depardieu c’est pour toi !) puisqu’après le vol des cartes
American Express, les comptes que les passagers de première classe ont en
Suisse, au Liechtenstein ou en Russie sont entièrement vidés !!!

-        
Pour nous, le début de Marion a été quelque peu gâché
par la foldingue de tout à l’heure, qu’on avait déjà rembarrée pendant
Herbalist Crew parce qu’elle s’accrochait au cou des gens. Cette fois, elle
surgit et se met à bousculer tout le monde. Ma mère lui ordonne,
glaciale : « Tu dégages ! Tu dégages ! » . Elle,
Soazig et plusieurs autres font des signes frénétiques aux mecs de la sécurité,
qui interviennent et éjectent la folle sans trop de remous, heureusement.
Celle-là, elle était très certainement bourrée, défoncée et pas seule dans sa
tête !

-        
A ce concert, pas de Néréides (ça m’a fait bizarre),
pas de Tambours de Plougastell et pas de Lamentations. Mais il y a d’autres
jolies surprises, dont les deux inédits…

-        
Les morceaux survitaminés parsèment tout le
concert : Le retour de la croisade, Tri martolod, Le chasseur de temps
(THE titre remuant, que je kiffe toujours autant en concert), Tir fo tonn, Kan
ar Kann, et bien évidemment La jument et Les prisons sont autant de titres et
tubes qui nous ont bien fait bouger, danser et sautiller !

-        
Après Le retour de la croisade, Jean-Louis,
introduisant le titre suivant, claironne : « Alors là, vous allez pas
pouvoir y couper, c’est probablement l’un des trois grands incontournables de
chez incontournables de la chanson bretonne », il nous en cite les
interprètes notables : Stivell, Manau, Nolwenn Leroy… C’est… c’est… Vous
donnez votre langue au chat ? Tri martolod, bien entendu !!! Et,
actualité récente oblige, les deux premiers marins ne vont plus à la maire se
pacser, ils y vont pour… se marier !!! J

-        
En concert, ce Tri martolod nouvelle version Tri Yann
cuvée 2012 déchire tout ! La mélodie est hyper-entraînante, la flûte de
Konan et le violon de Chris sont flamboyants ! Bref, c’est un titre taillé
sur mesure pour la scène ! Une parfaite réussite !

-        
Le plus joli moment du concert, c’est indiscutablement
Vivre Johnnie vivre, qui suit Le chasseur de temps. Dans l’intro, Jean-Louis
nous explique d’où vient le surnom de « johnnie » donné aux marchands
d’oignons de Roscoff : en fait, au XIXème, pour les Britanniques, tout ce
qui venait de France était appelé Jean quelque chose, donc John, Johnnie. CQFD.
Il nous entraîne soigneusement à chanter les refrains. Et, miracle, alors que
je craignais un peu que ça chante n’importe comment et comme des bourrins,
derrière, à cause de la viande saoûle, c’était très bien chanté, dans la note
comme il fallait, c’était tout doux, tout doux… Comme je m’y attendais, la
mélodie très simple et facile à retenir passe très bien auprès du public. Après
nous avoir fait répéter une dernière fois le refrain, Jean-Louis ironise
gentiment : « Ah ouais, c’est sûr, c’est d’un autre niveau que Aul
Away, Aul Away (cf Le chasseur), mais vous allez très bien vous en sortir, j’en
suis sûr ». En concert, Vivre Johnnie vivre est sublime, elle rend très
bien. Et ma mère, qui l’entendait pour la première fois, est tombée raide
dingue amoureuse de cette chanson !

-        
D’un saut de puce dans mon catalogue de souvenirs, je
passe de Johnnie à La jument. La bonne vieille bébête est raccourcie de façon
inattendue. Dès que Jean-Louis a fini de nous faire hurler les paroles…
Jean-Luc se met directement à jouer Bonne nuit les petits ! Konan, qui
avait son redpipe sous le bras et s’apprêtait manifestement à jouer comme
toujours la partie Blue Sheep in Bernera, a eu l’air surpris. Si j’osais, je
dirai… déconcerté !!! MDR !!! Bon, OK, je sors…

-        
Premier rappel : Les prisons. C’est là que la
bande de rastas excités voulant absolument danser fait irruption devant, nous
écrabouillant à moitié contre les barrières et importunant pas mal de
spectateurs. Certains d’entre eux commencent à être agressifs, des gens
réagissent agressivement en riposte, mais ce n’était pas la solution… Du coup,
le début des Crêpes nous a été quelque peu gâché. Mais après, les choses se
sont calmées, et à la fin du concert, ma mère (qui avait reçu accidentellement
un coup sur la tête alors qu’elle avait une plaie à la tête après s’être pris
la veille le hayon du coffre de la voiture de plein fouet), a discuté bien
calmement et bien diplomatiquement avec le plus excité. Du coup, le jeune s’est
calmé, s’est excusé et est reparti content. Comme quoi… Quand on discute
CALMEMENT et DIPLOMATIQUEMENT entre personnes civilisées, on peut s’entendre…

-        
Final du concert sur Je m’en vas, comme de coutume, et
Jean-Louis nous lance avant de quitter la scène : « Vous savez quoi,
les amis ? On vous aime, et on aime aussi le muscadet ! » Ben
tiens, on s’en serait pas douté, LOL !

-        
Clap de fin après 1 h 30 pile poil de concert intense.
Ce ne sont pas les tambours, mais un petit feu d’artifice qui sert d’interlude
entre Tri Yann et le dernier groupe de la soirée. Nous nous dirigeons vers le
stand. Mais les gars qui s’en occupent, pas au courant des habitudes post-concert
du groupe, remballent tous les CD, tee-shirts et autres avant de leur laisser
le temps d’arriver, nous laissant bêtement tous seuls devant une table à
tréteaux vide. Nous sommes peu nombreux à les attendre : nous 3,
Jean-Pierre, Vivi, Soazig et ses petites, et quelques autres. Jean-Louis,
Freddy et Jean-Paul finissent par venir nous voir. Nous passons, comme
toujours, un après-concert sympa avec eux, à échanger quelques mots, demander
des dédicaces, et faire une séance photos. D’ailleurs, merci au gentil monsieur
qui nous a pris en photo toutes les 3 avec Jean-Louis avec mon appareil !
Ca fait « photo de famille » avec lui. Et d’ailleurs, quand on lui a
rendu la pareille en le prenant en photo, lui et sa femme, avec Jean-Louis, il
se confondait en remerciements (il n’avait pas vu nos TY depuis longtemps et
n’avait encore jamais eu l’occasion de faire une photo avec eux). C’était
mignon ! Ca fait aussi partie des choses que j’apprécie dans les
après-concerts : le partage d’émotions entre spectateurs qui ne se
connaissent pas de la veille !

-        
Minuit et demie, il est temps pour nous d’y aller. Nous
disons au revoir à tout le monde, et nous regagnons le parking de l’église, et
la tuture. La route du retour se passe bien, et c’est plus facile qu’à l’aller
au niveau du périph de Nantes, parce que nous n’empruntons pas le même axe.
Nous traversons d’ailleurs le célèbre pont de Cheviré au-dessus de Nantes. Je
vous assure, il est tellement loooong et tellement hauuuut que de nuit, c’était
presque flippant !

-        
Nous arrivons à la maison à plus de 3 h du mat (le
radioréveil, dans ma chambre, marque très exactement 3 h 12). Nous ne faisons
pas de bruit pour ne pas réveiller le paternel, qui dort déjà depuis longtemps,
nous fourrons vite fait les chats dans la cuisine, brossage de dents, et
hop ! à notre tour de sombrer dans les bras de Morphée, après cette
longue, chaude et excellente journée !

Moralité :
un très bon petit concert ! Ceux de Redon, Lorient, Quimper et Pleudihen
en 2011 et 2012 étaient meilleurs, et différents, mais celui-là, en pays
nantais, chez Eux, se défend très bien aussi ! Je ne regrette pas d’avoir
été de la fête !!! J

              THE END !

Désolée, c’est
encore une fois TRES long !!

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Nolwenn Leroy: Ô filles de l’eau (2012), analyse de « l’après-Bretonne »

Nolwenn Leroy: Ô filles de l'eau (2012), analyse de

Track-list:

1. Davy Jones

2. Juste pour me souvenir

3. Ophélia

4. Sixième continent

5. Homeland

6. J’ai volé le lit de la mer

7. A la vie à la mort

8. Aux filles de l’eau

9. Limitless

10. Ahès

11. Sur mes lèvres

12. Tout a une fin

13. D’émeraude

14. Davy Jones (English version)

15. Lost Again

    Ca y est, le voici le voilà, l’après-Bretonne de Nolwenn Leroy! Le voilà, ce disque de compositions exclusivement originales (ce n’était pas trop tôt…), deux ans après le raz de marée de Bretonne et de ses reprises, et de ses un million d’exemplaires vendus! La brune staracadémicienne finistérienne était, après ce carton, immanquablement attendue au tournant, et il est certain quel jouait gros dans ce nouvel opus. Ô filles de l’eau, cinquième album de la belle, est donc sorti le 26 novembre 2012, soit avant même la fin de la tournée de Bretonne, donc par conséquent, marketing oblige, avant que la vague ne retombe… Ce disque était annoncé comme étant « d’une couleur pop-folk celtisante, dans la continuité de Bretonne« , composé uniquement de chansons originales, sur « le thème poétique et mystérieux de la mer et des sirènes ». Bon, soit. Admettons.

    Comme je l’avais très clairement fait comprendre dans mes chroniques correspondantes, je n’ai guère apprécié l’album Bretonne. Donc, je l’avoue, moi aussi j’attendais d’entendre « l’après-Bretonne« . Et puis, même si je n’avais pas apprécié ce dernier, je me connais, je suis d’une incurable curiosité (ce qui est une qualité, par ailleurs), je savais que je cèderai à la tentation d’écouter ce nouvel opus qui serait, quoi qu’on en dise, décisif dans la carrière de Nolwenn Leroy, afin de m’en faire une idée la plus objective possible. Ce fut le cas… D’ailleurs, je dois dire que ma soeur, qui a plus de goût que moi pour la variété française et a acheté Ô filles de l’eau, m’a facilité involontairement les choses, puisque j’ai pu l’écouter d’une traite plutôt que d’aller sur Deezer et être coupée tous les cinq morceaux tout ça parce que je n’ai pas de compte utilisateur…

    Parce qu’on ne change pas une équipe qui gagne, comme dit le proverbe, Ô filles de l’eau a été enregistré à Londres avec la même équipe, producteur et musiciens, que pour Bretonne

    En avant-première, Nolwenn avait présenté son album chanson par chanson dans les colonnes du Télégramme. En lisant cette « explication de textes » titre par titre, j’admets que j’ai eu très peur. Car l’ensemble me paraissait… creux comme une huître morte! Mais résolument, j’ai réservé mon jugement et attendu d’entendre le résultat sur le plan du texte et de la musique.

    Maintenant que j’ai écouté l’album, je peux le dire: je m’attendais à pire, bien pire pour l’après-Bretonne. Mais je n’ai pas été transcendée non plus, loin de là…

    En vérité, avant le contenu même, la première chose qui a fait jaser, et à juste titre, pour Ô filles de l’eau, c’est la pochette du disque! C’est vrai qu’elle se prête à des commentaires… salés (hum!). On y contemple, sur fond de ciel rosâtre et au milieu de rochers en carton-pâte, une Nolwenn sirène au regard de chien battu, affublée d’une queue de poisson. Cette couverture, jugée extrêmement ringarde et photoshopée, a suscité bon nombre de moqueries de la part des détracteurs de Nolwenn aussi bien que de ses fans. Elle est l’oeuvre (hum!) de la photographe australienne Vee Speers, dans la lignée de l’une de ses collections. Ouais, pour la photo d’art, on peut aller se recoucher, hein! Un gosse de cinq ans aurait pu faire la même chose! Et en important une photo dans un logiciel de dessin, n’importe qui serait arrivé au même résultat bâclé… Bon bon bon… De mon point de vue, je me bornerai à dire que j’ai vu mieux en matière de pochette de disque, mais que j’ai aussi vu pire.

    Après tout, l’emballage reste assez secondaire. Le plus important, n’est-ce pas le contenu? Pour Ô filles de l’eau, et c’est heureux, on peut dire que Nolwenn s’est pas mal mouillée, en tout cas bien plus qu’avec Bretonne, en écrivant une partie des titres. Elle a également fait appel à d’autres plumes, d’horizons assez divers: Miossec (qui avait déjà signé Je ne serai jamais ta Parisienne, l’unique inédit de Bretonne), Jean-Louis Murat, Hubert Mounier, Jean-Christophe Urbain, et enfin un talent prometteur, la chanteuse traditionnelle Gwennyn, qui lui a écrit le titre en breton Ahès.

    Sur ce (long) préambule, il est temps d’y aller. Vous y êtes? Prenons une grande inspiration, et une réserve d’oxygène, et plongeons-nous sans plus tergiverser dans les abysses et les méandres de l’imaginaire de la « sirène Nolwenn » (puisque c’est comme ceci qu’elle se revendique sur la pochette du disque, non?).

    Après écoute attentive et remontée à la surface, impressions à chaud: certes, avec Ô filles de l’eau, Nolwenn fait de l’original et non plus des reprises, on ne peut pas le nier, et s’est beaucoup impliquée dans le projet, tout comme elle l’avait fait pour son Cheshire Cat (le gros flop de sa carrière…). Mais il apparaît évident aussi que, malgré ces efforts louables, cet album abyssalo-sirénien manque singulièrement de profondeur. La cause de ce défaut, qui altère l’ensemble? Selon moi, c’est tout simplement parce que Nolwenn a replongé dans le milieu qui l’a fait connaître: en clair, en dépit des sonorités celtisantes certaines de cet album, elle flotte de nouveau (bien que l’immersion ne soit pas totale) dans les eaux troubles de la « soupe » de la variété française tendance dangeureusement mièvre et gnangnan. Voilà.

    On ne se refait pas, me direz-vous. Chassez le naturel, il revient au galop… Force est de constater que dans le cas présent, le vieil adage n’a pas menti…

    Mais prenons le temps de l’analyse plus approfondie des morceaux, si vous le voulez bien! Même si l’ensemble est mitigé, de bons titres se distinguent et sortent du lot. A l’instar de Davy Jones, le titre d’ouverture, écrit par Miossec. Le chanteur brestois, qui est un poète indéniable et sans doute l’une des plus belles plumes de la chanson française, fait revivre pour Nolwenn l’histoire du pirate qui donne son nom au morceau, et la traite à contre-pied, imaginant une vengeance des victimes. J’avoue que c’était une idée… Le résultat est plutôt satisfaisant: les paroles sont (comparées à d’autres chansons du disque…), assez fouillée, et la mélodie, aux fortes influences irlandaises (avec une petite touche amérindienne), fait mouche. Bon point.

