Toutes les bonnes choses ont une fin…

    Voici ce que j’ai écrit sur mon journal Facebook le lundi 11 août au matin…

    « Et voilà, c’est fini… Rideau… Kenavo an distro…
Clap de fin hier soir du FIL 2014, après 10 jours intensifs placés sous le signe de la verte Irlande… 
Artistiquement parlant, et aussi financièrement pour l’organisation, ce fut une très belle édition. On estime la fréquentation à pas moins de 750 000 visiteurs (contre 700 000 en 2013) sur dix jours! Autrement dit, on a frôlé le record absolu de 2010 (800 000 visiteurs)! C’est aussi la meilleure édition depuis 2011 en termes de billetterie. L’Irlande n’a pas failli à son rang d’invité d’honneur: la qualité des spectacles irlandais et des groupes proposés était à la hauteur de la réputation du pays comme terre de virtuoses. Le summum étant Lùnasa et Liam O’Flynn, qui nous ont fait vibrer lors d’une Grande Nuit de l’Irlande inoubliable…
Et il y a aussi tous les autres que je me dois de citer… Gilles Servat, qui nous a prouvé au cours d’une Fête entre Celtes intimiste chaleureuse qu’il est définitivement le plus irlandais des bretons… Le concert de Cécile Corbel, véritable oasis de douceur et d’onirisme qui, au milieu du fracas des cornemuses et du tapage ambiant, nous a fait énormément de bien… L’intéressante soirée Musiques sacrées Pays de Galles/Galice à l’Eglise Saint-Louis, qui nous a prouvé que la musique celtique se décline vraiment dans tous les domaines et toutes les formes d’expressions… La Nuit Magique, un émerveillement toujours renouvelé, toujours intact d’année en année, mettant en scène sous les étoiles les musiques celtiques dans tout ce qu’elles ont de plus grandiose… Et je ne peux pas finir cet éloge sans citer les Acadiens, qui ont une place à part dans mon coeur… Les Acadiens sont bien plus que des « cousins » du Canada Atlantique des français: on peut le dire, ce sont carrément des frères, tant nous nous sentons proches d’eux, tant leur musique respire l’authenticité et parle au coeur de chacun d’entre nous! Et ils sont tous tellement gentils, toujours souriants et accueillants, ils tutoient d’emblée! Par certains côtés, ils sont même plus agréables que les français. Leur sympathie et leur spontanéité ont quelque chose de terriblement rafraîchissant. Mes remerciements vont particulièrement au formidable groupe Prenez Garde!, qui avait été la grande révélation acadienne de l’an passé. Cette année, en l’absence des « têtes d’affiches » habituelles du Pavillon (Suroît, La Virée, Dominique Dupuis…) retenues au pays par le Congrès mondial acadien, ils ont été propulsés de fait tête d’affiche de la délégation. Et ils se sont parfaitement acquittés de leur tâche, enflammant deux à trois fois par jour, au Pavillon, et aussi au port de pêche lors de la cotriade du samedi 9, un public en délire totalement acquis à leur cause. Un grand bravo à eux. Je suis allée les voir pas moins de six fois en dix jours (cinq fois au Pavillon, la sixième à la cotriade), je ne m’en lasse pas! Hier après-midi, dernier jour, leurs larmes d’émotion à l’idée de quitter le public breton qu’ils adorent, et qui les adore de même, n’étaient pas surfaites. Ces larmes étaient le reflet de notre ressenti à tous: l’émotion de tous les beaux moments vécus, et le déchirement à l’idée que tout cela cesse du jour au lendemain jusqu’à l’année prochaine… Et je vous avoue sans honte qu’hier, après ce dernier après midi, lorsque j’ai quitté le marché interceltique pour de bon cette fois, à l’instar des acadiens, j’ai un peu pleuré. Peut-être était-ce ce trop plein d’émotions emmagasiné en 10 jours qui a fini par sortir? Ou bien était-ce l’émotion à fleur de peau qui régnait au Pavillon acadien qui a déteint sur moi? Je n’en sais trop rien, mais c’est dur de se dire qu’il va falloir attendre un an avant de revivre ça…
    Aujourd’hui, après dix jours très intensifs, on ressent comme un grand vide… Comme dirait Verlaine, il pleure dans mon coeur, mais je me remémore aussitôt tous les moments de grâce vécus au cours de ces dix jours, et la joie remplace la tristesse. Je visionne les vidéos et les photos faites pendant le FIL, et je me dis, vivement l’année prochaine!   A très bientôt, amis de l’interceltisme! RDV pour la 45ème édition du FIL, qui se tiendra du 7 au 16 août 2015 et mettra à l’honneur, non pas une, mais deux nations celtes associées, les deux « petits Poucets » britanniques de la famille interceltique historique, qui se retrouveront pour la première fois en tête d’affiche: les Cornouailles et l’île de Man! »



FIL 2014: du bon dans les oreilles

  Voici, comme de coutume à l’approche des vacances, ma traditionnelle playlist des artistes programmés au FIL 2014. Bonne écoute!

       Image de prévisualisation YouTube

  Casptern, groupe de chants de marins, participera le 1er août à la Cotriade d’ouverture au port de pêche, six ans après celle de 2008…

        Image de prévisualisation YouTube

  Son concert est d’ores et déjà annoncé comme un événement majeur de l’édition 2014… Bernard Lavilliers, grande figure de la bossa nova et de la variété française, jouera le samedi 2 août à l’Espace Marine. Eternel bourlingueur, se référant souvent dans son répertoire aux voyages et aux marins, le chanteur stéphanois de 67 ans va, pour la première fois de sa carrière, faire escale à Lorient. Nul doute que les festivaliers seront nombreux à embarquer avec lui (les places assises du concert ont déjà toutes été vendues, mais il reste des places debout…). Voici le clip de Scorpion, titre extrait de son dernier album Baron Samedi

        Image de prévisualisation YouTube

  Roland Becker, talabarder et saxophoniste émérite, ex-pen soner de la Kevrenn Alré, est un artiste résolument à part dans la vaste famille de la musique bretonne. Il est (à l’instar de Pascal Lamour par exemple, mais en beaucoup plus réussi et enthousiasmant) un véritable alchimiste musical, multipliant avec audace et talent les créations expérimentales et les mariages musicaux a priori improbables, comme La chaudière à musique ou Kof a Kof, spectacle en duo avec l’accordéoniste Régis Huiban, qui mélange ambiance cabaret rétro et musique bretonne. C’est sur la scène du Grand Théâtre que nous retrouverons Roland Becker cette année au FIL, le 3 août. Il dirigera, avec l’Ensemble de Bretaigne Armoricane, l’oratorio Anne de Bretagne renaissante, création commandée à l’occasion des 500 ans de la mort d’Anne de Bretagne. Voici ci-dessus le teaser de sa précédente création Immrama, qu’il avait présentée au FIL en 2011…