    Ophélia, troisième titre de Ô filles de l’eau, se démarque lui aussi. Nolwenn, qui en a écrit les paroles, a dit au Télégramme s’être inspirée de deux choses différentes pour cette chanson:  de la peinture pré-raphaélite d’une part (plus particulièrement de l’Ophélia de Millais), et d’autre part, de El Desdichado, qui est un très joli poème de Gérard de Nerval. Les paroles sont, précisément, poétiques, pas mal recherchées (en tout cas bien moins convenues que sur d’autres titres à suivre!). Un vers du poème de Nerval dit: « J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène« . Le refrain d’Ophélia commence par « Si tu as rêvé dans les eaux sombres/Dans la pénombre/Où nage Ophélia… »… Je trouve que les arrangements sont beaux, et, contrairement à ma fidèle lectrice (qui m’avait déjà communiqué ses impressions sur ce morceau… ;) ), je ne pense pas que Nolwenn fasse des effets vocaux ou des vibratos outrés au sur les refrains. Au contraire, je trouve que c’est bien à l’image, justement, de la figure de la sirène, passant d’une lenteur endormie à l’éclat de voix, d’eaux calmes à une mer démontée, d’une sirène dolente à une sirène prompte à provoquer des naufrages… Vous suivez mon raisonnement? Je crois que c’est le but recherché et que ces variations vocales sont calculées en ce sens. Et après le dernier refrain, on repasse à la lenteur, comme le calme après la tempête… De mon point de vue, Ophélia est, de très loin, le titre le plus réussi d’Ô filles de l’eau.

    Homeland en serait le troisième titre à retenir. Les paroles en anglais ont été écrites sur une petite mélodie de James Horner, empruntée à la BO de Braveheart. Ce morceau est reposant, et les effets vocaux et instrumentaux sont discrets et bien dosés, à l’image par exemple de la reprise de Scarborough Fair sur l’édition Deluxe de Bretonne. J’ai entendu dire qu’Homeland avait été intégré à la BO d’un téléfilm allemand et rebaptisé Take Me Back pour la circonstance…

    Le quatrième et dernier titre que nous pouvons considérer comme au-dessus du lot (et « ô dessus de l’eau »… houplà! OK je sors ;) ), c’est Ahès. Nolwenn tenait, en souvenir de Bretonne, à ce qu’il y ait un titre en breton sur son nouvel album. Grâce à Gwennyn, qui a écrit les paroles d’Ahès et l’a coachée vocalement, c’est chose faite. Que dire de plus qui n’ait déjà été dit sur Ahès/Dahut, fille débauchée du roi Gradlon de Cornouaille, qui provoqua la submersion de la ville d’Ys avant de devenir sirène dans l’océan…? Les paroles, sont, à l’oreille, plutôt fluides, et la mélodie est tout à fait entraînante, avec un petit côté « guerrier » indéniable. Et puis, c’est difficile à affirmer avec certitude puisqu’il s’agit d’une chanson originale, mais il me semble que sur Ahès, Nolwenn chante un peu mieux le breton qu’elle ne le faisait avec Tri martolod ou Suite sudarmoricaine…?

    Quatre titres que je juge vraiment bons sur un album qui en compte quinze. J’en conviens, ce n’est pas beaucoup. Mais d’autres titres sont « limites », oscillent entre deux eaux. C’est le cas pour deux titres: premièrement, pour Juste pour me souvenir, premier titre choisi pour la promotion du disque, et deuxièmement, J’ai volé le lit de la mer. Intéressons-nous à Juste pour me souvenir… Ce morceau est musicalement convenable, pas vilain… Musicalement convenable, certes… mais aussi textuellement extrêmement convenu! En effet, j’ai rarement vu autant de clichés et d’images d’Epinal sur le thème de la mer alignés dans une même chanson! Dans Juste pour me souvenir, on enfile les clichés aussi bien qu’on enfilerait des perles à un collier. Et à mon avis, c’est ça qui gâte l’ensemble: aucune originalité dans le traitement de ces lieux communs… Ce morceau se veut être une chanson pour les femmes de marins. Eh bien, je ne suis pas convaincue. Si j’osais, je dirais que pour composer une vraie bonne gwerz sur un tel sujet, il faut presque l’avoir « dans le sang », pour ainsi dire, que les tragédies liées à la mer soient une histoire de famille… :(    Des artistes comme Louis Capart, par exemple, ont composé des merveilles dans ce genre… C’est pour ça que je trouve que ce titre sonne tellement faux… J’ai volé le lit de la mer est elle aussi une chanson « limite »: en dépit d’une mélodie nerveuse et assez efficace, c’est l’intérêt du thème traité dans le morceau qui me fait tiquer… Nolwenn affirme y parler d’une anecdote se rapportant à l’enfance: comment elle collectionnait des échantillons de sable des différentes plages qu’elle a fréquentées dans des flacons de verre. Selon la demoiselle, nous aurions tous fait cela dans notre enfance… Ah ouais? Première nouvelle! Moi, quand j’étais petite et que nous faisions des virées sur les plages du Calvados avec nos parents, je ramenais des seaux entiers de coquillages plutôt que du sable! Mais bon, chacun fait comme il sent, après tout… Le prendre pour sujet d’un titre, c’est je trouve d’un intérêt très limité, car un thème pareil tournerait vite court…

    Ensuite (descendons d’un palier), il y a un loooong passage à vide, c’est le calme plat, on flotte en surface, mais sans plus: comprenez, on retourne sur plusieurs titres à la variété pure et dure et à la mièvrerie qui, malheureusement, s’y rattache trop souvent… C’est le cas avec A la vie à la mort, un titre court, mais franchement gnangnan, où Nolwenn ronronne plus qu’elle ne chante, et dont la mélodie ne dépareillerait pas dans une pub Atol les Opticiens… ;) LOL. Aux filles de l’eau (qui donne son titre à l’album, et qui rend hommage aux femmes qui vivent de la mer), aussi gorgé de clichés sans originalité que Juste pour me souvenir, et D’émeraude, sont tous deux pareillement raplapla et linéaires d’un point de vue vocal et musical, ils n’auraient pas été reniés par exemple par une Carla Bruni… Tout a une fin (même l’océan…), est à peine plus accrocheur, tout juste relevé par un solo de uileann pipe.

    Naviguer sur une mer d’huile ne permet pas d’éviter les écueils de l’ennui, c’est plutôt l’inverse. En vérité, dans cet « ensemble vide » au coeur de l’album, ce qui pèche le plus, ce sont les chansons en anglais: Limitless et Lost Again. Je ne m’attarderai pas sur Davy Jones (English version), qui n’apporte strictement rien de plus au titre inaugural de l’album. Limitless (écrit par une certaine Sophie Dellila) et Lost Again sont terriblement somnifères et monocordes, au point que l’auditeur non averti pourrait très bien répondre aux ronronnements musicaux de Nolwenn par… des ronflements! En tout cas, moi, elles m’endorment… Il n’y a guère qu’Ahès (qui est le 10ème titre du disque) pour injecter un tant soit peu de piquant à cet ensemble…

    Jusque là, nous sommes allés du bon au fade. Mais s’il y a des titres qui tirent Ô filles de l’eau vers le fond, ce sont bien ses deux énormes ratés: Sixième continent, et Sur mes lèvres (écrit par Jean-Louis Murat)! Avec ces deux-là, on coule à pic et on frôle l’asphyxie… Sixième continent, tout d’abord: c’est un morceau que je trouve juste horrible, et qui se veut être une chanson engagée! Mais mon Dieu! Même si le thème se veut l’être, c’est à peine un ersatz de chanson engagée, tout juste une pâle imitation! D’un point de vue strictement musical, la mélodie est noyée sous une espèce de pulsation omniprésente tout au long du morceau, très années 90, qui prend littéralement la tête et irrite. Par dessus le marché, les paroles sont nunuches à souhait, et cette manie qu’ont les chanteuses variété à vouloir combler les vides astronomiques des textes à grands coups de Na na na na na…, comme Nolwenn le fait dans Sixième continent, m’insupporte au plus haut point! D’après tout ce que j’ai pu lire/entendre ça et là sur la Toile, Sixième continent est loin de faire l’unanimité auprès de ses fans (et je comprends pourquoi!). Pourtant, c’est cette chanson qui a été choisie comme second single extrait d’Ô filles de l’eau… Moi je dis, mauvaise idée… Plus qu’un titre un promouvoir, c’est un titre à jeter!

    Et le second (et plus gros) raté de l’album, c’est Sur mes lèvres. Jean-Louis Murat a écrit pour Nolwenn ce titre ultra-répétitif, trop long, et surtout, bourré de doubles sens très évidents… La mélodie est archi-fade, et le chant, lancinant, pseudo-hypnotique. Sur mes lèvres énerve bien plus qu’il n’envoûte. A considérer comme un « accident de parcours » de Jean-Louis Murat… D’autant plus que, si on lit les paroles, on voit qu’il n’y a absolument aucun rapport entre cette chanson et le thème général d’Ô filles de l’eau! :(

    Le mot de la fin?

    Puisque, comme le chante Nolwenn, tout a une fin, nous allons conclure…

    Ô filles de l’eau est un album aussi contrasté et changeant qu’un ciel d’orage ou qu’une mer qui moutonne avant la tempête. On passe tantôt d’un éclat de brillance et de recherche poétique, à une écriture convenue, bourrée de lieux communs, de mélodies tonifiantes à des titres ennuyeux ou de très gros ratés. Plusieurs auteurs compositeurs différents ont travaillé pour ce disque, et à l’écoute c’est nettement perceptible. C’est dommage, car cette hétérogénéité fait qu’il n’y a pas vraiment de constante qualitative, et fait que j’ai peiné à être vraiment convaincue… Encore une fois, malgré le fait incontestable qu’il s’agisse de titres originaux, Nolwenn nous propose un album en dents de scie et inégal. Personnellement, mis à part quelques bons titres qui m’ont davantage interpellée, je n’ai pas été envoûtée par ces Filles de l’eau… Mais, étant donné que l’album s’est à ce jour vendu à plus de 200 000 exemplaires, je ne doute pas qu’il a su plaire à un certain public.

    Allez, j’avais mis une seule étoile à Bretonne, là chuis sympa, je vais mettre deux étoiles à Ô filles de l’eau, ne serait-ce que pour l’effort de composition (même si on n’atteint pas non plus des sommets de ce côté là)…

    Quoi qu’il en soit, bonne traversée, tenez bon la vague et le vent, et que vogue la galère… ;)

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      Clip de Juste pour me souvenir

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      Davy Jones au concert de l’Olympia (décembre 2012)

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    Ophélia (avec le tableau de Millais en arrière-plan)

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      Ahès (avec les paroles)

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      J’ai volé le lit de la mer

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      Clip de Sixième continent

   



Nolwenn Leroy: chronique express sur les sept titres supplémentaires de « Bretonne édition Deluxe »

Nolwenn Leroy: chronique express sur les sept titres supplémentaires de

Track-list des titres supplémentaires (qui correspondent aux pistes 14 à 20 du CD édition Deluxe):

1. Moonlight Shadow (Mike Oldfield)

2. Scarborough Fair (chanson médiévale anglaise/ Simon and Garfunkel)

3. Whiskey in the Jar (The Dubliners)

4. Siuil a Ruin (traditionnel irlandais)

5. To France (Mike Oldfield)

6. Amazing Grace (traditionnel écossais)

7. Dirty Old Town (Ewan MacColl/ The Pogues)

    Je vous vois venir d’ici: elle n’a pas vraiment témoigné de sympathie pour Nolwenn Leroy dans ses articles précédents, et sa chronique de l’album Bretonne n’était pas des plus enthousiastes, bien au contraire. Alors, pourquoi est-ce qu’elle se donne la peine d’en parler encore?

    Pourquoi?? Bonne question! Tout simplement parce que je suis quelqu’un de consciencieuse, qui aime le travail bien mené jusqu’au bout. Alors, puisque Bretonne a été réédité le 28 novembre dernier en édition « Deluxe » avec sept titres supplémentaires, j’estime qu’il est naturel d’apporter un complément à ma chronique initiale, quel que soit mon ressenti sur ces « reprises inédites » (je fais presque une oxymore, là…). Et, autant être très honnête d’emblée, ce ne sera guère plus dithyrambique que mon premier article…

    Nolwenn (et sa maison de disques…) ont ressorti l’album Bretonne agrémenté de sept nouvelles reprises. Ces dernières étaient jouées en concert avant d’être enregistrées. Il s’agit de chansons anglaises et de traditionnels irlandais ou écossais qui, elles, figureront sur la track-list de l’album quand il sortira aux Etats-Unis (cette sortie était prévue en juillet, mais a été reportée).

    Là encore, tout comme c’était le cas pour les 13 premiers titres de l’album, ces reprises irlandaises ou écossaises sont très contrastées au niveau de la qualité. Bien qu’il n’y ait que sept titres à décortiquer dans cette chronique express, nous pourrions (assez nettement) les classer en trois catégories différentes: les OVNIS musicaux, les reprises bien réussies, et les titres « sympas mais sans plus ».

    Commençons donc, et attaquons-nous pour commencer aux reprises que j’appellerais, et vous comprendrez pourquoi, je pense, les « OVNIS musicaux » (que dis-je! plutôt les OSNI « Objets Sonores Non Identifiés »): à savoir, les deux titres de Mike Oldfield Moonlight Shadow et To France. OVNIS dont la présence apparait comme tout à fait incongrue dans l’album, car tous deux n’ont absolument AUCUN rapport rapport, de près ou de loin, avec la musique celtique, et encore moins Moonlight Shadow! Si ce n’est, peut-être, que l’interprète originale de la chanson, Maggie Reilly, est écossaise, et encore… Même au niveau thématique, difficile de voir le lien: j’ai lu sur Internet que les paroles se référeraient au film Houdini le grand magicien. Où est le rapport avec la musique celtique, je vous le demande! Mais étonnamment, c’est Moonlight Shadow qui a été choisie par Mercury comme premier single de cette réédition. Personnellement, je n’ai rien contre la chanson en elle-même, mais les arrangements à la sauce Nolwenn sont plus que moyens, pour ne pas dire médiocres, et sonnent extrêmement « variétoche un peu datée ». La présence du fiddle et du uileann pipe ne se suffit pas en elle-même poir donner à cette chanson un véritable esprit celte, et en masquer l’incongruité au milieu d’un tel projet… :(

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    L’autre reprise de Mike Oldfield, To France, détonne un peu moins dans l’ensemble que Moonlight Shadow, même si elle n’est pas non plus à sauter au plafond. Elle est un peu plus agréable, et surtout les arrangements sont plus délicats (whistles, etc…), du moins pour le départ de la chanson, qui devient un peu plus tonique par la suite. To France parle de la reine d’Ecosse Mary Stuart. Ce titre trouve donc, par ce sujet, davantage sa place dans le projet que Moonlight

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    To France en concert à Rennes…

    Seconde catégorie où nous pourrions classer certaines de ces reprises: les reprises réussies. Quand même! Il y en a. Ces titres plus réussis sont au nombre de deux. D’une part, Scarborough Fair. Scarborough Fair (La foire de Scarborough, en français) est une vieille chanson médiévale anglaise qui a été popularisée par la version qu’en ont faite Simon and Garfunkel. Les arrangements, délicats, ne versent pas dans l’ostentation, et sont tout à fait plaisants. Un peu comme pour Mna Na H-Eireann, la voix de Nolwenn s’y fait aérienne, voire discrète, et dans l’interprétation, elle est juste ce qu’il faut, sans excès. De plus, dans les arrangements, on sent un effort, surtout vers la fin du morceau, pour imprimer un certain cachet médiéval-Renaissance, et ainsi rester fidèle à l’origine de la mélodie. Bref, Scarborough Fair est un bon point de cette « Edition Deluxe ».

    L’autre titre plutôt réussi est Siuil a ruin, un « chant de femmes » traditionnel irlandais, mêlant l’anglais et le gaélique. Même si son interprétation n’égale pas celle, magnifique, de Clannad, Nolwenn en fait une reprise paisible et assez reposante. Les arrangements sont légers, assez dépouillés, mais il n’y a pas besoin de plus. Autre jolie réussite.