        Image de prévisualisation YouTube

    Gilles Servat, c’est la Bretagne, le porte-voix de la Bretagne militante, c’est La Blanche hermine, c’est la révolte… Certes, mais pas que… Gilles Servat, c’est aussi l’Irlande, qui a une place à part dans son coeur… Il considère la verte Erin comme son deuxième pays, et l’Irlande occupe une place conséquente dans son répertoire. Il s’agit tout aussi bien d’interprétations ou d’adaptations personnelles de morceaux traditionnels (The Foggy Dew, Le cul cousu d’or adapté du traditionnel The wild rover, ou encore Eléonore, adaptation de la sublime mélodie d’O'Carolan Eleonor Plunkett pour n’en citer que quelques uns), que de compositions évoquant l’Irlande et ses souvenirs du pays (La maison d’Irlande ou Sur les quais de Dublin). Bref, entre Gilles et l’Irlande, c’est une longue histoire de… fraternité. Frat-Eire-nité… C’est justement le thème du grand concert irlando-breton qui réunira Gilles et quelques uns de ses amis musiciens irlandais, dont Donnal Lunny, à l’Espace Marine le 3 août. Tous nous convient à une grande « Fête entre Celtes » qui promet d’être l’un des rendez-vous marquants de ce cru 2014… Pour ma part, billets déjà pris depuis longtemps!  :)    Ci-dessus, Gilles chante La maison d’Irlande sur la scène de Bercy en 1999…

        Image de prévisualisation YouTube

    Lùnasa est l’un des meilleurs et plus célèbres groupes irlandais de musique instrumentale au monde. Régulièrement invité dans les grands festivals bretons (Festival de Cornouaille, Fête de la Saint-Loup…), et déjà présent en 2005 à Lorient lors de la précédente Année de l’Irlande, le groupe sera à l’affiche de la Grande Nuit de l’Irlande à l’Espace Marine le 4 août pour une soirée prestigieuse, à en juger par la création qui y sera également jouée… :)   Ci-dessus, prestation de Lùnasa aux Celtic Connections de Glasgow en 2007 (vous aurez reconnu bien entendu la mélodie, qui est celle accompagnant le teaser officiel du FIL 2014  ;) )

        Image de prévisualisation YouTube

    … mais surtout, ô surtout, pour la Grande Nuit de l’Irlande, joie immense… un événement que je ne louperai pour rien au monde… roulement de tambour… la re-création exceptionnelle de l’oeuvre majeure du compositeur irlandais Shaun Davey The Brendan Voyage, pour orchestre et uileann pipe. Créée en 1981, jouée en première mondiale au FIL en 1982, The Brendan Voyage, basé sur le livre de l’explorateur Tim Sevrin, relate les voyages du moine irlandais Brendan de Clonfert sur son frêle esquif au VIIIème siècle vers des terres nouvelles et inconnues: le Labrador, les îles Féroé, voire même Avalon… ;)   Le dixième mouvement de l’oeuvre et le plus connu, le final Newfoundland, est probablement la plus sublime, la plus merveilleuse mélodie irlandaise qui ai jamais été composée! :)   Chaque année, au Nuits Magiques, elle est d’ailleurs jouée en introduction du tableau sur les irlandais, et accompagnée par la projection de splendides images marines sur les écrans géants. Et l’on se laisse emporter. Chaque fois que j’entends ce morceau, je suis subjuguée comme jamais, j’ai les larmes aux yeux, je m’en pâmerais d’émotion, je pourrais l’écouter des centaines de fois avec le même bonheur! Dix ans après sa dernière représentation au FIL, en 2004, The Brendan Voyage sera donc rejoué spécialement pour la Grande Nuit de l’Irlande, avec l’Orchestre du Festival et le soliste Liam O’Flynn, virtuose du uileann pipe. Ô joie! j’y serai, j’ai pris très tôt les billets! Et nul doute que je verserai ma petite larme lors de Newfoundland (que je vous propose d’écouter)… :)

        Image de prévisualisation YouTube

    La fée finistérienne de retour à Lorient… Trois ans après son dernier passage au FIL pour un Concert pour Celtes en devenir consacré à la BO d’Arrietty qu’elle avait composée, Cécile Corbel reviendra le mardi 5 août après-midi au Palais des Congrès, une nouvelle fois dans le cadre du concert pour enfants, afin de nous jouer la BO de Terre des Ours, film documentaire animalier de Guillaume Vincent, dont elle a composé la bande-son en intégralité. Voici la chanson Kamchatka, extraite de Terre des Ours

        Image de prévisualisation YouTube

    Autre concert très attendu de cette édition: Suzanne Vega au Grand Théâtre le 5 août. La célèbre chanteuse folk américaine rendra au cours de cette soirée un hommage appuyé à Pete Seeger. Je vous propose d’écouter son tube le plus connu, Tom’s Diner

        Image de prévisualisation YouTube

    Fille du célèbre sitariste Ravi Shankar et demi-soeur de la chanteuse Norah Jones, Anoushka Shankar est elle aussi, à l’instar de son père, une musicienne indienne de renom. A l’occasion du FIL 2014, elle sera le 6 août à l’affiche de la création Dans l’univers des bardes à l’Espace Marine, avec la harpiste galloise Catrin Finch et le musicien sénégalais Seckou Keïta…

        Image de prévisualisation YouTube

    L’irlandaise Mary Black, considérée comme l’une des meilleures chanteuses gaéliques de son temps, ex-membre du groupe De Dannan, a entamé une tournée d’adieu, qui fera halte à Lorient le 7 août. Mary Black prendra en effet part à la création Femmes gaéliques à l’Espace Marine, accompagnée de sa soeur Frances Black, de sa fille Aoife Scott, de la manxoise Ruth Keggin et de l’écossaise Julie Fowlis…

        Image de prévisualisation YouTube

    Le groupe de punk-rock quimpérois Red Cardell, l’un des fers de lance, avec Soldat Louis, de la nouvelle vague de la scène rock celtique bretonne des années 80/90, fait son retour à Lorient le 8 août accompagné du Bagad Kemper pour la création Fest Rock à l’Espace Marine, jouée en première mondiale au Festival de Cornouaille en 2012…

        Image de prévisualisation YouTube

    MON gros coup de coeur du FIL 2013: les acadiens de Prenez Garde! Ne voyez rien de menaçant dans ce nom, bien au contraire… Prenez Garde! , c’est un groupe atypique qui s’articule autour du facétieux « conteux » Dominique Bréau, et mélange, avec un talent fou et un humour des plus ravageurs, pièces traditionnelles acadiennes, chants dialogués, reels de violons, parlure acadienne et comédie. Le tout dans une ambiance aussi bon enfant que survoltée! :)   Prenez Garde! a été LA grande révélation acadienne du FIL 2013. Pendant les dix jours, ils n’ont cessé d’enflammer le public du Pavillon de l’Acadie. Pour ma part, ça a été un énorme coup de coeur… Et ils ont une de ces façons de « jouer » avec le public, et de nous faire participer, nous spectateurs! Le public est sans cesse sollicité dans de nombreux morceaux à répons, et je vous garantis qu’on ne se fait pas prier pour y participer à coeur joie! :) . Prenez Garde!  ( ;) ), avec cette fine « gang », composée de Dominique Bréau, Julien Bréau, Nicolas Basque, Elisabeth Milot et Marie-Andrée Gaudet, vos zygomatiques vont chauffer autant que vos cordes vocales, croyez-moi sur parole… ;)   Ils reviennent donc en cette édition 2014, avec pour mission de mettre le feu au Pavillon, mais aussi à la seconde Cotriade du samedi 9 août au Port de pêche!!! Yeeeeees!!! Billets déjà pris, off course! ;)      Voici l’un des morceaux les plus endiablés et sans aucun doute le plus participatif de leur répertoire scénique: La cave de d’hors de Calixte Duguay.

        Image de prévisualisation YouTube

    Moya Brennan, la voix emblématique du mythique groupe Clannad (invité en 2013), forme aussi, avec Cormac de Barra, un duo de harpistes-chanteurs. Tous deux se produiront donc le 9 août au Palais des Congrès pour la Grande Soirée de la Harpe celtique.

        Image de prévisualisation YouTube

    Alors qu’elle était complètement inconnue à sa première venue au FIL en 2013, il y a fort à parier que cette année, plus personne ne pourra l’ignorer… En effet, l’acadienne Caroline Savoie, auréolée de sa notoriété toute récente due à sa participation à The Voice sur TF1 dans l’équipe de Mika, va faire son retour à Lorient, par la grande porte cette fois-ci, dans la programmation officielle. En plus de ses prestations au Pavillon de l’Acadie (passage obligé), elle sera le 9 août dans l’arène du Stade du Moustoir pour le Grand Concert de Clôture, aux côtés de The Strypes, Salsa Celtica et The Dubliners remaniés. Même si elle n’est pas forcément la candidate la plus connue du télé-crochet en raison d’une élimination assez précoce (juste avant les quarts de finale), nul doute que les festivaliers lui feront bon accueil, et qu’elle sera l’un des « moteurs » de la venue du public à ce concert de clôture! :)   Voici la vidéo de l’une de ses prestations au Pavillon en 2013: foin d’Ain’t no Sunshine (qui lui avait permis de se qualifier aux auditions de The Voice en faisant se retourner les quatre coachs au bout de 30 secondes!), de Keane ou de London Grammar, il s’agit de Petitcodiac de Zachary Richard…

        Image de prévisualisation YouTube

    A tout seigneur, tout honneur! Je conclus cette playlist de l’Année de l’Irlande avec un véritable monument de la musique irlandaise (et je ne dis pas ça que par rapport à l’âge des musiciens! LOL!), probablement, avec The Chieftains, le plus ancien groupe irlandais encore en activité: The Dubliners! Le groupe mythique, présent à Lorient dès les toutes premières heures du FIL en 1971, aura la lourde charge de clore cette Année de l’Irlande lors du grand concert final au Moustoir le 9 août. Depuis le décès de Barney MacKenna, l’un des derniers membres fondateurs, le groupe a fait quelque peu peau neuve. C’est pourquoi les papys irlandais reviennent dans une nouvelle formation, rebaptisée The Dublin Legend, en s’adjoignant les services de Gerry O’Connor au banjo. Mais l’essence du groupe et son âme sont restées intactes. Voici donc, pour conclure, le trépidant Whiskey in the jar, grand classique du répertoire irlandais.

    Bonne écoute à tous, et RDV à Lorient le 1er août! ;)



FIL 2014: demandez le programme!

FIL IRLANDE

    Voici comme promis, chers amis, les grandes lignes de la programmation du FIL 2014. Pour le programme complet, les tarifs et plus amples informations, veuillez consulter le site du FIL: www.festival-interceltique.com

    Petite précision avant de commencer: le principe du Badge FIL à 3 euros initié en 2013, l’une des solutions mises en place pour pallier le déficit financier, permettant d’accéder à de nombreuses animations sur les 10 jours (arrivée de la Grande Parade au Slipway, Masters class du Palais des Congrès, festoù-noz à la Salle Carnot, concerts de l’Espace Bretagne…), va être reconduit cette année en raison du joli succès rencontré lors de l’édition précédente (plus de 37 000 badges vendus pour près de 111 000 euros de bénéfices pour le FIL). Les sites et spectacles auxquels il ouvre ne changent pas.

    Le code couleurs que j’utilise dans le recopiage de la programmation s’établit comme il suit: en rouge, les rendez-vous incontournables; en rose, les spectacles du Palais des Congrès; en vert, les concerts et créations du Grand Théâtre; en bleu, les concerts des têtes d’affiche à l’Espace Marine et le Grand Concert de Clôture au Moustoir le samedi 9; en bleu ciel, le Concert pour Celtes en devenir (concert pour enfants) du mardi après-midi; en orange, les divers concours et trophées de musiques et de danses; en gris, les événements sportifs; et enfin en prune, les « éclats d’artifice » d’ouverture et de clôture. A vos agendas!