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      Scarborough Fair

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      Siuil a ruin en concert à Pornichet (août 2011)

   

    Mais malheureusement, tout comme avec Brest et Mna Na H-Eireann sur l’édition initiale, la satisfaction prodiguée par ces titres est de courte durée, au regard des trois restants, qui sont pourtant des titres mythiques de la musique irlandaise et écossaise. Il conviendrait de les définir comme des reprises « bof, sympa mais sans plus ». Il s’agit de Whiskey in the Jar et Dirty Old Town pour l’Irlande, et d’Amazing Grace, classique parmi les classiques de la musique traditionnelle écossaise.

    Tout d’abord, Whiskey in the Jar, traditionnel irlandais repris par de très nombreux groupes, notamment The Dubliners (pour citer les plus célèbres!). Mon avis est très mitigé. Ce n’est pas que les arrangements de la présente reprise sont mauvais en eux-mêmes, c’est que c’est… mouuuuu!!! Terriblement mou, fade et dépourvu d’énergie! :( Quand j’écoute la version (hyper-entraînante) des Dubliners, j’ai une envie frénétique de taper dans les mains et de sauter partout. A l’opposée, celle de Nolwenn me laisse juste… complètement de marbre! :’(  Bref, je préfère zapper…

    Ensuite (dans l’ordre des titres sur le CD), Amazing Grace. Aaaaah… Qui ne connaît pas ce sublime chant funèbre traditionnel écossais, repris à tire-larrigot par d’innombrables artistes d’horizons très divers, utilisé pour des musiques de films (genre Star Trek II…), etc…?? Le morceau est connu pour les paroles de la chanson qui l’accompagnent, qu’on dit être « d’une poéticité inouïe », mais il est primordialement connu pour sa mélodie à la cornemuse! Cet air subjugue et bouleverse les foules chaque fois qu’il est joué, et une prestation de pipe-band ne saurait être une presta de pipe-band sans qu’Amazing Grace soit jouée! Parole de connaisseuse! :) Ici, c’est évidemment la version chantée que nous propose Nolwenn plutôt qu’instrumentale. Mais le chant, malgré sa « grande poéticité », pèche ici, car la reprise est bien trop loooongue, et beaucoup trop monocorde. Elle ne me fait passer aucune émotion, au contraire, elle m’ennuie terriblement! :( Le plus grave dans tout cela, c’est que la célèbre partition instrumentale brille par son absence! Aucune cornemuse écossaise à l’horizon! Cela nous laisse l’impression d’un morceau étant complètement vidé de son âme, de ses fondements, de sa substance, quoi! Il est très difficile (dans mon esprit, du moins, car c’est là une habituée des Nuits magiques du FIL qui s’exprime) de dissocier le chant d’Amazing Grace et sa mélodie à la cornemuse, sans qu’il y perde fatalement son identité… Amazing Grace joué dans un stade par une nuit étoilée avec plusieurs pipe-bands écossais et bagadou bretons, qui vous prennent aux tripes comme pas deux, vous foutent des frissons et les larmes aux yeux, renforcé par le chant profond des choeurs gallois, oui, mille fois oui!!! Mais la reprise chantée de Nolwenn, oui… mais NON, NON, NON ET NON!! Ca ne passe pas! :( *

    Et enfin, pour terminer cette édition Deluxe, la reprise de Dirty Old Town, composée par Ewan MacColl et mondialement popularisée par The Pogues. Je n’avais jamais spécialement aimé Dirty Old Town, et ce n’est certes pas la version de Nolwenn, très quelconque, qui me l’a fait apprécier davantage…

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      Whiskey in the Jar en concert à Guingamp (août 2011)

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      Amazing Grace en concert à Saint-Laurent-de-Cuves (Normandie)

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      Dirty Old Town à Pornichet

    Le mot de la fin?

    Il n’y a rien, dans les titres supplémentaires de cette édition Deluxe, qui relève véritablement le niveau général (médiocre) de l’album Bretonne. Deux titres qui n’ont rien à faire dans un tel disque, trois reprises qui ne cassent vraiment pas des briques, et deux autres qui sont bien meilleures que le reste et sauvent de justesse le navire du naufrage, toutefois sans être non plus la panacée… Voilà comment nous pourrions résumer ces sept nouvelles reprises, qui sont parfois malheureusement, par certains côtés, même pires que les treize précédentes… Et rien non plus qui dissipe l’impression de coup commercial que donnait déjà la première mouture, au détriment d’une vraie démarche sincère (éternel débat entre les pro et les anti-Nolwenn Leroy). Ca ne fait au contraire que la confirmer, quand on sait que ces 7 titres anglais, irlandais et écossais vont figurer sur la track-list de l’album quand il sortira aux Etats-Unis, remanié pour la circonstance pour « répondre au marché américain ». Beaucoup de titres français ou bretons ont été écartés, en faveur de ces reprises anglophones… C’est évidemment calculé. Franchement, regardons les choses en face: plus commercial que ça, tu meurs, on ne peut pas prétendre le contraire!

    Le conseil (évidemment non-objectif) que je formulerai pour clore cette chronique (finalement pas si express que ça) sera équivalent à celui que je donnais à la fin de mon premier article: tant qu’à faire, préférez The Dubliners, The Pogues, Clannad ou… les pipe-bands à ces versions décevantes.

    BONUX:

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    Nolwenn reprend également en concert Sunday Bloody Sunday, le tube de U2, qui fait référence à un célèbre épisode de la révolution irlandaise (le Bloody Sunday). La reprise de Nolwenn ne figure sur aucune version de l’album, elle est uniquement en téléchargement sur i-Tunes (i-Thune). Je ne suis pas spécialiste de ce titre, et je ne connais pas du tout U2, ou en tout cas très peu, alors, à l’inverse de tous les autres titres de l’album, je ne saurais comparer avec l’original. A vous de juger!

   

    * Pour les curieux, voici l’article que j’ai consacré l’an dernier à ma découverte un peu particulière (et émotionnelle) d’Amazing Grace: http://celticchroniques.unblog.fr/2011/09/29/choc-celtique/



Tri Yann: Le concert des 40 ans « Chantons sous la pluie » (2012) en DVD

DVD TRI YANN - LE CONCERT DES 40 ANS (4015607)

Track-list:

1. Na I ri o

2. Chanson du Baleinier François Le Billant

3. J’ai croisé les Néréides

4. Johnny Monfarleau

5. Chanson de Pelot d’Hennebont

6. Princes qu’en mains tenez

7. Fransozig

8. Si mors à mort

9. Le retour de la croisade

10. La légende de Marion du Faouët (conte)

11. Complainte de Marion du Faouët

12. Gavotten ar Seizh

13. Song for ye Jacobites

14. Le chasseur de temps

15. Divent an dour

16. Salsa du Doron (Bagad Brieg)

17. Kan ar Kann

18. Lamentations sur Saint-Aubin-du-Cormier

19. The Eyes of my Bonnie Mary (avec Jimme O’Neill)

20. Tir fo tonn

21. Le loup, le renard, la jument de Michao, etc

22. Dans les prisons de Nantes

23. Pour faire de bonnes crespes

24. Glen glas

25. Je m’en vas

Durée du concert: 1 h 54 min

Réalisation: François Goetghebeur

Bonus: « Tri Yann: Les 40 ans », un documentaire de Marie Guilloux. Durée: 26 min.

Enregistré le samedi 13 août 2011, au Slipway du Port de pêche de Lorient, pendant le Festival Interceltique de Lorient

Line-up:

Jean Chocun: chant lead, guitares, mandoline, banjo

Jean-Paul Corbineau: chant lead, guitare

Jean-Louis Jossic: chant lead, bombarde, cromorne, chalémie, psaltérion, contes…

Gérard Goron: chant, mandoloncelle, batterie Pearl, guitare, basse

Jean-Luc Chevalier: guitares, basse

Konan Mevel: chant, cornemuses, Merlin whistles, redpipes

Frédéric Bourgeois: chant, claviers, mélodica

Christophe Peloil: chant, violon, basse

Invités:

Jimme O’Neill: chant lead sur The Eyes of my Bonnie Mary

Steven Goron: percussions

Mélanie Goron: violon

Etienne Tabourier: alto

Maud Caron: violoncelle

Bagad Brieg (pen soner Michaël Le Cornec)

    Par bien des côtés, le concert de Tri Yann du 13 août 2011 au Slipway du Port de pêche de Lorient, pendant le FIL, aura été un combat épique. Le jour même du concert tout d’abord, où les dieux celtes ont déversé sur nous tout leur courroux, faisant tomber une pluie torrentielle. Noyés 8 heures durant sous les trombes d’eau, nous avons résisté, et notre enthousiasme n’a pas été douché, bien au contraire! :) Notre persévérance nous a enfin permis, en toute fin de concert, de triompher de la pluie, qui a cessé sur le final Je m’en vas. Et nous autres, les Tryanautes Allumés du premier rang (ou plutôt Inondés, en l’occurrence), nous avons bien fait de ne pas nous avouer vaincus.

    Car, par Bélénos, c’était un concert qui valait largement la peine de se mouiller!!! :) Concert exceptionnel, groupe heureux, public déchaîné, ambiance démentielle, soirée pleine de surprises… Concert de Folie, je vous dis! Le meilleur des concerts de Tri Yann auxquels j’ai assisté en 9 ans!!! :) La rencontre privilégiée de notre petite bande de potes avec Jean-Louis, Jean-Paul et Freddy en fin de soirée a été la cerise sur un gâteau absolument délectable! Alors, savoir que le DVD live de la tournée des 40 ans avait été enregistré à ce concert (on a bien vu le ballet des caméras et des preneurs de son pendant tout le concert)… j’ai été comblée bien au-delà des mots!

    Combat épique également, dans le sens où la sortie du CD/DVD live du concert a été repoussée plusieurs fois en raison de problèmes techniques. Enfin, la date de sortie annoncée est le 20 avril 2012. Mais un petit souci de pressage et de livraison en magasin nous a fait ronger notre frein encore quelques jours. Et ENFIN, le mardi 24 avril 2012 a été le bon jour! Ce jour béni, le magasin Coop Breizh (Coop Breizh distribue Tri Yann depuis deux ans) a été le premier magasin de tout Lorient à être livré. Quelle exultation quand la vendeuse a ouvert exprès pour moi, à ma demande, le carton qu’elle venait de recevoir! J’étais pas peu fière d’être la première à avoir entre les mains le double CD et le DVD Le concert des 40 ans « Chantons sous la pluie », je vous le garantis! :)

    Comment se présentent les choses? En trois déclinaisons différentes: en DVD seul, en double CD et en packaging CD + DVD. Aimant avoir de beaux objets bien distincts les uns les autres, je jette mon dévolu sur le DVD et le CD séparés plutôt que sur le pack rassemblant le tout. La couverture de ce live est superbe, sur fond bleu. Le cliché de couverture a été pris pendant Divent an dour, je le devine à la présence du Bagad Brieg, à la posture des uns ou aux instruments que jouaient les autres. Le CD et le pack sont agrémentés d’un très joli livret avec de belles photos des musiciens, et l’explication de leurs costumes respectifs. Ainsi, le voyage rummadien s’effectuera avec Jeanjean le jardinier du roy (Jean), Gérard Plessé dit « Tire-Laine » (Gégé), Pelot du Grand-Clos dit « Captain Corbinec » (Jean-Paul), Lulu le Hérisson (Jean-Luc), Charles d’Albert duc de Chaulnes (Jean-Louis), William Wallace dit « Braveheart » (Konan), Frédéric Maugeois dit « le Croisé » (Freddy) et Kristof Rouzic, dit « Tépé » (Christophe). Les mêmes photos figurent dans le boîtier du DVD. Côté contenu en lui-même, c’est l’intégralité des titres du concert que les Tri Yann nous offrent, avec en prime de conte de Marion du Faouët et le conte des Néréides. Rien que d’avoir la quasi-intégralité du concert, j’étais ravie! Un documentaire inédit de 26 minutes sur le groupe nous est proposé en bonus, pour compléter notre plaisir.

    Bref: ils ne se sont pas foutus de nous, les bougres! :)

    Enfin, après l’achat, vient le moment fiévreusement attendu du visionnage. Attente d’autant plus fiévreuse que nous y étions! Première fois que je peux revisionner un concert auquel j’ai assisté. Dans ces cas-là, on se pose toujours des questions: le rendu son et image sera-t-il bon? Ressentirons-nous les mêmes émotions « qu’en vrai »? Interrogations légitimes quand on connaît les conditions d’enregistrement du Concert des 40 ans… C’est en famille que nous avons visionné le DVD, au salon, bien au chaud et au sec, les lunettes bien sèches, avec les chats sur les genoux…

    Et alors…?

    Alors, dès les premières minutes du DVD, j’ai été pleinement rassurée. Car, si sur les vues arrières du public, la caméra « balayeuse  » est inévitablement emperlée de gouttes de pluie, pour la très grande majorité des plans l’image est d’excellente qualité! Images qui mettent superbement en valeur les Trois Jean, leurs costumes et les magnifiques éclairages de Fred Boch. Mais aussi le public. Nous, le public, apparaissons comme une marée de capuches et de parapluie déployés, qui font à l’écran de très jolies taches de couleurs, qui rehaussent le tout! De même, le son est tout aussi optimal, d’un bout à l’autre du concert. Groupe et public ont été traités de la même façon (c’est fou ce qu’on nous entend bien appeler le groupe au tout début, ou encore chanter sur Divent an dour sans être couverts par le Bagad Brieg). Gégé et Pascal Mandin (l’ingénieur du son) ont réalisé de véritables prouesses de mixage! Chapeau bien bas, les gars! Ou plutôt Parapluie! :)

    Côté titres j’ai parfaitement retrouvé toute la palette d’émotions très fortes éprouvées au cours de cette soirée (ou peu s’en faut) qui restera dans les annales du FIL et de Tri Yann (parole de Jean-Louis!). Car le programme frisait la perfection! Jamais nous n’avons été aussi proches de l’équilibre parfait entre titres récents, vieux tubes incontournables, instants rock détonnant, envolées bagadisantes ou surprises ressorties du grenier. L’ensemble est extrêmement bien dosé.