      Vendredi 1er août 2014:

    15 h: Présentation de la course cycliste Kreiz Breizh Elites (Place de l’Hôtel de Ville)

    19 h 30: Cotriade n°1 (Port de Pêche), avec Les Mat’lots du Vent, Capstern (Bretagne) et un couple de sonneurs

    0 h 00: « Degemer mat », éclair d’artifice de bienvenue (lancement depuis le port de plaisance)

      Samedi 2 août 2014:

    à partir de 10 h: Championnat National des Bagadoù de 1ère catégorie (Stade du Moustoir), 2ème catégorie (Terrain annexe du Moustoir) et 4ème catégorie B (Esplanade du Grand Théâtre)

    21 h: Soirée d’ouverture Année de l’Irlande « The Glanmore Concert » (Grand Théâtre), avec Liam O’Flynn, Micheàl O’Sùilleabhàin, Paddy Glackin et Neil Martin

    21 h 30: Soirée Folk (Palais des Congrès), avec Skipper’s Alley (Irlande) et Rag Foundation (Pays de Galles)

    22 h: Bernard Lavilliers (Espace Marine)

    22 h: Nuit Interceltique n°1 (Stade du Moustoir)

      Dimanche 3 août 2014:

    10 h: Grande Parade des Nations Celtes (départ Stade du Moustoir, arrivée Port de Pêche Slipway)

    17 h: An Dro The World (Port de Pêche)

    19 h: Triomphe des sonneurs (Centre ville)

    21 h: « Anne de Bretagne, renaissante », oratorio de Roland Becker avec l’Ensemble de Bretaigne Armoricane (Grand Théâtre)

    22 h: « Fête entre Celtes », avec Donnal Lunny Trio & Gilles Servat (Espace Marine)

    22 h: Nuit Interceltique n°2 (Stade du Moustoir)

      Lundi 4 août 2014:

    10 h: 10ème Trophée Bothua-Raud (Palais des Congrès)

    14 h: 18ème Concours international de Pibroc’h (Palais des Congrès)

    21 h: Barzaz – 1ère partie Dengekan (Grand Théâtre)

    21 h 30: Soirée Folk (Palais des Congrès), avec Tony Mc Manus (Ecosse), Maggie McInness Duo (Ecosse) et Caramuxo (Galice)

    22 h: Grande Nuit de l’Irlande (Espace Marine): Lùnasa et l’Orchestre du Festival « The Brendan Voyage »

      Mardi 5 août 2014:

    15 h: Concert pour Celtes en devenir: Cécile Corbel chante « Terre des Ours » (Palais des Congrès)

    21 h: Suzanne Vega (Grand Théâtre): Hommage à Pete Seeger

    21 h 30: Grande Soirée de la Cornemuse (Palais des Congrès), avec Le Bot/ Chevrollier (Bretagne), Fred Morrisson (Ecosse)…

    22 h: Yves Lambert (Québec) – 1ère partie Dervish (Espace Marine)

    22 h: Nuit Interceltique n°3 (Stade du Moustoir)

      Mercredi 6 août 2014:

    21 h: Dañs Akademi (R) Evolutions (Grand Théâtre)

    21 h 30: Soirée Folk (Palais des Congrès), avec Soïg Sibéril (Bretagne), Dylan Fowler (Pays de Galles), Ian Melrose (Ecosse)

    22 h: « Dans l’univers des bardes »: Catrin Finch & Seckou Keïta – Anoushka Shankar (Espace Marine)

    22 h: Nuit Interceltique n°4 (Stade du Moustoir)

      Jeudi 7 août 2014:

    21 h: Ross Ainslie & Jarlath Henderson – The Ollam (Grand Théâtre)

    22 h: « Femmes gaéliques » avec Mary Black, Frances Black et Aoife Scott – 1ère partie Julie Fowlis (Espace Marine)

    22 h: Nuit Interceltique n°5 (Stade du Moustoir)

      Vendredi 8 août 2014:

    15 h: Concours d’accordéon (Palais des Congrès)

    21 h: « Avaz » – 1ère partie Caramuxo (Grand Théâtre)

    21 h 30: Grande Soirée Accordéon (Palais des Congrès)

    22 h: Red Cardell & Bagad Kemper « Fest Rock » – 1ère partie Dixebra (Espace Marine)

      Samedi 9 août 2014:

    15 h: Trophée des Harpes Camac (Palais des Congrès)

    19 h 30: Cotriade n°2 (Port de Pêche) avec Prenez Garde! (Acadie), Vent de Noroise (Bretagne) et un couple de sonneurs

    21 h: « Breizh Kabar », création de la Kevrenn Alré avec Saodaj (La Réunion) – Invité: Firmin Viry (Grand Théâtre)

    21 h 30: Grande Soirée de la Harpe Celtique (Palais des Congrès), avec Cormac de Barra & Moya Brennan (Irlande), Robin Huw Bowen (Pays de Galles), Rozenn Tallec & Lina Bellard (Bretagne)

    22 h: Grand Concert de Clôture (Stade du Moustoir), avec The Dublin Legends (Irlande), The Strypes (Irlande), Salsa Cetica (Ecosse) et Caroline Savoie (Acadie)

      Dimanche 10 août 2014:

    09 h 30: Les 10 miles interceltiques (course pédestre au centre-ville)

    14 h 30: Concours de danse Kément Tu (Espace Marine)

    15 h: Trophée Paysan Breton – Matelin An Dall (Palais des Congrès)

    0 h 00: Kenavo An Distro (feu d’artifice de clôture au port de plaisance)

    Voiloù pour le programme. Prochainement, la playlist… ;)



Télé: Une Acadienne à The Voice!

    Le 18 janvier dernier, alors que la seconde session des auditions à l’aveugle du télé-crochet de TF1 The Voice battent leur plein, une rumeur me parvient: il y aurait une Acadienne aux auditions. Tiens tiens… Dès que j’entends le mot Acadie, ma curiosité est piquée, forcément. Comme je ne regarde pas l’émission, il me suffit de quelques mots tapés dans Google pour apprendre le nom de la demoiselle et… ô surprise! C’est que je la connais, en plus, je l’ai déjà vue sur scène! En effet, la jeune Caroline Savoie a participé au FIL 2013, sous la bannière du Pavillon de l’Acadie! Voilà l’explication. Au sein de la délégation acadienne, du haut de ses 19 ans, elle effectuait sa première venue à Lorient. Au milieu d’artistes confirmés et habitués du FIL, comme Suroît, Dominique Dupuis ou La Virée, elle était encore inconnue au bataillon. Et inconnue, elle ne l’est pas restée longtemps… Elle a livré au Pavillon des prestations remarquées. En ce qui me concerne, je l’ai vue « de loin » au gré de mes déambulations, et je n’avais pas trop aimé ce qu’elle faisait, lui préférant de très loin (niveau « découvertes ») l’atypique groupe Prenez Garde. Mais incontestablement, elle a fait bonne impression au public. Et ensuite est venu The Voice… Lors des auditions, grâce à une interprétation brillante de la chanson Ain’t no sunshine de Billie Withers, la jeune fille a bluffé à l’unanimité les coachs, qui se sont tous les quatre retournés. C’est finalement l’équipe de Mika qu’elle a choisi d’intégrer.