    En réalité, plus qu’un simple concert que nous proposent les Tri Yann, c’est une véritable collection de moments d’anthologie, tous plus mémorables les uns que les autres! :) On retiendra (entre autres) la Complainte de Marion du Faouët, déjà très émouvante, sublimée par le quatuor à cordes; la prestation hallucinante de Jean-Louis et Gégé sur Lamentations sur Saint-Aubin du Cormier, Jean-Louis, âpre, poignant et habité, interprétant « avec ses tripes » (sans mauvais jeu de mots, le texte étant assez gore) ce titre récité du point de vue d’un cadavre… Ce moment à marquer d’une pierre blanche a touché tous les Tryanautes présents. De la même manière, The Eyes of my Bonnie Mary, fusion bagad-rock, jouée ce soir là en première mondiale avec Jimme O’Neill (des Silencers) et le Bagad Brieg en guests spéciales, casse la baraque, et ne laissera personne indifférent! :) Et que dire des « vieux tubes retrouvés au grenier », qui font immanquablement mouche? L’enjoué (et très rare) Johnny Monfarleau, qui date de Tri Yann an Naoned; Pelot d’Hennebont, toujours autant adoré (et qui est MA chanson préférée, ma première chanson de Tri Yann! :) ), et qui doit figurer au Top 5 des titres les plus populaires, a ravi le public. Ecoutez un peu les hurlements de joie du public dès les premières notes du morceau, ça ne trompe pas! :) Enfin, le sublime poème Renaissance Princes qu’en mains tenez, magnifiquement réarrangé, vous fera rêver! En fait, après le concert, Jean-Louis m’a expliqué qu’ils l’avaient joué dans sa version « originale », en vieux françois, avec un phrasé qu’ils n’avaient pas retenu au moment de l’enregistrement de La découverte ou l’ignorance. Quant à Song for Ye Jacobites et son côté « tribal », il est lui aussi très efficace.  A côté de toutes ces surprises d’anniversaire, pour certaines exceptionnelles et uniques, les incontournables et indispensables Prisons de Nantes et Jument de Michaud (accueillies par une standing ovation!) font presque pâle figure. Les titres sont savamment répartis sur l’ensemble de la soirée alternant les moments planants et les moments énergiques; Divent an dour avec le Bagad Brieg, auquel le public participe en choeur et de tout son coeur!; Si mors à mort; le paisible hymne interceltique Glen glas au deuxième rappel, avec Jimme O’Neill et le bagad, seyait parfaitement aux circonstances. Des morceaux comme Fransozig et son solo de violon virevoltant, la trépidante Gavotten ar Seizh et ses cultissimes Tambours de Plougastell-Daoulas (avec Steven Goron en supplément percussions), Le retour de la croisade, le frondeur Kan ar Kann, ou encore le survitaminé Chasseur de temps nous ont fait sauter et danser et nous ont bien réchauffés! :) Tir fo tonn, l’instrumental d’Abysses, vous est également proposé, en version « new look », avec Jean-Luc à la guitare électrique plutôt qu’acoustique, Steven aux percus et des batteurs de Brieg armés de mailloches et frappant des fûts, si bien que ça fait un bruit d’orage. :)

    Le public est abondamment sollicité au cours de ce concert; dès le deuxième titre, Chanson du Baleinier François Le Billant, aux accents ensoleillés. Nous avons été embarqués pour des destinations exotique au gré des Alouéééééé Fa la louééééééééééé, Alouéééééééééé! :) . De suite après, nous fredonnons avec Jean, à coups de La la la la la la la la…, les charmes des Néréides. Mais par-dessus tout, je crois bien que le titre où notre présence s’est fait le plus ressentir, c’est Divent an dour avec le Bagad Brieg, romantique et planant. Je trouve que les choeurs étaient émouvants (et en même temps, je manque d’objectivité pour en juger :) ). Et, comme de coutume, le sieur Jean-Louis nous a fait longuement hurler les paroles de La jument de Michaud, pour « arrêter la pluie »… Ca a marché! Un peu à retardement, mais ça a marché! :) Et c’est tellement rigolo de se voir soi-même à l’écran tout au long du concert!

    De même, ce spectacle regroupe un ensemble de performances remarquables. Solos, ou à cinq ou six voix. Evidemment, nous pensons aux Lamentations susdites, où Jean-Louis a été un stupéfiant comédien. Mais, pour faire un petit focus sur Jean-Louis, au-delà de ses prouesses lead, il y a… ses prouesses de conteur! En effet, un concert de Tri Yann ne saurait être tout à fait un concert de Tri Yann sans les célébrissimes et déjantés contes de Jean-Louis! Ces histoires sont indiscutablement l’une des marques de fabrique du groupe, qui concourent à créer l’esprit veillée si cher au coeur des Trois Jean. A deux reprises dans le DVD, le meneur de troupes volubile et enthousiaste fait montre de tout son talent d’orateur: d’une part, dans le conte consacré aux Néréides, où il raille allègrement les Miss France et… dévoile l’origine du surimi! LOL! Culte. D’autre part, dans La légende de Marion du Faouët, précédant la complainte du même nom, il retrace les grandes lignes de la vie tumultueuse de la célèbre brigande de Cornouaille, pendue en place publique à Quimper au XVIIIème siècle. Par la suite, dans le « deuxième épisode » du conte, il tacle la SNCF et réveille les morts! La faconde de Jean-Louis est telle que le public est immanquablement captivé, les adultes autant que les enfants. Chaque fois, les yeux brillent et les rires fusent… :) La dernière « performance » notable est Pour faire de bonnes crêpes au deuxième rappel. C’est une performance purement vocale. Au cours de ce titre de Rummadoù, composé et interprété à la manière des chants Renaissance, les Tri Yann livrent, à six et sur trois voix différentes (Jean-Louis et Freddy aux basses, Jean et Jean-Paul aux médiums et Gégé et Christophe aux aigus), la véritable recette des crêpes, « telle qu’elle a été consignée en musique par Maria Fanch ar Bihan » (selon Jean-Louis). Cet technique de chant est extrêmement difficile, et le résultat, parfaitement maîtrisé, est impressionnant. Il fait en général mouche auprès du public. D’ailleurs, vous remarquerez, très brièvement à la fin de la chanson, la présence de Frédéric Mitterrand, en coulisses avec le directeur du FIL Lisardo Lombardia et plusieurs gros bonnets, applaudissant la performance du groupe. Le Ministre de la Culture de l’époque était présent au FIL ce jour-là pour discuter subventions avec l’équipe dirigeante. De source sûre, je sais qu’avant de venir au Slipway, il avait assisté au concert de harpes au Palais des Congrès. Mais en tout cas, que sa venue au Port de pêche soit spontanée, dictée par un véritable intérêt pour Tri Yann, ou juste un « acte de présence » calculé, il semblait admiratif! :) Qui ne le serait pas devant un tel titre?

    Un mot maintenant s’impose sur les invités du groupe au cours de ce concert-phare de la tournée des 40 ans. Il y a tout d’abord le quatuor à cordes composé, en plus de Christophe, de Mélanie Goron (fille de Gégé) au violon, d’Etienne Tabourier à l’alto et de Maud Caron au violoncelle. Ils apportent à la Complainte de Marion du Faouët un complément lyrique poignant. Ensuite, Steven Goron, frère de Mélanie et fils de Gégé, intervient comme « supplément percussions » sur Gavotten ar Seizh, devenant aux côtés de son père et de Freddy le troisième maistre tambourineur de Plougastell-Daoulas. Il est important de souligner que, de début juillet 2011 jusqu’à la veille de Lorient, Gégé s’était absenté pour des raisons de santé. Steven l’avait remplacé au pied levé au concert de Redon, le jour-même où il avait du être hospitalisé, puis a pris ses marques. Enfin, à Lorient, Gégé avait fait son grand retour en pleine forme, pour notre plus grande joie à tous! :) Quoi de plus normal que d’inviter Steven à ce concert événement au FIL, en remerciement de son aide précieuse durant les dernières semaines, et le FIL constituant une expérience intense pour un jeune musicien? En tout cas, cela nous a fait très plaisir à tous de voir Steven sur scène ce soir là, et de le voir participer à plusieurs titres. Autre invité de poids: le Bagad Brieg, champion de Bretagne 2007. Le bagad finistérien de 1ère catégorie (l’élite de la BAS), connu pour sa fantaisie et ses interprétations originales, se montre émouvant sur Divent an dour et les trois autres titres auxquels il participe. A la suite de Divent an dour, il nous gratifie d’ailleurs d’un excellent solo, Salsa du Doron, pendant que les Trois Jean vont faire une petite pause en coulisses. Ce morceau, court et entraînant, s’intègre parfaitement au tout. Dernier invité, et non des moindres: l’écossais Jimme O’Neill, fondateur des Silencers, se joint à ses amis bretons pour un The Eyes of my Bonnie Mary du feu de Dieu, accompagné du Bagad Brieg. L’un des tous meilleurs moments du concert! :)

    Tout ce petit monde, Tri Yann et invités, se réunit sur scène à l’occasion du final Je m’en vas, enlevé et entraînant, qui marque la fin du concert de même qu’il sonne le glas de… la pluie!!! Enfin!!! Ce qui fait que ce final aux allures d’authentique miracle nous vaudra de petits extras, avec deux rappels supplémentaires (un total de 4 rappels! :) ). Mais ces extras ont été coupés sur le DVD.

    Je pourrais écrire un roman sur cet extraordinaire concert, alors je vais m’auto-censurer et me pencher sur le délectable bonus qui l’accompagne. Le petit documentaire de 26 minutes (condensé d’un doc de 52 minutes), intitulé Tri Yann: Les 40 ans, a été réalisé par Marie Guilloux pour France 3 Bretagne. Riche en révélations, extrêmement bien filmé, il nous permet de suivre les Tri Yann sur les routes, en coulisses et en concert, sur trois dates estivales de cette année 2011: à Guingamp, Carentan, puis Lorient (ndlr: les concerts de Guingamp et Carentan ont eu lieu après celui de Lorient). Nous pouvons, de ce fait, entrer un peu dans l’intimité du groupe en tournée, dans des moments qui d’habitude n’appartiennent qu’à eux: le « trac » d’avant-concert, l’heure de l’apéro, le côté plus « technique » des concerts pendant les balances… La rencontre avec le public au cours des dédicaces est également montré. Et bien sûr, le documentaire compte de savoureux moments de rigolade: « l’opération chaussettes » de Konan à Guingamp, le coup des cuillères de Jean-Paul pendant le dîner à Carentan, l’humour et la fraternité qui règne entre les membres du groupes. Ou, encore plus rigolo, la mine sidérée de Jean-Paul, à Lorient, lorsqu’on lui apprend que le public est là à faire la queue depuis deux heures malgré la pluie torrentielle! D’ailleurs, il nous en avait parlé après le concert. Une pépite, tout à fait à la hauteur de l’extraordinaire concert qu’il agrémente!

    Le concert des 40 ans se referme sur Jean-Louis, qui dit avant de quitter la scène: « Merci! A bientôt pour le 50ème anniversaire! ». Vu l’inaltérable vitalité des Tri Yann, leur énergie et leur plaisir de jouer terriblement communicatifs, il n’est pas permis d’en douter: ils nous donnent rendez-vous dans dix ans!!! :) Ce DVD, must du must, est tout bonnement indispensable! Un concentré de bonheur exaltant, à voir et revoir encore et encore!!!! :) :) :) MERCI TRI YANN, MERCI LE FIL!!!! :) :) :)

    * A noter que, à la date ou j’écris cet article, Le concert des 40 ans a été diffusé hier soir sur France 3, dans le cadre des programmes sur le FIL. Malgré les audiences assez modestes, étant donné que la diffusion a eu lieu en 2ème partie de soirée, nous ne pouvons que nous réjouir de l’attention exceptionnelle que la télé a accordée à nos Tri Yann! Ce n’est que justice!!! :)

        Image de prévisualisation YouTube

    Kan ar Kann, extrait du concert

        http://www.dailymotion.com/video/xqw3lc

    Extrait du documentaire bonus…



Tri Yann: Abysses (2007)

Tri Yann: Abysses (2007) dans Artistes abyssescouv

Track-list:

1. Gloire à toi Neptune!

2. La solette et le limandin

3. Bransle des muresnes

4. Dessous la ville de Nantes

5. Loc’hentez Ker Is

6. Dans la lune au fond de l’eau

7. Petite sirène

8. J’ai croisé les Néréides

9. Sonenn ar mor don

10. Gavotten ar seizh

11. Lancastria

12. Tir fo tonn

13. Le sous-marin

14. L’eden des mers

15. Bonus

    Comme il a été attendu, cet album! Comme il a fallu s’armer de patience avant de l’avoir enfin entre les mains! Et comme le résultat a largement été à la hauteur de l’attente!

    Quatre ans après l’odyssée musicale Marines, après l’avoir initialement annoncé en 2005 pour l’année Jules Verne, les Tri Yann livrent enfin le second volet du diptyque consacré à la mer. L’album Abysses paraît le 15 octobre 2007 chez Sony BMG. Si Marines évoquait ce que tout un chacun peut voir sur la mer, Abysses, lui, comme l’indique son titre, met à l’honneur ce qui se passe sous les mers. Le fond des océans est beaucoup plus méconnu, et donc par conséquent plus mystérieux. Alors, l’occasion est donnée au groupe de faire la part belle à l’imagination, et de faire revivre mythes et légendes. Pour certains, disserter sur un tel sujet aurait pu être une véritable gageure. Pas pour les Tri Yann: ils relèvent magnifiquement le défi qu’ils se sont imposé, et même au-delà… Le joyeux équipage nous convie à une plongée sous-marine fantastique, remplie de poésie, de mythologie et de magie. C’est d’ailleurs pour cette plongée dans les abysses profondes qu’ils se sont le plus mouillés. Dans les deux sens du terme…

    En effet, Abysses marque un véritable aboutissement dans la carrière de Tri Yann, car il s’agit du premier album qui ait été composé à 100 %, paroles et musique, par le groupe, sans aucune adjonction de traditionnel le long des 14 morceaux! Rien que pour cet effort, cet opus mérite toute notre considération. Et c’est également le premier album de Tri Yann que j’ai attendu (ndlr: j’ai découvert le groupe peu de temps après la sortie de Marines), il est donc très important pour moi.

    A la rentrée de septembre 2006, nous commençons a être informés par le site officiel de la préparation de l’album. Dès lors, je guette fiévreusement chaque nouvelle info sur l’évolution du projet et l’enregistrement, me délectant à chaque nouvelle « exclu » qui nous parvient. D’abord annoncée pour le premier trimestre 2007, la sortie est reportée à la mi-mai, puis finalement au 15 octobre 2007. Lors d’un concert à Pont-l’Abbé, en juillet 2007, nous avons l’immense privilège d’en entendre deux titres en avant-première. Abysses accoste dans les bacs en deux versions: une version standard, et une édition limitée en livre-disque, tirée à 13 000 exemplaires. Le visuel de l’album, très coloré, a été dessiné par Tangui Jossic, et nous donne un bon aperçu de ce qui nous attend: Neptune dominant l’ensemble, sirènes, poissons et êtres de l’eau étranges, une voiture qui plonge dans l’océan (bizarre…). Trois ou quatre jours après la sortie, à la faveur d’un après-midi de cours un peu moins chargé, je me précipite à la Fnac, où j’acquiers enfin (bien entendu en édition limitée) l’album tant désiré. Sur le chemin du retour du lycée, avec mon papa, nous l’écoutons dans l’autoradio. Et là…

    A la première écoute de l’album Abysses, j’ai éprouvé quelque chose de très très fort, jamais ressenti auparavant pour un autre CD de Tri Yann, et indescriptible à chaud, tellement ça a été fort et profond… Après coup, j’ai trouvé les mots…

    Le fait s’impose d’évidence, et ce dès la première écoute: avec Abysses, les Tri Yann opèrent un retour en fanfare, et ont refusé toute limite à leur créativité! Ce qui fait de cet album un véritable concentré de bonheur, lumineux, coloré et bourré d’innovations, où les arrangements frisent le plus souvent la perfection. Les textes, tout aussi exigeants, chaque mot étant pesé, choisi pour être le plus percutant possible. Les mélodies font elles aussi immanquablement mouche: parfois graves et recueillies jusqu’au sanglot, majestueuses, souvent entraînantes en diable, elles incitent l’auditeur à la sensibilité et à la réflexion autant qu’à la bonne humeur. Du bel ouvrage! Les bruitages d’évocation sous-marine, qui servent de fil rouge, et de transition entre chaque titre, achèvent de nous mettre dans le bain!

    Quelques invités de choix complètent la pochette surprise: le quatuor à cordes Troellen, fidèle au poste; les sonneurs Anthony Masselin (Soldat Louis) et Christophe Morvan (Sonerien Du), ainsi que la section de cuivres MBS (Maïkeul Brass Section) sur le quatorzième et dernier titre L’eden des mers.

    Dès le premier titre, on sent que le pari du groupe est gagné. Car Gloire à toi Neptune!, ode triomphale au Dieu des océans qui inaugure le disque pour en « apaiser le courroux », est un amalgame des plus réussis entre sons traditionnels et nouveaux, où se côtoient, outre les whistles, le mandoloncelle et le violon virevoltant, pour soutenir les voix puissantes des Trois Jean, solides synthés, guitares électriques, et même quelques boucles électro! Tout un programme!

    L’alliage entre esprit traditionnel et orientations résolument modernes se remarquera sur tout l’album, donnant lieu à des ambiances bien différentes les unes des autres. Ce dernier aspect, bien que moins marqué que sur le successeur Rummadoù, n’en est pas négligeable pour autant. Contes, légendes ou histoires vraies se succèderont sur cette trame.

    Ainsi, le second titre, La solette et le limandin, qui s’enchaîne efficacement avec le Bransle des muresnes, sonne délicieusement médiéval et rappellera, pour les connaisseurs, l’album Portraits. Il relate la tragique histoire d’amour entre un limandin et une pauvre petite solette mariée de force au roi des murènes. La courte partie chantée en latin de son entêtant titre-binôme (Bransle des muresnes) s’inscrit dans cette visée médiévale.  Le tout est conjugué avec l’habituelle fantaisie soigneusement mesurée (voire fantasy…) que le groupe affectionne, avec un zeste de magie (« Lors changeant en un sortilège/ En sable roy, marâtre et chimères… »).

    On retrouve également cette réjouissante fantaisie dans les principaux chants à danser de l’album. D’une part, Dessous la ville de Nantes. Ou comment, dessous la ville de Nantes, sous la fontaine de la Place Royale, selon les dires de Jean-Louis en concert :) , se trouve un océan bleu (de curaçao, toujours selon Jean-Louis :) ) et caché, renfermant mille merveilles, des palais et des reines. D’autre part, l’en-dro Dans la lune au fond de l’eau, qui donne une furieuse bougeotte et faisait danser les foules en concert, est un chant de marins gigogne parfois étrange, souvent loufoque.

    L’autre titre à classer dans les chants de marin, même si d’un autre registre, c’est J’ai croisé les Néréides! Cette sublime ballade aux airs d’Irlande, notamment grâce au violon et au low whistle, est interprétée, fait très rare, par Jean au lead vocal. Tel l’aède Orphée avec son Eurydice (d’ailleurs citée entre autres dans la chanson), il rend hommage aux cinquante nymphes marines formant le cortège de Poséidon: Thétis, Surimiide (cette dernière ayant inspiré à Jean-Louis pour introduire ce titre un conte désormais culte et un beau délire sur le surimi :) ), Amphitrite, Néoméris, Crénéis, Eunice, Dynamène, Clymène,… etc. J’ai croisé les Néréides a été, avec Dessous la ville de Nantes, l’un des deux titres joués en avant-première en concert pendant l’été 2007, avant la sortie de l’album. En l’entendant pour la toute première fois, à Pont-l’Abbé, j’ai été envoûtée comme jamais!!! Ce n’est pas seulement moi, mais tout le public qui s’est unanimement épris des Néréides!

    Quand on parle de charme… Le morceau Petite sirène est lui aussi sur le ton de la ballade, mais beaucoup plus léger. Il prend complètement à contre-pied la légende de la sirène, dénigrée depuis l’Antiquité, racontant façon lamentation les déboires tragicomiques d’une malheureuse petite sirène qui souffre de sa condition mi-poisson mi humaine. Elle se « caille par en haut » au fond de l’océan, aimerait avoir du shampooing pour ses cheveux, un petit maillot pour se couvrir (question de pudeur), rêve de goûter à la nourriture humaine, ou encore fantasme sur Johnny Depp et Leonardo DiCaprio. Cette surprenante complainte, dont les paroles sont un peu coquines et crues, est chantée par Jean-Paul sur une superbe mélodie qui s’ouvre sur des ambiances orientales et se poursuit avec le quatuor à cordes. Un titre délectable par bien des côtés!

    Le troisième thème « sirénien » d’Abysses réside dans l’une des pièces maîtresses de l’album, à savoir Loc’hentez Ker Is. Il serait plus avisé de parler de pièce plutôt que de titre en raison de sa longueur (presque 7 minutes). Les Tri Yann y évoquent en breton sur de très beaux arrangements l’incontournable légende de la ville d’Ys: Dahut, la fille débauchée du roi Gradlon de Cornouaille, fut envoûtée par le Diable incarné en humain, vola à son père les clés de la digue et provoqua la submersion de la cité, avant de sombrer dans l’océan, où elle devint une marie-morgane… Interprétée à trois voix, la chanson elle-même est un passionnant récit entrecoupé de dialogues. Jean-Paul y tient le rôle du récitant, Jean-Louis ceux de Gradlon et de « l’étranger », et Freddy celui du moine saint Gwénolé.

    Comme nous l’avons vu, les douces ballades se comptent en nombre dans Abysses, mais les titres à l’énergie communicative ne sont eux non plus pas en reste! A l’instar de Gavotten ar seizh, enchaîné avec Sonenn ar mor don qui le précède (un titre un peu zarbe et glauque, qui fait « cantique » et qui est celui que j’aime le moins dans l’album). Cette « gavotte des sept » reprend en breton le thème celtique par excellence des métamorphoses. La jeune fille dont il est question dans Sonenn ar mor don a recours à une succession de métamorphoses pour échapper à son fiancé imposé, qui la poursuit et se métamorphose en riposte. La mélodie, absolument trépidante, transpose à merveille l’idée de course poursuite! De plus, les Trois Jean ont mis en place pour l’interprétation de ce titre en scène un « numéro » désormais culte en concert: les tambours de Plougastell-Daoulas (mieux que les Tambours du Bronx ou que les Tambours du Zimbabwe! :) ) !

    Et ensuite… Alors là, il va falloir que je me modère, car je pourrais parler sur des pages et des pages du titre suivant: Lancastria… Cette gwerz au-delà du sublime, au-delà de toute comparaison, presque au-delà des mots, est LE titre phare, car elle est la quintessence de toutes les qualités que j’ai pu répertorier plus avant sur Abysses. Elle rapporte le drame affreux du Lancastria, paquebot écossais bombardé le 17 juin 1940 par les stukas allemands dans le port de Saint-Nazaire. Il y avait à son bord des milliers de réfugiés belges et polonais, ainsi que des soldats anglais. Le Lancastria a coulé en vingt minutes, jetant à la mer ses passagers dans le mazout en flammes. Le nombre des noyés, brûlés ou disparus est énorme: on l’estime entre 8000 et 9000… Le naufrage du Titanic, très connu et dont on parle beaucoup en ce moment car c’est le centenaire, avait fait beaucoup moins de morts… Pourtant, la tragédie du Lancastria est totalement méconnue car, à l’époque, elle fut passée sous silence en Angleterre sur ordre de Churchill, pour, soi-disant, « soutenir le moral des troupes »… Aujourd’hui, il ne reste du Lancastria qu’un petit film documentaire de France 3 Ouest, un site Internet, une commémoration chaque 17 juin à Saint-Nazaire, et la chanson de Tri Yann… Les Tri Yann prennent ce drame à bras-le-corps: dans cette merveilleuse composition, chaque arrangement, chaque note est polie avec la pureté d’un joyau, chaque mot est pesé pour toucher l’auditeur en plein coeur. Un violon déchirant, un uileann pipe poignant, des bruits très réalistes de bombardement au synthé et le superbe travail des voix nous happent et nous font vivre, corps et âme, le drame et la détresse des passagers… C’est bel et bien un morceau – pour me paraphraser moi-même – « grave et recueilli jusqu’au sanglot ». Dans mon cas, c’est au sens propre du terme! A chaque fois que je l’ai entendu en concert, j’ai fondu en larmes. Et c’est la toute première chanson qui m’ait fait pleurer en concert, alors c’est dire… Ne ratez pas, dans le dernier couplet, la bouleversante allégorie de l’Europe, qu’il serait bon de méditer en ces temps de crise… Lancastria est pour moi, de très loin, le plus beau titre composé par Tri Yann en 40 ans de carrière!!! :) Il est mon préféré d’Abysses avec J’ai croisé les Néréides (et d’ailleurs, mon coeur balance entre les deux, je n’ai jamais réussi à trancher!).

    Après cette page d’Histoire douloureuse et cet appel au souvenir éprouvant pour le moral de l’auditeur, nous replongeons dans des méandres un peu plus joyeux. Tir fo tonn, dont le titre se réfère au « Tîrfo-thuinn », le refuge de Viviane et de Merlin dans la légende arthurienne, est un instrumental pêchu à la manière des reels écossais. Enfin, c’est une petite parenthèse nostalgie qui clôt l’album. D’abord, avec Le sous-marin, une charmante ballade douce-amère chantée par Jean-Louis, qui relate l’un de ses souvenirs d’enfance… Son grand-père, armateur de péniches, avait une Peugeot 203 commerciale, à l’arrière de laquelle ses mariniers avaient bricolé six hublots, trois de chaque côté. Pour Jean-Louis, sa soeur et son cousin, c’était le bonheur car, à chaque fois qu’ils montaient dans cette voiture, ils « plongeaient dans le sous-marin, vingt mille lieues sous la cressonnière »… Cette ballade touchante, hymne aux souvenirs d’enfance qui sont souvent les plus beaux, peut parler à chacun d’entre nous. Le dernier couplet n’est pas dénué de nostalgie, et d’un certain mystère: « A-t-il rejoint la mer immense/ Ou rouillé au fond du jardin/ Le sous-marin de mon enfance?/ C’est son secret et c’est le mien… »

    Le titre final L’eden des mers est dédié à Patrick Pellen, un ami décédé des Tri Yann. Ils y revisitent le thème d’Avalon, le paradis des Celtes, la terre de l’éternelle jeunesse, le Tir Na Nog… Ce morceau constitue pour Abysses une conclusion flamboyante, où les côtés triomphants que l’on devinait tout au long de l’album trouvent leur aboutissement. Ce ne sont certes pas les cuivres et les sonneurs (qui sont à l’origine de ce côté « triomphant » du titre) qui nous feront dire le contraire!

    Mais avec L’eden des mers, ce n’est pas tout à fait fini. Une piste cachée, constituée de bruitages marins et de réminiscences sonores des titres précédents, nous permet d’émerger tranquillement, palier par palier…

    Vous comprendrez, j’espère, après cette très longue et enthousiaste chronique, combien l’album Abysses est cher à mon coeur! Pour moi, il représente les Tri Yann au sommet de leur art. Le plus ancien groupe de France démontre ici, de façon parfaite, à quel point sa créativité est inépuisable, et ses engagements constants. Ils nous font passer du rire aux larmes et à l’entrain avec une maestria tout à fait unique. Avec cet extraordinaire opus, les Tri Yann conservent haut la main leur rang de plus grand groupe breton! Abysses est, de toute leur discographie, mon album préféré, et l’un des tout meilleurs qu’ils aient jamais réalisé.

    A posséder absolument, pour les fans de longue date comme pour les novices!!! :)

   

    Puisque c’est un album qui le vaut bien, et comme j’ai envie de me faire plaisir et de VOUS faire plaisir, je vous mets beaucoup de titres en écoute! :)

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     Gloire à toi Neptune!

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     La solette et le limandin

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     Dessous la ville de Nantes

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     Dans la lune au fond de l’eau

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     Petite sirène

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     J’ai croisé les Néréides

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     Gavotten ar Seizh

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     Lancastria. Sortez les mouchoirs…

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     Le sous-marin



Tri Yann: Marines (2003)

Tri Yann: Marines (2003) dans Artistes marinescouv

Track-list:

1. Whisky Whisky

2. Sein 1940

3. Lest du diable

4. Divent an dour

5. L’épopée de monsieur Cassard

6. Nantillaise

7. Le naufrage du chaland de Jim Boyd

8. Marie-Jeanne-Gabrielle

9. La campagne du Belem de 1902

10. Belle Virginie

11. Le navire étonnant

12. La complainte de Louis-Marie Jossic

13. La mer est sans fin (en duo avec Anggun)*

 

    Une pochette cartonnée agrémentée d’une photo de la Grande Bleue… en noir et blanc. Un packaging sobre. Un livret joint qui ressemble à un carnet de bord de navire, patiné par le temps, raturé par endroits… C’est ainsi que se présente, deux ans et demi après Le Pélégrin, Marines, le nouvel album des Tri Yann sorti dans les bacs le 22 septembre 2003. Sur le plan du design graphique, quel contraste avec la pochette bariolée du Pélégrin! Le groupe broierait-il du noir? Non non non, rassurez-vous! Au travers de cette « odyssée musicale », les ambassadeurs du folk-rock celtique ont simplement choisi d’aborder le thème de la mer, avec ses beaux côtés comme ses côtés les plus sombres. Car si, pour certains, la mer est source de bienfaits et donne tout, pour d’autres la mer se montre cruelle et a tout repris… Cette ambivalence sera traitée dans l’album Marines, permettant de mélanger les genres: chansons à boire, chants de marins bien entendu, titres engagés, ballades poignantes ou rock délirant… D’emblée, les Tri Yann avaient annoncé que Marines serait le premier volet d’un diptyque consacré à la mer, et comporterait davantage de morceaux traditionnels. Le second opus aborderait tout ce qui se passe sous la mer (Abysses, sorti en octobre 2007), et contiendrait plus de compositions. Soit. C’est une démarche cohérente: ce qui se passe en surface et sur la mer est connu, il y a donc une importante matière à exploiter et à revisiter. En revanche le fond des océans est très méconnu: ce sera donc l’occasion pour le groupe de laisser parler sa créativité, son imagination, et aussi son amour des légendes…

    Avec Marines, l’auditeur voyagera donc sur un peu toutes les mers et océans du globe, de l’Atlantique aux Antilles, d’îles en hommages, à des figures de proue comme à des héros discrets: hommage aux hommes de mer (résistants, mousses ou corsaires), aux navires célèbres, mais aussi aux femmes de la mer… La pochette du disque contient d’ailleurs un petit paragraphe biographique sur Anita Conti (1899 – 1997), première femme océanographe française, à qui l’on doit la photo de couverture…

    Après cette présentation globale du nouveau concept, venons-en au contenu et aux intervenants. La devise de rigueur quant au line-up de l’album serait « On ne change pas une équipe qui gagne« . En effet, le groupe n’a pas changé depuis l’excellent Pélégrin, où les influences et les univers particuliers de chacun des musiciens étaient nettement perceptibles, entraînant un disque d’une grande richesse de sonorités. Les huit matelots à la barre sont toujours les « pères fondateurs » Jean-Louis, Jean et Jean-Paul, Gégé, Jean-Luc, Konan, Freddy et Christophe. Ils sont suppléés par quelques invités: la fanfare Digue Bazar Cie, la violoncelliste Maud Caron (du quatuor Arz Nevez), Steven Goron (fils de Gégé) aux percussions, et Gurvan et Gwenahël Mevel (frères de Konan) aux caisses claires et bombardes. Leurs homologues Gilles Servat, Patrick Ewen et Patrick Denain ont apporté, quant à eux, leur contribution pour l’écriture ou la composition de certains morceaux. C’est donc entourés de la famille et des amis que les Tri Yann ont choisi de réaliser cette ode à la mer, symbole fort de leur Bretagne natale, avec simplicité et sobriété.