    Je ne regarde pas The Voice (et de toute façon depuis quelques années j’ai un peu décroché de ce genre d’émissions), mais voir se qualifier dans l’émission une Acadienne vue au FIL et passée par la scène du célèbre Pavillon Acadien (l’un de mes endroits fétiches du FIL), m’a amusée et aussi agréablement surprise. Dès lors, même si je ne regarde pas l’émission, et même si je ne vote jamais pour les candidats de télé-crochet, je me suis tout de même tenue au courant de sa progression. Bah oui, vu qu’elle était au Pavillon de l’Acadie l’an dernier et que tout ceux qui transitent par le Pavillon Acadien me sont sympathiques, je la soutiens par principe ;)

    Bref, Caroline s’est ensuite illustrée sans difficulté aux « Battles », avec une interprétation jugée excellente d’un titre de London Grammar (et effectivement, elle l’était). Mika l’a donc gardée dans son équipe, pendant que son adversaire était repêchée par Garou. Et enfin, samedi dernier, opposée aux candidates Marina d’Amico et Jacynthe Véronneau (québécoise elle aussi) lors de l’Epreuve Ultime, elle a décroché son ticket pour les primes en direct (de même que Marina d’Amico), après avoir chanté Vancouver de Véronique Sanson, tandis que Jacynthe était éliminée. Le FIL a même officiellement témoigné son soutien à la jeune chanteuse sur Facebook.

    « L’Acadienne de The Voice » accède donc à la phase décisive des lives… qui pourraient, qui sait, la mener jusqu’en finale, car elle fait figure de favorite. C’est tout ce que je lui souhaite! ;) Eh bien, comme on dit chez nous autres, bonne chance Caroline! :)

   Voilà pour ce clin d’oeil acadiano-télévisuel que je me suis un peu sentie obligée d’écrire, étant donné les circonstances.

    Je vous laisse avec la vidéo de l’une de ses prestations au FIL 2013, où elle interprète Ain’t no sunshine, la chanson qui lui a permis de se qualifier aux auditions de The Voice:

        Image de prévisualisation YouTube



Tu vois je pense aux Acadiens… # chapitre 2

    N’essayez pas de le nier, je vous vois venir avec vos gros sabots: vous vous dites « Encore l’Acadie??? Elle nous fais ch***r avec l’Acadie! Depuis quelques mois elle nous la conjugue à toutes les sauces! ». Ce dernier point n’est pas faux, je l’admets volontiers. Mais sache, cher ami lecteur, que j’assume totalement le fait d’être devenue un peu québécophile-acadianophile depuis le FIL 2013, et de m’être prise de passion pour la musique et l’histoire de la province. Et tu veux même que je te dise? J’en suis fière! :P Na! ;)

    Plus sérieusement, suite à mon article-hommage acadien du 4 octobre dernier (c’est ici: http://celticchroniques.unblog.fr/2013/10/04/hommage-tu-vois-je-pense-aux-acadiens/ ), que j’ai écrit avec beaucoup de plaisir, d’émotion et de respect, j’ai un peu réfléchi à la question et je me suis rendu compte qu’il y avait largement matière à écrire une suite! Cette suite, la voici… Dans le premier article, je me suis surtout concentrée sur les titres emblématiques et symboliques de l’Acadie et de l’histoire de la déportation (Evangéline et Grand-Pré), et sur les liens fraternels qui unissent l’Acadie à la Bretagne (Entre Belle-Île et Nantes et Je pense à toi je pense aux tiens). Là, je vais approfondir un peu le sujet, en mettant plus particulièrement l’accent sur la Louisiane, qui fut, comme on le sait, l’une des principales terres d’accueil des déportés acadiens, et qui comporte encore aujourd’hui une importante communauté de la diaspora acadienne. Attention, ça va chauffer sur le bayou! ;) LOL (Hugues Aufray et sa Jambalaya sur le bayou, sortez de ce corps! MDRRR!).

REVEILLE (Paroles et musique: Zachary Richard, 1976)

    Le chanteur louisianais Zachary Richard est l’un des plus fervents défenseurs de la culture francophone en Amérique du Nord, et milite sans relâche depuis les années 1970 pour la musique cajun et acadienne (ce qui lui vaudra d’être décoré à plusieurs reprises). En 1976, il écrit le titre Réveille. Cette chanson évoque très directement le Grand Dérangement de 1755 et ses « héros », comme Joseph Broussard, alias Beausoleil, qui, dit-on, guida les exilés vers la Louisiane, mais pas seulement… Elle a plusieurs sens… Réveille résonne aussi comme un cri d’alarme, comme un appel adressé aux Acadiens d’hier et d’aujourd’hui pour la sauvegarde de leur langue et de leur héritage francophone. En 1994, Zachary Richard interprète Réveille à l’occasion du tout premier Congrès mondial acadien à Shédiac. On peut difficilement imaginer plus fort symbole! :) D’ailleurs, cette prestation est considérée comme l’un des moments les plus marquants de la chanson francophone en Amérique du Nord…

PAROLES:

Réveille, réveille,

C’est les goddams* qui viennent

Brûler la récolte,

Réveille, réveille,

Hommes acadiens,

Pour sauver le village.

Mon grand-grand-grand-père

Est venu de la Bretagne

Le sang de ma famille

Est mouillé l’Acadie.

Et là les maudits viennent

Nous chasser comme des bêtes,

Détruire les familles,

Nous jeter tous au vent.

Réveille, réveille,

C’est les goddams qui viennent,

Brûler la récolte.

Réveille, réveille,

Hommes acadiens,

Pour sauver le village.

J’ai entendu parler

De monter avec Beausoleil

Pour prendre le fusil

Battre les sacrés maudits.

J’ai entendu parler

D’aller dans la Louisiane

Pour trouver de la bonne paix

Là-bas dans la Louisiane.

Réveille, réveille,

C’est les goddams qui viennent,

Brûler la récolte.

Réveille, réveille,

Hommes acadiens,

Pour sauver le village.

J’ai vu mon pauvre père,

Il était fait prisonnier,

Pendant que ma mère, ma chère mère

Elle braillait.

J’ai vu ma belle maison

Etait mise aux flammes,

Et moi je suis resté orphelin,

Orphelin de l’Acadie.

Réveille, réveille,

C’est les goddams qui viennent,

Brûler la récolte.

Réveille, réveille,

Hommes acadiens,

Pour sauver le village.