    Sobriété… Dans un seul sens du terme! Car, dans cette épopée Marines, nous embarquons joyeusement sur Whisky Whisky, chanson de taverne composée par le groupe en hommage à l’indémodable boisson, et renforcée par la fanfare Digue Bazar, qui raconte sur un ton tragi-comique les boires et déboires d’un pauvre matelot. L’eau ça rouille! Le refrain clame donc: « Whisky Whisky et puis tout va bien/ C’est le meilleur des remèdes, pas besoin de médecin/ Whisky Whisky jusqu’au petit matin/ On repart la tête lourde et la bourse en chagrin! » Ca donne le ton, vous ne trouvez pas? Une bonne moitié des morceaux sera toute aussi pêchue, mais étalée sur l’ensemble de l’album. Jean-Louis et Jean-Paul s’étant partagé le gâteau équitablement (Jean ne fait pas de lead vocaux dans Marines, ndlr), le disque est tout à fait équilibré, grâce à une alternance intelligente de titres énergiques et de ballades.

    Suite à ce départ en fanfare (au propre comme au figuré!), nous avons rendez-vous avec l’Histoire. Plus précisément, avec un pan méconnu de l’Histoire. Le second titre, la ravissante et puissante ballade Sein 1940, raconte comment, suite à l’appel de Londres le 18 juin 1940, tous les hommes valides de la petite île finistérienne s’embarquèrent sur leurs bateaux et rejoignirent De Gaulle en Angleterre pour entrer dans la résistance. On dit que, en passant en revue les premiers groupes de volontaires, le général, demandant aux hommes d’où ils venaient et s’entendant répondre très souvent « … de l’île de Sein! », se serait écrié: « Sein est-il donc le quart de la France?« . Ce morceau fort aux refrains percutants (ex « C’est offense, grands de France/ Que de condamner leur langue au bûcher/ C’est violence, grands de France/ Que de condamner leur langue au bûcher… ») honore non seulement la bravoure des hommes de Sein, mais également les femmes! Une légende prétend que, voulant rejoindre leurs hommes en Angleterre, les Sénanes, arrachant leur île aux fonds marins, la menèrent à la rame jusque là-bas. Lors des concerts de la tournée de Marines, Jean-Louis nous contait cette étrange et délirante histoire. Cette partie de la légende sur les femmes se rapporte au mythe des Gallisenae, qui sont, dans la mythologie celtique, des druidesses mythiques de Sein. Leur île serait interdite aux hommes, mais elles se rendraient sur le continent pour rencontrer leurs époux…

    Comme nous venons de le voir grâce à Sein 1940, les femmes aussi ont leur place dans le référentiel marin, même si ladite place est souvent contestée, peu reconnue et connotée négativement… Lest du diable, écrite par le groupe sur l’air d’une chanson de cabestan américaine (cf pour ceux qui connaîtraient Sur la route de San Francisco, c’est le même air…), illustre parfaitement le machisme du monde maritime. En effet, Lest du diable était le charmant surnom que l’on donnait aux très rares femmes accueillies à bord des bateaux. Le plus souvent, la seule présence féminine tolérée était celle d’une chatte, pour chasser les souris…! Nous suivons les galères et les misères d’une femme à bord du Cythère. Ce titre est ponctué d’un refrain très accrocheur, « De Nantes au Rio », très facile à retenir et à reproduire pour le public des concerts… Pendant les premiers mois de la tournée, Lest du diable était jouée en concert. A mon premier concert, en avril 2004, elle a été jouée. Par la suite, le groupe l’a retirée de la set list. Mais bon Dieu, ce que ça déchirait!

    A rajouter à la catégorie des « chants de femmes », la merveilleuse ballade Marie-Jeanne-Gabrielle, empruntée au chanteur d’origines sénanes Louis Capart! Marie-Jeanne-Gabrielle est vraiment LE bijou de Marines. Instrumentation sublime aux accents lyriques, texte poignant, arrangements et choeurs d’une pureté inouïe… Non contents de nous offrir une magnifique reprise de cette chanson connue un peu partout dans le monde (du Finistère à Sydney, de Seattle à Saint-Pétersbourg…), les Tri Yann nous gratifient d’un superbe exercice polyphonique sur les refrains, sans doute l’un des meilleurs qu’ils aient jamais réalisés! Quand ils l’interprètent en concert (c’est-à-dire quasiment à chaque fois!), ce sont quelques minutes d’émotion intense garanties! Bref… Vous aurez compris avec ce paragraphe dithyrambique qu’ils ont fait avec Marie-Jeanne-Gabrielle de la belle ouvrage.

    Pour clore sur le chapitre des femmes de la mer: Lest du diable, précédemment évoquée, parle de la condition de la femme sur les bateaux, mais ouvre également la voie aux chants de marins pure forme, dont nous avons, dans Marines, plusieurs excellents exemples. A l’instar de l’avant-dernier titre, Le navire étonnant. Il s’agit d’une chanson de travail évolutive, traitant d’un bateau prodigieux. La mélodie, détonnante, et on ne peut plus entraînante, ne vous laissera certainement pas indifférents, de même que le refrain Pique la baleine pique baleinier/ Pique la baleine et hisse les volants!. Ce titre, l’un des meilleurs du disque et qui est mon préféré, ouvrait les concerts de la tournée de Marines. Moi qui ai assisté à quatre concerts de cette tournée, je vous garantis que cette entrée en matière était absolument tonitruante, et mettait immanquablement le feu au public! De même, L’épopée de monsieur Cassard, composition originale de Tri Yann sur l’air d’une chanson à hisser, est un chant de marins des plus efficaces. Cette très chouette chanson, boucanière à souhait et dont la mélodie évoque irrésistiblement les Antilles, relate les heures de gloire du corsaire nantais Jacques Cassard, contemporain de Duguay-Trouin et de Surcouf, qui fut l’un des plus redoutables hommes de mer que la France ait compté sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV. Mais, souffrant d’un très grand manque de reconnaissance, Cassard n’aura de cesse de demander justice au roi et à ses ministres. Un jour, excédé par le mépris du cardinal de Fleury, premier ministre de Louis XV, il l’agressera, dit-on, verbalement et physiquement. Déclaré fou, Cassard sera interné au Fort de Ham et y mourra oublié de tous. Toutefois, ce sont les épisodes glorieux de sa carrière de corsaire, et pas sa fin misérable, que les Tri Yann nous racontent. Cette chanson n’a jamais été jouée en concert, mais je pense qu’elle aurait pu l’être sans problème, de par son énergie. De plus, on ne peut pas résister au plaisir enfantin de reprendre en choeur les termes inhérents au monde corsaire qui abondent dans ce titre (comme, par exemple « A l’abordage au sabre et à l’épée »). Piraaaates! Dans la continuité de Cassard, le très court instrumental Nantillaise, aux sonorités créolo-bretonnes, ne présente pas grand intérêt, si ce n’est opérer une transition entre les deux « parties » de l’album, par son rôle de scansion.

    S’il y a un traditionnel pur et dur, bien qu’il soit dans un autre registre, celui de la gwerz, c’est bien Divent an dour! Divent an dour est la version triyannesque d’un véritable tube celtique, The Water is wide (La mer est immense, en français), chanson d’origines incertaines (écossaises? anglaises? élisabéthaines?). Le thème The Water is wide a été repris par de multiples musiciens et chanteurs, aussi divers que Joan Baez, Bob Dylan, Graeme Allwright, Brenda Wooton, ou encore Renaud (avec La ballade nord-irlandaise). Etonnamment, il n’en existait aucune version bretonne, ce qui était dommage pour un tube celtique. Avec Divent an dour, dont Gilles Servat a écrit les paroles en breton, l’injustice est réparée. Cette ballade romantique et mélancolique est renversante en concert et donne lieu à de grandes envolées « bagadisantes ». Pour une deuxième version de Marines, les Tri Yann en ont enregistré l’adaptation en français, intitulée La mer est sans fin, en duo avec la star indonésienne Anggun.

    En parlant de « tube »… Le titre de l’album qui a, sans contestation aucune, le meilleur potentiel tubesque, est La campagne du Belem de 1902! Les Tri Yann se lâchent, dans un rock délirant absolument fantastique, où la stridence de la cornemuse et de la bombarde se disputent avec riffs de guitare ébourriffants, programmations et boucles électro! Tout simplement énorme! Cette chanson a été jouée en tournée de 2003 à 2007. Sur scène, c’était une véritable tuerie!!! Un titre dingue, dingue, dingue, racontant à un rythme galopant l’histoire du célèbre Belem, le trois-mâts barque nantais qui, en 1902, échappa miraculeusement à l’éruption du volcan Montagne-Pelée à Saint-Pierre en Martinique. Une grande partie de l’île fut dévastée, mais le Belem évita la tragédie.

    Tragédie… Car la mer a, comme nous l’avons dit plus haut, bien des côtés sombres. Deux des titres de Marines retranscrivent de véritables tragédies. D’une part, Le naufrage du chaland de Jim Boyd, apprise aux Tri Yann par l’un de leurs amis. Jean-Paul et Jean-Louis chantent en duo cette complainte québécoise dans laquelle le drame est rapporté scrupuleusement, avec une précision presque journalistique. D’autre part, Belle Virginie, gwerz traditionnelle bien connue. Un pauvre marin, pourtant prévenu par un présage de sa belle Virginie, fait naufrage… La mélodie est poignante et les paroles, déchirantes. Elles convoquent parfois une imagerie assez violente, qui démontre bien à quel point la mer peut être cruelle: « Dans mon coeur, la mer abonde/ Et les requins boivent mon sang… » .

    Et enfin, la charge incombe à La complainte de Louis-Marie Jossic de clore cet album très réussi. Cette nouvelle gwerz a été composée par Tri Yann (et reprise tout récemment, d’ailleurs assez mal, par Les Marins d’Iroise). Et c’est un titre bien particulier… En effet, Louis-Marie Jossic était l’arrière-grand-père de Jean-Louis, leader charismatique du groupe… Cette dimension « vécu familial » ajoute au poignant. La chanson raconte comment l’aïeul de Jean-Louis fut embarqué comme mousse à bord de La Bretagne à Brest, un vrai « bagne flottant » et y restera plusieurs années, vivant dans des conditions très difficiles, avant de revenir à la vie civile comme tailleur de pierre… Le titre, solennel, comporte des sonorités un peu mystiques qui rappellent De nivôse en frimaire (cf Le Pélégrin). Et les refrains, hééé ooooh, hééé hééé ooooh, hééé ooooh, sont un véritable enchantement. Ca l’était surtout en concert, lorsque Jean-Louis et Jean-Paul nous les faisaient longuement reprendre, avec application, divisant le public en deux bordées, bâbord et tribord… C’est sur ce doux refrain que se clôture l’odyssée musicale de Marines.

    La pensée qui me vient d’emblée après ce fabuleux voyage est celle-ci: avec Marines, les Tri Yann apportent une nouvelle fois la preuve qu’ils ont tous les talents! Grâce à leur art consommé de l’écriture et des arrangements, ils créent magnifiquement des airs inédits qui sont de véritables « airs marins pur cru » et qui méritent de figurer au très riche patrimoine des chants de mer, ceci au-même titre que les « classiques ». Traditionnels que les huit bardes s’approprient d’ailleurs avec une grande aisance, poussant le plus loin possible leur travail d’arrangeurs, au point d’en faire des airs totalement nouveaux! Richesse des vocaux et des instruments, sophistication mélodique qui a l’atout de toujours rester accessible… Marines est décidément une acquisition de choix dans la riche discographie de Tri Yann, et figure parmi leurs meilleurs albums.

    D’aucuns pourraient dire que cet album sonne très traditionnel, qu’il y a peut-être moins d’audace… Si tel était le cas, je répondrais: « Et alors? » Ca ne l’empêche pas d’être excellent. Cette galette un peu plus traditionnelle, entre deux albums de compositions (Le Pélégrin et Abysses), permet au groupe de démontrer – si besoin en était encore - sa créativité à toute épreuve et son constant travail de recherche et d’actualisation, au service d’un patrimoine et d’une thématique musicale à portée universelle et intemporelle, ce qui amène par extension à un renouvellement. Marines a très longtemps été mon album de Tri Yann préféré, jusqu’à ce que son petit frère Abysses, sorti en 2007, vienne le supplanter, sans pour autant l’éclipser dans mon coeur.

    J’ai envie de terminer cette longue chronique totalement subjective par un petit conseil d’écoute, très joliment formulé, de l’écrivain Yann Queffélec sur Marines: « Il faut écouter Marines dans le noir, aux heures indues de la nuit, en regardant les étoiles. Vous entendrez des messages profanes, féériques, de bonnes nouvelles venues du bout du monde, mais d’où? Elles donnent confiance dans l’au-delà comme dans l’être humain. C’est lui qui sauve le monde. »

    Un indispensable, à posséder pour tout fan du groupe qui se respecte. Voyageurs du dedans ou du dehors, je vous souhaite une bonne écoute au fil de l’eau!

 

    Extraits:

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     Whisky Whisky, titre qui dépasse allègrement en énergie le 0,5 gramme légal!

 

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    Divent an dour

       

      http://www.dailymotion.com/video/x2qrf3

     Marie-Jeanne-Gabrielle

 

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     La campagne du Belem de 1902 jouée en concert à Guingamp en 2005.

 

      http://www.dailymotion.com/video/x52c32

     Avec le Goéland baroque (Jean-Louis) et ses acolytes, les spectateurs du Stade de France embarquent sur Le navire étonnant!

 

      http://www.dailymotion.com/video/x52hg7

     La complainte de Louis-Marie Jossic au Stade de France. A noter: Jean-Louis et Jean-Paul ont réussi l’exploit de faire chanter le public du grand Stade en deux bordées!

 

    * A propos de La mer est sans fin en duo avec Anggun: le titre ne figure pas sur la première version commercialisée de Marines. Une fois que le premier tirage a été épuisé, la maison de disques a mis en vente un nouveau tirage, avec le duo en titre bonus. Ma chronique a été faite à partir de la version sans La mer est sans fin, car je possède un exemplaire du premier tirage. Mais je connais quand même la chanson.



Tri Yann: Dix ans dix filles (1973)

Tri Yann: Dix ans dix filles (1973) dans Bretagne s338593                    Track-list:

1. Les filles de Redon

2. Hirvoudou

3. Liberty

4. L’âge de nos vingt ans

5. Marv Pontkallek

6. Rond de Saint-Vincent Revival

7. Heidless Cross

8. Jig

9. The rising o’the Moon

10. Chansonnette pour palper des droits d’auteur

11. War bont an Naoned

12. L’abandon… la saison…

  Disque sympa, dans la lignée du premier.

  Leur carrière musicale démarrant très fort et très vite, les Tri Yann an Naoned passent professionnels dès le 1er janvier 1973 et raccourcissent leur nom en Tri Yann. Leur premier disque éponyme, paru chez Kelenn en juin 1972, a connu un succès fulgurant, accompagné d’événements s’apparentant à un conte de fées (la première partie de Juliette Gréco à l’Olympia, notamment…). Pressés par la maison de disques – avide… -, qui veut (je cite les propos du groupe) « battre le fer pendant qu’il est chaud », car c’est le début de la mode bretonne, les Trois Jean et Bernard enregistrent leur second album. Dix ans dix filles, qui sort au printemps 1973, confirme l’engouement du public, mais déçoit ses auteurs. Sans doute au niveau de son contenu… Il est vrai que Dix ans dix filles est fréquemment vu comme un album frère d’An Naoned, mais pas jumeau: petit frère… En effet, son handicap est d’être l’album « des rejets du premier disque ». Les chansons qui n’avaient pas été retenues pour An Naoned se sont retrouvées sur Dix ans dix filles… Cette particularité est un boulet, car en général elle dessert le disque, pouvant induire des idées fausses quant à sa qualité. Les Tri Yann eux-mêmes étaient mécontents de ce disque…

  Lorsque j’ai entendu pour la première fois Dix ans dix filles en intégralité, j’étais avertie de son « handicap », mais je ne suis partie d’aucune idée préconçue pour l’évaluer. Mon avis après écoute, ça a été que le groupe lui-même ainsi que certains critiques musicaux ont été un brin trop sévères à l’égard de ce deuxième album! Saperliflûte, oublions un instant notre tendance naturelle à la comparaison et écoutons attentivement. Certes, il n’est pas aussi brillant et surprenant que l’était An Naoned, mais il a ses qualités propres, et tire fort convenablement son épingle du jeu!

  Dix ans dix filles reste ancré, comme son prédécesseur, dans l’ambiance festive, et est ponctué lui aussi ça et là de jolies ballades. D’une certaine façon, l’album nous introduit encore plus directement dans l’ambiance fest-noz, avec le premier titre Les filles de Redon. Tout comme Les Filles des Forges, qu’il rappelle évidemment, c’est un air de pilé-menu. Au début du morceau, une piste parlée se superpose à la phrase chantée: alors que Jean-Paul Corbineau chante, Jean-Louis Jossic lance l’appel à la danse (comme cela se fait dans tout fest-noz) et répartit les danseurs pour le pilé-menu, tandis que Jean Chocun demande « Ben comment ça s’danse? ». Et le titre, sautillant, ira crescendo jusqu’à la fin. Même s’il n’est pas aussi emballant que Les Filles des Forges, son « pendant » d’An Naoned, ces Filles de Redon font mouche… Et maintenant que je l’ai entendu en live, en guise de cerise sur le gâteau à la fin du concert de Redon le 4 juillet dernier (c’était de circonstance!), il est clair que je n’écouterai plus jamais ce morceau de la même manière!

  Cette entrée en matière assez alléchante est suivie d’une série de traditionnels irlandais, écossais et bretons. Hirvoudou, ballade en breton dévolue au sieur Jean-Paul, est tout à fait agréable (même si j’ai eu, au début, un peu de mal à y accrocher).

  L’un des titres de Dix ans dix filles que je préfère est L’âge de nos vingt ans. Jean-Paul est suppléé, pour les refrains de ce joli titre, d’une chorale enfantine. Beaucoup ont jugé cet ornement très kitsch. Certes, aujourd’hui, s’entourer d’une chorale enfantine pourrait faire un peu daté, mais en l’occurrence, cela confère un charme fou à ce titre de 1973.

  Tout comme An Naoned, Dix ans dix filles comporte de plaisants morceaux calmes et recueillis. A l’instar de Marv Pontkallek, autre « classique » de la tradition bretonne issu du Barzaz Breizh, se référant au marquisat de Pontcallec (dans le Morbihan), a fortiori à la fameuse conspiration anti-fiscale dite « Conspiration de Pontcallec » au moment de la Régence. Les arpèges délicats et la mélodie cristalline et mélancolique (chantée par Jean-Paul) ne laisseront personne indifférent! C’est l’une des plus jolies réussites du disque. La chanson est précédée d’un magnifique poème irlandais (ndlr: The Fool de Padraic Pearse), récité par Jean-Louis Jossic. Ce texte pourrait trouver une résonnance presque prophétique: « … [...] Je parle à mon peuple et dis: tu seras fou comme je le suis. Tu gaspilleras, n’économiseras pas, tu risqueras tout, de peur de perdre… ce qui est plus que tout… Tu appelleras au miracle, et je répondrai à cet appel, mon peuple! Je répondrai maintenant et désormais, mon peuple que j’ai aimé… Ne répondrons-nous pas ensemble? » Superbe, n’est-ce pas? Texte à méditer… Doublon de Before Ireland can go free/ Yee Jacobites, me direz-vous? Ah oui… La structure est similaire… Mais non! Car le thème n’est pas du tout le même!

  Après ce moment de grâce, on repart sur les chapeaux de roues, avec le trépidant et réjouissant Rond de Saint-Vincent Revival. Comme le titre l’indique, c’est un air à danser, le rond de Saint-Vincent, auquel a été ajoutée une chanson traditionnelle maintes fois reprise en France et au Québec (j’en connais notamment une version intitulée Sur le bout du banc). Pour ceux qui ne comprendraient pas le refrain (ultra-rapide), c’est « Qu’a-t-elle dit ce qu’elle a dit répondit-elle ». Robert Charlebois, Mes Souliers Sont Rouges et Guy Béart entre autres ont repris cette chanson.

  Les deux instrumentaux de l’album, à savoir le très cristallin Heidless Cross et l’efficace Jig, sont également de bons titres, à retenir. Quant à l’avant-dernier titre, War bont an Naoned, c’est mon coup de coeur. Le morceau met très joliment en valeur les voix des Trois Jean. Il commence doucement, lent et mélancolique, et petit à petit, c’est une vraie montée en puissance, ça bouge, au point d’insuffler une ambiance toute autre à la chanson! Plaisant et surprenant.

  Jusque là, les impressions sont positives. Les titres dont on pourrait considérer qu’ils tirent Dix ans dix filles vers le bas sont assez peu nombreux. Tout d’abord, il y a les deux titres en anglais. Liberty, d’une part, titre pas franchement enthousiasmant et un peu trop criard. D’autre part The rising o’the Moon. Je ferai en substance le même reproche que pour Liberty: pas passionnant et un peu trop criard. Toutefois, j’ai eu l’occasion d’entendre The rising o’the Moon plus ou moins en live. Jean aime la chanter aux balances, en guise de balance individuelle. Et ça passe nettement mieux comme ça, en live!

  Anecdotique aussi, la Chansonnette pour palper des droits d’auteur. Curieux titre! Pour la première fois concernant l’écriture d’un morceau, le nom d’un musicien apparaît sur la pochette: c’est Jean-Paul qui l’a composé. D’habitude ce n’est pas le cas, le travail de création étant (pour citer les propos de Jean-Louis dans un documentaire sur le groupe) « totalement collectif », par conséquent aucun nom précis n’apparaît. Peut-être était-ce, comme le titre l’indique, pour toucher des droits d’auteur? Ou peut-être ce morceau a-t-il servi de bouche-trou pour finir le disque? Quoi qu’il en soit, la chanson en elle-même, très courte et un peu coquine, est amusante, mais sans plus.

  Enfin, le titre final L’abandon… la saison… est assez similaire au niveau de sa construction (évolutive) à Au pied d’un rosier (titre final d’An Naoned), mais en moins réussi et moins emballant. Je n’ai jamais vraiment réussi à adhérer à ce morceau.

  Voilà pour l’analyse du contenu. Pour le reste: les arrangements sont sérieux et très acoustiques, comme pour An Naoned. Nous pouvons constater un progrès sur le plan de la répartition des lignes de chants. C’est toujours bien appliqué, et Jean-Louis et Jean-Paul se partagent l’essentiel des titres, mais l’ami Jean vient lui aussi ajouter son grain de sel. Il fait quelques lead vocaux (sur Liberty par exemple). Le lead vocal n’est pas son terrain de prédilection (il est plutôt axé sur les choeurs et la mandoline), mais ça fait toujours très plaisir de l’entendre, dans des chants à trois voix (cf Na I ri o) ou de véritables solos (cf J’ai croisé les Néréides).

  Quant à la pochette du disque… Aaaaah, elle est bien estampillée « seventies » dans son design graphique! Les couleurs pétantes et les motifs ondulés, entourant les visages des quatre musiciens représentés sur la pochette, sont assez kitsch, mais elle a le mérite de taper dans l’oeil, et par conséquent d’attirer l’attention de l’acheteur! Pour ce coup-là, c’est réussi!

  En résumé: Dix ans dix filles est un album tout à fait honorable, qui, malgré quelques titres dispensables, a des qualités certaines, et qui a trop souvent été mal considéré. Il vaut, tout autant que son grand frère ou ses petits frères, la peine qu’on s’y arrête et qu’on l’écoute. Il n’est certes pas aussi brillant et prometteur que l’était An Naoned, mais il est bon tout de même.

  

  Extraits:

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    Liberty

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    Jig

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   Les filles de Redon version karaoké (ce n’est pas Tri Yann qui chante, c’est un utilisateur YouTube lambda…)



Nolwenn Leroy « Bretonne » (2010): étude d’un phénomène…

Nolwenn Leroy   Track-list:

1. Tri martolod (Alan Stivell)

2. La jument de Michao (Tri Yann)

3. Suite sudarmoricaine (Alan Stivell)

4. Greensleeves (traditionnel anglais)

5. Brest (Miossec)

6. Bro Gozh ma Zadoù (l’hymne breton…)

7. Mna Na H Eireann (Sean O’Riada & The Chieftains)

8. Ma Bretagne quand elle pleut (Jean-Michel Caradec)

9. Je ne serai jamais ta Parisienne (inédit)

10. Karantez Vro (Anjela Duval)

11. Le Bagad de Lann-Bihoué (Alain Souchon)

12. Dans les prisons de Nantes (Tri Yann)

13. Rentrer en Bretagne (Alan Stivell)

  Puisque je chronique sur mon blog des disques de musique celtique, il me paraît difficile de passer à côté du « phénomène » de cette année. Autant que ce soit fait le plus vite possible…

  Lorsque la nouvelle est tombée, fin 2010, ça ricanait, beaucoup étaient sceptiques: Nolwenn Leroy, lauréate de la deuxième saison de Star Ac’, va sortir un album de reprises traditionnelles bretonnes! Ce n’est pas une blague! La chanteuse, qui a connu un « petit creux » de carrière l’année précédente, est née à Saint-Renan et a passé son enfance entre Guingamp et Kersaint-Plabennec. Elle veut « rendre hommage à sa Bretagne ». Mouais…

  L’album Bretonne paraît le 6 décembre chez Mercury et se classe dès sa sortie, à la surprise générale, dans les meilleures ventes, atteignant même la première place pendant plusieurs semaines non-consécutives. Autant dire que ça a eu l’effet d’un pavé dans la mare et qu’il a fait saliver, ce nouveau phénomène! A ce jour, Bretonne s’est écoulé à plus de 500 000 exemplaires et a été récompensé par un disque de diamant.

  Moi-même grande fan de musique celtique, et surtout de Tri Yann dont Nolwenn a repris les deux tubes majeurs, j’étais sceptique à l’annonce de ce disque, pour plusieurs raisons… En premier lieu, en voyant la track-list de l’album: Tri martolod, La jument de Michao, Suite sudarmoricaine, Dans les prisons de Nantes, véritables monuments de la chanson bretonnes, mais aussi le Bro gozh ma zadoù, l’hymne breton. Rien que ça! On prend aussi quelques tubes « d’évocation bretonne » étiquetés variété (Brest de Miossec, Ma Bretagne quand elle pleut de Jean-Michel Caradec, ou Le Bagad de Lann-Bihoué d’Alain Souchon), plus deux titres anglais et irlandais (ce sont d’ailleurs les nationalités des quelques musiciens dont Nolwenn s’est entourée pour l’album…). On mélange le tout, et on obtient Bretonne. Ce qui ressort de cette track-list, c’est qu’il n’y a absolument aucune originalité dans le choix des morceaux. Nolwenn ne semble guère s’être foulée. L’effort d’innovation se réduit à un seul titre inédit, écrit par Miossec sur une mélodie de Didier Squiban (Je ne serai jamais ta Parisienne). Autrement dit, ça ne va pas bien loin… Voilà la première raison pour laquelle j’étais dubitative… La seconde raison, c’est que à l’écoute des extraits avant la sortie du disque, je n’avais pas été emballée, tant au niveau des arrangements qui ne paraissaient pas extraordinaires, que de sa prononciation du breton, qui semblait disons… approximative. J’ai entendu de nombreux chanteurs et musiciens bretons qui le chantaient bien mieux! Mais je suis très curieuse de nature et, malgré mes premières impressions mitigées, je n’étais pas contre le fait d’entendre le résultat final en entier. On m’a prêté l’album de Nolwenn. Je ne suis partie d’aucun a priori sur ses antécédents Star Ac’ et variétés pour juger du disque. Et mes « craintes » initiales ont été confirmées. A l’écoute de Bretonne, je n’ai guère été séduite…

  Je crois que le qualificatif qui correspondrait le mieux à l’album (de mon point de vue bien sûr) serait « en dents de scie ». En effet, je trouve qu’on alterne entre des reprises « sympathiques mais sans plus » (Tri martolod, La jument de Michao, Suite sudarmoricaine, Le Bagad de Lann-Bihoué…), des morceaux très ennuyeux (Greensleeves, Karantez Vro, Je ne serai jamais ta Parisienne, Ma Bretagne quand elle pleut) et… deux véritables massacres, n’ayons pas peur des mots, avec le Bro Gozh ma Zadoù et Dans les prisons de Nantes. Moi qui adore ces deux derniers morceaux, qui sont des joyaux de la musique bretonne, respectivement de pureté et d’énergie, j’en suis très affligée… Au final, seules deux reprises sont au-dessus du lot: Mna Na H Eireann, superbe traditionnel irlandais envoûtant composé par les géniaux Chieftains (pour la BO de Barry Lyndon de Stanley Kubrick, ndlr), et Brest de Miossec. A la base, je ne connaissais pas la chanson Brest, et j’ai été très agréablement surprise!

  Malheureusement, il n’y a selon moi que ces deux morceaux pour sauver l’album du naufrage, et éviter de s’endormir en pleine écoute… Et il y a des arguments à charge pour cet « endormissement »… La critique qui revient le plus souvent chez ceux à qui, comme moi, l’album n’a pas plu, c’est la mollesse qui se dégage de la plupart des morceaux. J’ai trouvé beaucoup des titres terriblement fades et manquant de peps. Quelques exemples… Je suis habituée à entendre La jument de Michaud à chaque concert de Tri Yann. A chaque fois, ce sont huit minutes de folie galopante, et c’est l’ambiance assurée! Tandis qu’avec Nolwenn… Quand j’entends sa version, ce n’est pas à une jument que j’ai affaire, mais plutôt à un poulain sous-vitaminé! A vrai dire, on croirait que cette bonne vieille Jument est shootée aux anxiolytiques… Entre La jument de Tri Yann et celle de Nolwenn, il y a un énooooorme fossé! De la même manière, son Tri martolod ne casse pas des briques, tout comme Le Bagad de Lann-Bihoué, qui a déjà été revisité de façon nettement plus pêchue (par Soldat Louis, entre autres). Le fait que les arrangements en général soient à peine retravaillés n’aide pas… Parfois même, cet aspect peut desservir des morceaux qui, réarrangés autrement ou par quelqu’un d’autre, auraient pu être bien meilleurs: Greensleeves (chanson traditionnelle anglaise composée vraisemblablement par le roi Henri VIII au sujet de sa maîtresse Anne Boleyn) ou encore Ma Bretagne quand elle pleut de Caradec. Je trouve que les arrangements de ces deux titres font très poussiéreux… Toutefois, je souligne que, d’après ce que j’ai entendu dans l’émission Chabada spéciale Saint-Patrick en mars avec Tri Yann, Stivell et Nolwenn, Greensleeves passe mieux en live…

  De plus, la prononciation de Nolwenn du breton ne semble pas très bonne. J’ai déjà entendu beaucoup mieux. C’est flagrant sur la Suite sudarmoricaine (j’ai d’ailleurs beaucoup ri en apprenant qu’elle la reprenait, car c’est une chanson très grivoise, que l’on ne s’attendrait pas à entendre dans la bouche d’une jeune femme!), assez désagréable, et surtout sur le Bro gozh ma zadoù! Je ne supporte vraiment pas sa version, elle m’écorche les oreilles (tant au niveau du breton que de la mélodie)! Ce titre est, d’habitude, absolument sublime. Là, c’est… un massacre éhonté… Les prisons de Nantes aussi sont massacrées je trouve cette version-ci de la chanson ridicule!