Réveille, réveille,

C’est les goddams qui viennent

Voler les enfants

Réveille, réveille,

Hommes acadiens,

Pour sauver l’héritage,

Pour sauver l’héritage,

Pour sauver l’héritage…

        Image de prévisualisation YouTube

    Réveille chanté par le groupe Ode à l’Acadie…

    * NB: « Goddam » était le surnom donné aux envahisseurs anglais.

LES ABOITEAUX (Paroles et musique: Calixte Duguay)

    Un aboiteau est une sorte de digue construite par les Acadiens pour leur permettre de cultiver des terres gagnées sur la mer ou les fleuves. Le principe est non seulement d’empêcher la mer d’envahir les terres à marée haute, mais aussi d’évacuer à marée basse les eaux d’écoulement provenant de la pluie et de la fonte des neiges. Ainsi, les terres  récupérées sont peu à peu débarrassées de leur teneur en sel. C’est pourquoi les Acadiens entouraient leurs terres de digues qui canalisaient l’eau et l’amenaient au conduit d’évacuation qui était muni d’un clapet mobile se fermant automatiquement à marée haute et s’ouvrant à marée basse.

    Ce principe de fonctionnement existait déjà dans d’autres parties du monde, et notamment dans la région du Centre-Ouest de la France, en particulier le Marais poitevin, qui a été travaillé à la fin du XVIème siècle et au XVIIème par des ingénieurs hollandais, appelés par Sully, qui ont asséché une grande partie du « marais humide ». La technique des retenues à clapet était alors connue dans cette région qui est celle d’où viennent principalement les Acadiens, mais l’aboiteau est une évolution particulière de ce système qui a dû prendre en compte les particularités de l’Acadie ou du Québec, à savoir un climat rigoureux et des marées parmi les plus fortes au monde. Personne ne peut dire qui a inventé l’aboiteau. Il s’agit sans doute d’une oeuvre collective qui a été développée et améliorée par les Acadiens sur plusieurs générations au gré des expériences.

    Le gouvernement espagnol, qui a récupéré en 1764 la Louisiane après le traité de Paris mettant fin à la guerre de Sept Ans, a vu s’installer progressivement plusieurs colonies d’Acadiens chassés de Nouvelle-Ecosse par la déportation des Acadiens. Constatant leur aisance à assécher les terres humides, il décide de convaincre en 1785 quelques 1598 d’entre eux, dont environ 200 venant de Belle-Île-en-Mer de s’installer. Ils arrivèrent vite à produire des récoltes louisianaises: le maïs, le coton et le riz.

    Pourquoi des aboiteaux? L’Acadie du XVIIème siècle était presque entièrement recouverte par la forêt. Or, les terres gagnées sur la forêt ont toujours un rendement agricole médiocre. Les Acadiens décidèrent alors de cultiver les rivages en bord de mer et au bord des fleuves côtiers qui étaient quotidiennement soumis au flux et au reflux. Les étendues récupérées n’étaient pas immédiatement productives car la teneur en sel devait d’abord baisser, ce qui demandait plusieurs années. Toutefois, des herbes sauvages poussant très rapidement sur les terres à peine asséchées, ces surfaces servaient presque aussitôt de pâturage en attendant la mise en culture effective. Grâce aux aboiteaux, les Acadiens possédaient des terres dont le rendement est estimé à cinq fois celui d’une terre défrichée sur la forêt. L’Acadie se couvrit alors d’une quantité si importate d’aboiteaux que ceux-ci en sont devenus un des symboles, donnant aux Acadiens le surnom de « défricheurs d’eau ». Ce type de culture possédait néanmoins ses inconvénients car les levées de terre demandaient un entretien quotidien, des dégâts devaient être réparés à chaque tempête ou forte marée, et une révision annuelle était nécessaire à chaque sortie d’hiver.

    Beaucoup d’aboiteaux sont encore en état aujourd’hui, et certains furent même construits et utilisés jusque dans les années 1950, par exemple à Dugas. Il en reste toujours un peu partout en Acadie, ainsi que dans la région de Kamouraska, au Québec. On distingue les aboiteaux marins (Beaubassin, Rivière-aux-Canards…) et les aboiteaux fluviaux (Memramcook, Port-Royal).

    * Comme on m’a appris à citer mes sources, et que je préfère toujours rendre à César ce qui est à César, je dis… merci Wikipédia! http://fr.wikipedia.org/wiki/Aboiteau Et ne me demandez pas d’où vient le nom « aboiteau », je n’en sais rien. Ca doit être sans doute un québécisme.

    Cet enblème de l’Acadie à inspiré à Calixte Duguay une chanson poignante, intitulée Les aboiteaux… Au travers de cet élément typique, ce titre est une sorte de chronique douce-amère de la vie des Acadiens exilés en Louisiane, et évoque la déportation avec beaucoup de pudeur, de finesse et d’émotion…

PAROLES:

Hier je suis allé en rêvant d’Isabeau

Voir le foin pousser sur la digue

Ce coin de pays était si beau

Mais il tombe en lambeaux

Et ses habitants

Depuis longtemps

N’en peuvent plus de fatigue

Mais les aboiteaux attendent quelque part

Que le pays d’alentour s’éveille

Avant de venir nous parler de départ

Pour d’autres merveilles

Jean LeBlanc m’a dit qu’un jour aux aboiteaux

La mer s’en viendrait par la digue

Rassembler les membres du troupeau

Partis sur les bateaux

Que les déportés

Viendraient fêter

Et qu’on danserait la gigue

Mais les aboiteaux attendent quelque part

Que le pays d’alentour s’éveille

Avant de venir nous parler de départ

Pour d’autres merveilles

Revienne la mer un jour aux aboiteaux

Forcer les clapets de la digue

Qu’elle nous apporte pour bientôt

Ce qu’elle a de plus beau

Je crains cependant

Que Jean LeBlanc

Soit seul pour danser sa gigue

Mais les aboiteaux sont toujours quelque part

Attendant que le pays s’éveille

Viendront-ils un jour nous parler de départ

Pour d’autres merveilles…?