  L’album comporte également des longueurs: Karantez Vro (de la poétesse bretonne Anjela Duval), Rentrer en Bretagne de Stivell et l’inédit Je ne serai jamais ta Parisienne pèchent par leur longueur. Si ces trois morceaux avaient été un peu plus court, j’aurais peut-être davantage accroché, ils ne m’auraient pas autant ennuyée…

  Pour une grande majorité de l’album, c’est donc terriblement mou du genou, seuls deux morceaux relèvent véritablement le niveau: Brest de Miossec, et Mna Na H Eireann. Brest est une belle chanson nostalgique à souhait, et les paroles me touchent. Miossec est un poète… Et c’est également le côté « chanson douce qui monte en puissance jusqu’à flirter avec le rock » qui m’a séduite. J’ai aussi entendu la version originale de Miossec dans la foulée. Que ce soit lui ou Nolwenn qui chante, ça m’indiffère totalement, en fait. Ce qui compte le plus et ce qui m’interpelle, ce sont les Paroles! Quant à Mna Na H Eireann (Women of Ireland, en anglais), est une magnifique chanson en gaélique, aérienne et envoûtante grâce principalement à la harpe et au low whistle. Sur ce morceau, Nolwenn fait une prestation très cristalline tout à fait convaincante, qui donne un aperçu appréciable de ses capacités vocales. Jolies réussites, donc.

  Quel dommage que l’album entier n’ait pas été du même acabit que Brest et Mna Na H Eireann…! On aurait peut-être obtenu un bel album s’il en avait été ainsi, et si le choix des chansons avait été plus audacieux, et les arrangements, moins timides… Soupirs…

  Vous l’aurez compris en lisant mes impressions, ça fait trop de déceptions cumulées pour être convaincue par ce que j’entends et adhérer à l’album. Ce n’est pas le fait d’avoir fait des reprises bretonnes qui me choque le plus (la tradition appartient à tout le monde, après tout…). Il y a une troisième raison à mon scepticisme: c’est que j’ai un gros doute, un très (très) gros doute (pour ne pas dire énorme…) sur la sincérité de sa démarche… On le sait bien, le précédent album de Nolwenn, Le Cheshire Cat et moi, n’a connu qu’un succès d’estime. Pourquoi, un an après, se rappeler soudainement de ses racines bretonnes? Avec Bretonne, quoi qu’on en dise, il n’y a pas vraiment eu de « prise de risques », car la plupart des chansons du disque sont très populaires, voire mêmes pour certaines passées dans la mémoire collective grâce à leurs interprètes originaux (La jument de Michao ou Tri martolod…). Et Nolwenn n’apporte strictement rien de nouveau à la musique bretonne, car un album de reprises n’est somme toute qu’une compilation… N’était-ce pas une façon d’attirer de nouveau l’attention sur elle, alors que sa carrière était au point mort, une sorte de « coup médiatique et commercial »…???

  Mais bon, bien que je ne sois pas convaincue de sa sincérité, je préfère ne pas trop me lancer dans ce débat, qui est le type même de débat inextricable et très « chaud » (depuis la sortie du disque, ça a lancé un bon nombre de débats assez cinglants)…

  Reste que Bretonne, malgré son peu d’attraits, permettra peut-être à des néophytes de s’intéresser à la musique bretonne et celtique en général…?

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    Les 3 clips tirés de l’album

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   Vidéo officielle de son concert au Festival de Cornouaille à Quimper en juillet dernier…



Tri Yann an Naoned (1972)

Tri Yann an Naoned (1972) dans Bretagne u0731451077128  Track-list:

1. Les filles des Forges (pilé-menu)

2. La Vierge à la fontaine

3. Pastourelle de Saint-Julien Maraîchine

4. Tri martelod

5. Before Ireland can go free/ Yee Jacobites

6. Les filles d’Escoublac

7. Johnny Monfarleau

8. La calibourdaine de Breca

9. Les prisons de Nantes

10. An Alarc’h

11. Le dauphin

12. Au pied d’un rosier (laridé)

  Après la chronique de Rummadoù, le nouvel album du groupe, j’ai décidé de m’attaquer au premier disque éponyme de Tri Yann, paru en 1972. Avertissement au lecteur: je ne me suis pas fixé de chronologie, ni d’ordre pour écrire mes chroniques. Je les rédige en fonction de mes envies.

  Bon, je ne vais pas vous refaire le topo en ce qui concerne les circonstances de la naissance du groupe et tout le toutim. Je l’ai déjà fait dans un article précédent. J’en viens donc directement au sujet: le disque Tri Yann an Naoned.

  Cet album est un incontournable, LE premier d’une riche discographie. En 1972, l’occasion à saisir se présente à Jean, Jean-Paul, Jean-Louis et Bernard: leur homologue breton Gilles Servat leur propose d’enregistrer un 33 tours pour le tout jeune label Kelenn. C’est chose faite en juin. La première galette éponyme est mise en boîte en seulement quelques jours à Guipavas, près de Brest. Très (trop) prudente, la maison de disques tire l’album à seulement 500 exemplaires. Au culot, le groupe en finance 500 autres de sa poche. Bonne pioche! Le stock est écoulé en une seule soirée au cul du camion lors d’un gala à Nantes! Ce succès fulgurant sera une étape décisive dans la carrière des jeunes Tri Yann.

  Après en avoir entendu plus de la moitié grâce à des compilations, j’ai découvert Tri Yann an Naoned dans son intégralité fin 2004. L’ayant découvert après des écoutes intensives d’albums récents (Marines, Le Pélégrin…), j’ai pu évaluer les progrès du groupe en trois décennies. Il faut savoir que Tri Yann an Naoned a été réalisé avec peu de moyens, le groupe étant encore amateur à l’époque…

  Eh bien, ce qui m’est venu à l’esprit après une première écoute, c’est que les Tri Yann n’ont pas à rougir de leur premier « bébé ». Pour leurs premiers pas dans l’univers du disque, le résultat est à la hauteur, et tout à fait convaincant! Ca fait plaisir!

  La gaieté est justement le sentiment qui nous vient après écoute de l’album. Oubliez un instant Stivell, Servat et autre Glenmor (les autres « piliers »). Les Tri Yann se distinguent radicalement de la plupart de leurs homologues bretons grâce à leur fougue et à leur énergie, caractéristiques des fêtes et festou-noz de l’époque. Cette spontanéité, couplée à une réjouissante vivacité, est retransmise à merveille dans An Naoned! Les Tri Yann livrent sur ce disque une douzaine de titres traditionnels, piochés dans leur répertoire de concert, et nous font voyager du pays nantais jusqu’en Irlande, d’Ecosse jusqu’au Québec. De l’énergie, ils en ont à revendre (et quarante ans après, c’est toujours vrai!)! En effet, sur An Naoned, tout est fait pour vous faire chanter, danser, bouger, et pour donner le sourire sur la plupart des titres, mais aussi méditer, grâce à quelques textes plus calmes, graves et recueillis. Si, dès la première écoute du disque, vous n’êtes pas sensible à toutes ces ambiances, passez votre chemin, c’est que la musique celtique n’est pas faite pour vous!

  Dès le premier titre Les filles des Forges, le ton est donné, sur un air de pilé-menu: l’énergie et la joie de vivre prédomineront. Cette chanson, l’un de leurs tous premiers succès, deviendra, au même titre que Les prisons de Nantes, un grand tube. Comment ne pas se laisser d’emblée emporter, au début et à la fin de la chanson, par les « La la la la la la » entêtants, et par les « Ding dingue don don… »…??

  Une grande partie des autres titres est dans le même ton. La Pastourelle de Saint-Julien Maraîchine, petit instrumental joyeux flûte/ guitare/ guimbarde sur un air à danser (le fameux morceau qui révéla les Trois Jean le 27 décembre 1970 à Plouharnel), fait mouche. De même que le titre suivant, Tri martelod. Avant les Tri Yann, ce chant traditionnel a été popularisé par leur aîné Alan Stivell sous le titre Tri martolod. Depuis, et jusqu’à aujourd’hui, de très nombreux artistes et groupes ont repris et reprennent Tri martolod. Mais si, rappelez-vous: entre autres, Manau l’a samplé pour son titre La tribu de Dana, et tout récemment encore, Nolwenn Leroy l’a repris, de manière assez fade d’ailleurs, sur son album Bretonne… La version des Tri Yann, vive et énergique, gravée en 1972 sur An Naoned, est très différente de celle de Stivell (plus lente et mélancolique). Les filles d’Escoublac, chanson traditionnelle coquine et amusante du pays de Guérande, sur des filles riches et pochetronnes, Johnny Monfarleau, chanson malicieuse de La Bolduc, qui nous permet de faire un petit voyage au Québec, et dont la fougue typiquement québéco-acadienne sied parfaitement à Tri Yann, sont également à retenir dans les titres d’An Naoned. Ces morceaux préparent en quelque sorte le terrain pour un titre qui deviendra mythique, un absolu incontournable, l’une des chansons du groupe les plus réclamées avec La jument de Michaud: Les prisons de Nantes! La très célèbre chanson (et son fameux refrain landibidibidi), bien que traitée ici de façon archi-simpliste (voix/ guitare/ cuillères) en comparaison de ses arrangements d’aujourd’hui en concert, a déjà, en 1972, tout d’un tube!!! D’ailleurs, ce sera LE premier gros tube du groupe. Après sa sortie, le titre fait un carton à la radio, devenant l’un des tubes fétiches des auditeurs, supplantant (pour la petite histoire…) Gérard Lenorman ou C. Jérôme, pourtant très en vogue à l’époque!

  An Alarc’h, traditionnel breton issu du Barzaz Breizh et revisité de façon pêchue, deviendra, lui aussi, un incontournable. Il raconte le triomphal retour au pays du du duc de Bretagne Jean IV pendant la Guerre de Cent Ans, après un long exil en raison de ses affinités avec les anglais…

  Deux titres du disque sont, en revanche, plus anecdotiques. La Vierge à la fontaine, second titre, une chanson gentillette à la limite de la comptine, peut quelque peu tempérer l’entrain auquel Les filles des Forges encourage. Mais cette « comptine » a l’avantage d’offrir à Jean-Paul Corbineau son premier solo en enregistrement. Dès 1972, le troubadour du groupe est, avec sa voix magnifique, unanimement apprécié! Le deuxième morceau moins intéressant est La calibourdaine de Breca, un instrumental assez plat qui, entre Johnny Monfarleau et Les prisons de Nantes, passe relativement inaperçu.

  Comme nous venons de le voir, les titres enjoués et énergiques balisent régulièrement An Naoned. Mais des textes plus graves et poignants, incitant à la réflexion et au recueillement, ont également leur place au programme de cette première galette. Le premier à s’inscrire dans cette catégorie est Before Ireland can go free, qui s’enchaîne avec le traditionnel écossais Yee Jacobites (rejoué en concert en ce moment, sic…). Before Ireland can go free, ici interprété sur l’air du traditionnel Lonely Banna Strand, est un texte écrit par le poète irlandais Sean O’Casey pendant la révolution irlandaise, entre 1916 et 1922. C’est Jean-Louis Jossic qui récite ce texte. Son interprétation, forte et pleine de nuances, lui permet de démontrer des qualités d’orateur qui ne failliront pas par la suite, que ce soit dans les contes de concert, en enregistrement ou en composition. Et surtout, ce texte très beau mais sombre fait apparaître les Tri Yann dès 1972 comme un groupe engagé. Tout au long de leur carrière, ils revendiqueront ce fait, engendrant au nom de cet engagement de nombreux textes magnifiques et très forts.

  Le second et meilleur moment poignant est l’avant-dernier titre: Le dauphin. Cette mélodie d’origine écossaise est inspirée par la légende des Selkies, créatures métamorphes de l’imaginaire celtique à rapprocher des sirènes. Jean-Paul officie au lead vocal pour cette douce ballade mélancolique au dénouement tragique, qui est incontestablement l’un des plus beaux titres du groupe. Plus que de faire son deuxième solo, Jean-Paul enregistre ici sa première gwerz (complainte typiquement bretonne traitant de sujets souvent tragiques). Il ne cessera d’exceller dans ce registre!Sourire Dans un disque, ma préférence peut bien aller à des morceaux assez variés, mais d’autres titres, sans être forcément mes préférés, se démarquent toujours. En général, ce sont ceux que j’appelle les bijoux du disque. Le dauphin est, sans contestation aucune, LE bijou d’An Naoned, à rajouter lui aussi au rang des nombreux classiques qui jalonnent la riche carrière du groupe.

  Quoi de mieux, pour achever cet album empli de gaieté, qu’un air à danser évolutif? Au pied d’un rosier, l’une des toutes premières chansons de Tri Yann que j’ai eu l’occasion d’entendre après les avoir découverts, est un laridé on ne peut plus entraînant, qui continue à trotter dans la tête de l’auditeur longtemps après la dernière écoute!

  Pour ce qui est du son et des arrangements: ce premier album est très acoustique. Les guitares, la guimbarde, le banjo, les flûtes et la contrebasse sont dominants, rapprochant le disque, outre de la musique celtique bien entendu, du folk song. Quand on sait que c’est en reprenant des succès folk que les Trois Jean ont pris goût à la musique, c’est une suite logique. Sur An Naoned jouent seulement Jean, Jean-Paul, Jean-Louis et Bernard. Il n’y a pas d’intervenants extérieurs ou d’invités particuliers. Le son est, vu l’âge du disque, assez bon. Les arrangements ne sont peut-être pas aussi sophistiqués que sur les albums d’aujourd’hui, et c’est normal car il n’y a pas du tout la même densité instrumentale, mais les Tri Yann, qui ont arrangé eux-mêmes la quasi-totalité des morceaux du disque (à l’exception du Dauphin, arrangé par Marchais Serizier), ont fait tout cela très sérieusement, et ça s’entend! On ne peut que les en féliciter! Et de même, la pratique du chant et ses différentes techniques sont très bien appliquées.

  Comme vous pouvez le constater, il y a plein de bonnes choses à dire sur ce disque, réalisé comme de vrais pros par un jeune groupe encore amateur. Outre la joie de vivre ou le recueillement, ce qui transparaît dans ce disque, c’est une très belle alliance entre le talent et la sincérité! Mais aussi, c’est un album plein de fraîcheur, relatant à merveille l’esprit des veillées bretonnes de l’époque, et un bel hommage à la terre natale des Tri Yann. Pour la petite histoire, j’ai assisté deux fois dans mon enfance à des fêtes traditionnelles percheronnes, avec repas champêtres et danses campagnardes. Quand j’écoute ce disque, j’ai l’impression de revivre ces soirées festives… En écoutant An Naoned, c’est comme si je me retrouvais un soir de veillée dans la campagne bretonne, au coin d’un feu, sans chichis, avec chants et contes, et où l’on se sent bien, comme « en famille »… Ce premier essai des Tri Yann est fort réussi. A l’époque, le groupe est encore amateur, le meilleur reste à venir, et d’ailleurs les attentes du public seront, en 40 ans, superbement récompensées!

  Des débuts très prometteurs, donc, et qui laissent présager un très bel avenir!Sourire

   Quelques extraits…

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   Les filles des Forges

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  Yee Jacobites, aussi intitulé parfois Song for ye Jacobites. Désolée, je n’ai pas trouvé la version de 1972, seulement la version live de 1996…

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     Johnny Monfarleau, rejoué en concert depuis quelques temps… Ici, court extrait de la chanson jouée au FIL…

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    The FIRST TUBE: Les prisons de Nantes!

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  Dernier titre du disque: Au pied d’un rosier

  

 

  



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