        Image de prévisualisation YouTube

      Les aboiteaux interprétée de façon émouvante par le collectif Ode à l’Acadie (avec Monique Poirier au chant lead)…

BAYOUS D’ACADIE (La Virée)

Paroles: Stéphane Basque, Denis Surette et Eric Haché/ Musique: Denis Surette/ 2012

    Bayous d’Acadie est la pièce-titre de l’excellent troisième album de La Virée, paru en 2012 (et que j’ai chroniqué il y a quelques mois). Alors que tout le disque baigne dans les influences folk-rock celtique, les chants de marins et les inspirations lorientaises, Bayous d’Acadie a été composée dans le plus pur style cajun, ce qui fait qu’elle détonne au milieu des autres, et peut déconcerter l’auditeur… C’est une longue chanson très roots, très blues du bayou, qui exprime un malaise, celui d’un Acadien déraciné en Louisiane, qui a le mal du pays. Ce titre particulier, un peu long et trop blues à mon goût, et un poil trop geignard (comparé aux bijoux nostalgiques transpirant la joie de vivre que sont Quand c’qu’on était moins vieux ou Une vieille guitare, par exemple), ne me parle pas. C’est d’ailleurs la seule pièce de l’album que je n’arrive pas à apprécier. Cependant, le texte m’a interpellée par sa justesse de ton. Pour cette raison, et parce que Bayous d’Acadie correspond bien au thème lousianais de cet article, et parce qu’il s’agit de La Virée, ce titre a droit de cité ;) ! Dans le livret, il n’y a aucun texte introductif pour accompagner les paroles et en expliquer le contexte, alors je suppose qu’il y a plusieurs lectures possibles: l’Acadien déraciné qui s’exprime ici peut bien être un homme du XXIème siècle obligé de s’exiler pour des raisons professionnelles, autant qu’un Acadien du XVIIIème siècle déporté en Louisiane…

PAROLES:

1. Mama, ça fait longtemps que t’es partie

Mama, ça fait longtemps que chu parti

J’croyais qu’j'avais ben compris

La jeunesse souvent est folie

2. Mama, ça fait longtemps que t’es partie (bis)

C’est juste une feel good trip,

Les voyages ça reste dans les tripes

3. Mama, c’est mon histoire que j’te conte

Mama, c’est ton histoire qui me hante

Trop pressé de grandir

Vivre dans l’espoir d’un souvenir

4. Mama, ça fait longtemps que t’es partie (bis)

Quand l’ennuie est trop forte

Chez-vous c’est encore chez nous

5. Mama, ça fait longtemps qu’on est partis (bis)

On aimerait bien revenir

Mais on n’peut pas y arriver…

      Pas de vidéo pour ce titre, mais vous pouvez toutefois l’écouter au lien suivant, où l’album est en écoute intégrale (Bayous d’Acadie est le 7ème titre, et puis tant qu’à faire vous pouvez écouter l’album entier ;) … ) : http://laviree.com/discographie/extraits-et-textes/bayous-dacadie/

LE COURTABLEAU (Suroît)

Paroles et musique: traditionnelle

    En 1998, les madelinots de Suroît publient l’album Bootleg, disque enregistré dans l’esprit et dans les conditions des partys de cuisine acadiennes. Figure sur la track-list de cet album un titre double, en deux parties: la première, Déporté en Lafayette, est une courte chanson dans le même style que Bayous d’Acadie. Le second segment, plus conséquent, est la chanson traditionnelle Le courtableau (que l’on attribue à Beausoleil). Très loin des sonorités blues, c’est une chanson cajun endiablée, truffée de noms typiques et de mots cajuns! Cela va des acadianismes à des emprunts au créole louisianais. Comprend qui peut ce titre! ;) Je peux quand même vous donner quelques indices: les noms « tourloulous » et « ouaouarons » par exemple sont empruntés au créole louisianais. Les « tourloulous » désignent une espèce de petit crabe, et les « ouaouarons » sont des crapauds-buffles! ;)   Vous ne serez sans doute pas surpris si je vous dis que Le courtableau est l’un des quatre titres, avec La danse du Mardi-Gras, Hé yaille yaille (disco fait dodo) et La lianne, qui composent le Medley cajun que Suroît aime souvent interpréter en concert… ;)

PAROLES:

1. S’en allait sur l’courtableau ti-monde

Pour ramasser des écopeaux yaille yaille

Pour faire du feu bébé

Pour faire bouillir des tourloulous

S’en allait sur l’courtableau ti-monde

Pour ramasser des écopeaux yaille yaille

Pour faire du feu chérie

Pour faire bouillir des ouaouarons

2. S’en allait sur l’courtableau ti-monde

Pour ramasser des écopeaux yaille yaille

Pour faire du feu bébé

Pour faire bouillir des écrevisses

S’en allait sur l’courtableau ti-monde

Pour ramasser des écopeaux yaille yaille

Pour faire du feu chérie…

        Image de prévisualisation YouTube

      Le courtableau en version originale studio…

EVANGELINE ACADIAN QUEEN (Paroles et musique: Angèle Arsenault, 1977)

    Angèle Arsenault, chanteuse de l’Île du Prince Edouard, est l’auteure entre autres du magnifique Grand Pré, l’une des chansons-phares de l’identité acadienne. Ce titre s’est hissé au rang de ceux qui ont pour l’Acadie valeur de symbole. Non contente de cet exploit, la chanteuse a également pastiché un autre grand classique: EvangélineEnvangéline Acadian Queen est une petite chanson malicieuse et entraînante qui revient de façon humoristique sur les amours tragiques d’Evangéline et Gabriel, puis évoque dans le dernier couplet la « récupération » de la figure d’Evangéline, considérée comme une héroïne de la province, popularisée par le poème de Longfellow d’abord, et par la chanson de Michel Conte ensuite. Volonté de démythification, je ne sais pas, mais volonté de dédramatisation, certainement. Angèle Arsenault allège ici par l’humour le côté dramatique de cette histoire…

PAROLES:

1. Je m’en vais vous parler

De quelqu’un qu’vous connaissez

Vous mais trompez-vous pas

A vient pas des Etats

2. Même si certain fellow

Qui s’appelait Longfellow

L’a popularisée

Y’a deux cents ans passés

3. Elle s’appelait Evangéline

Elle était ben ben fine

Elle aimait Gabriel

Sur la terre comme au ciel

4. Ils vivaient en Acadie

Et y’étaient riches en maudit

Mais un jour les Anglais

N’étaient plus satisfaits

5. Alors ils les ont déportés

Gabriel a disparu

Evangéline déconfortée

L’a cherchée tant qu’elle a pu

6. Elle l’a cherché en Acadie,

Au Québec, en Ontario

Pis aux Etats-Unis,

En Floride en Idaho

7. Arrivée en Louisiane

Avec sa cousine Diane

A dit là j’perdrais plus mon temps

Elle avait soixante et quinze ans

8. Engagée à l’hôpital

Elle soignait les malades

Elle a vu son Gabriel

Qui partait pour le ciel

9. A y’a sauté au cou

A y’a dit merci beaucoup

Asteure que t’es enterré

J’vais pouvoir m’en retourner

10. Je m’en vais pour investir

Dans les compagnies de l’avenir

Afin que le nom d’Evangéline

Soit connu en câline

Evangéline Fried clams

Evangéline Salon Bar

Evangéline Sexy Ladies Wear

Evangéline Comfortable Running Shoes

Evangéline Automobile Springs

Evangéline Regional High School

Evangéline Saving Mortgage and Loans

Evangéline The only French Newspaper in New Brunswick

Evangéline Evangéline Acadian Queen

        Image de prévisualisation YouTube

    Evangéline Acadian Queen

AU BORD DU LAC BIJOU (Paroles et musique: Zachary Richard)

    On termine cette playlist acadiano-cajun tout en douceur, avec cette jolie ballade de Zachary Richard, Au bord du lac Bijou

PAROLES:

1. Dans le Sud de la Louisiane

Dans le bois d’Attakapas

Où la rivière rejoint la levée

Planté dans l’anse est un gros chêne vert

Au bord du Lac Bijou

2. Dans son feuillage

Où les branches font leur crochet

Les hirondelles reviennent chaque printemps

Ils se réfugient dedans ce chêne vert

Au bord du Lac Bijou

3. Tourne, tourne dans mes bras

Tiens-moi serré encore

Reste avec moi, en bas le chêne vert

Au bord du Lac Bijou

4. C’était l’année de cinquante et sept

La première fois je les ai vus

Les deux ensemble se bâtir un nid

Au bord du Lac Bijou

5. Ils revenaient quand l’hiver était fini

Je les appelais Pierre et Marie

Un grand monsieur noir comme la nuit

Sa demoiselle avec lui

6. Pendant le carême ce dernier mois d’avril

Je lui ai vu une dernière fois

Un oiseau seul posé sur sa branche

Au bord du Lac Bijou

7. Il restait tranquille, son coeur après se casser

Guettant du matin au soir

Jusqu’au dimanche qu’il est parti aussi

Du bord du Lac Bijou…

       Image de prévisualisation YouTube

    Zachary Richard chante Au bord du Lac Bijou en live…

    Et les bonux… ;) :

   BONUX 1: L’intégrale du Medley cajun de Suroît, filmé au Pavillon de l’Acadie (off course! ;) ) au FIL 2010…

        Image de prévisualisation YouTube

   BONUX 2: Le teaser du spectacle d’Ode à l’Acadie. Un spectacle qui avait l’air riche, varié, et très qualitatif, à l’image de ses talentueux jeunes musiciens…

        Image de prévisualisation YouTube

    BONUX 3: Le final endiablé du show Acadie authentique à l’Espace Marine, FIL 2012. Les cinq violons lead du spectacle (de gauche à droite Georges Belliveau, Marie-Andrée Gaudet, Louise Vautour, Dominique Dupuis et Théo Brideau), qui avaient ouvert la soirée (j’avais mis la vidéo dans le premier article), la referment avec autant de panache qu’ils l’avaient inaugurée.

        Image de prévisualisation YouTube

    Une bonne manière de clore le sujet de l’hommage à l’Acadie. Les articles hommages sont finis, mais prenez garde ;) , diverses chroniques de disques pourraient suivre… Alors c’est tout, pour le moment… ;)

     Bon visionnage! ;)

    EDIT: comme le hasard fait bien les choses… Demain, à 20 h 45 sur France 3, Patrick de Carolis va nous présenter un nouveau numéro de son émission Le Grand Tour. Il va nous faire voyager du Québec à la Louisiane, et va parler des Acadiens… A bon entendeur… ;)



Je salue le peuple irlandais…

   On poursuit dans la série des « articles-hommages »… Après notre petite virée émotionnelle en Acadie d’octobre dernier, je vous propose de mettre le cap, non pas au nord du continent américain, mais vers le nord de l’Europe, vers un pays réputé pour ses vertes vallées, ses magnifiques paysages sauvages, pour ses légendes, l’une des nations celtes « historiques »… Vous n’avez pas deviné? Je veux parler de l’Irlande!

    Peuplée de quelques 6 millions d’habitants, pays-membre de l’UE depuis 1973, l’Irlande est la plus grande île d’Europe. Terre fertile en légendes, qui occupent une place importante dans l’imaginaire celtique, elle est aussi considérée comme le « berceau » et la mémoire de la musique celtique. De toute la grande famille des musiques celtiques, la musique irlandaise est probablement la plus renommée mondialement. Et qui n’a jamais entendu parler, ou jamais fêté la Saint-Patrick? ;)

    Mais, au-delà de l’épanouissement culturel et économique manifeste du pays, il y a des pages sombres qui ne sauraient être occultées… En effet, à l’instar de l’Acadie historique, l’Irlande a eu une histoire chaotique. Je vous épargnerai autant que possible les noms gaéliques à coucher dehors, et je tâcherai d’être brève. Ce qu’il faut savoir: l’Irlande a été marquée par de fortes vagues d’émigration vers les Etats-Unis au milieu du XIXème siècle, après une terrible famine dans les années 1840. Jusqu’au début du XXème siècle, l’île était rattachée à la couronne anglaise et faisait partie intégrante du Royaume-Uni. Mais de nombreux soulèvements vont éclater, menés par des partis indépendantistes, tels le Sinn Féin, pour réclamer l’autonomie de l’Irlande. La guerre d’indépendance irlandaise est marquée par des événements de sinistre mémoire… Si je vous parle du Bloody Sunday ou de l’Insurrection de Pâques 1916, ça vous dit sûrement quelque chose… Quoi qu’il en soit, le traité de Londres ratifié en 1921 mène à une scission de l’Irlande: alors que le sud du pays devient la République d’Irlande (capitale Dublin), souveraine et indépendante, l’Irlande du Nord, aussi appelée Ulster (capitale Belfast), reste rattachée au Royaume-Uni. Il s’ensuivra la guerre civile irlandaise, jusqu’en 1923. Enfin, de 1969 à 1997, l’IRA, force armée, va militer contre la présence britannique en Irlande du Nord et réclamer (sans succès), une autonomie complète. Les questions religieuses, opposant catholiques et protestants, entrent également en ligne de compte dans tous ces événements…

    Voilà pour les grandes lignes… Par cet article, je ne prétends pas prendre parti pour quoi que ce soit. Ce que je veux, c’est simplement rendre hommage à l’Irlande, au peuple irlandais, à ceux qui ont fait l’histoire du pays ou sont morts pour lui… J’espère que la playlist que vous ai concoctée reflètera bien tout cela. J’y ai inclus des morceaux symboliques, des morceaux que j’aime ou qui me touchent… Ma liste sera scindée en deux parties: la première fera la part belle aux chansons militantes ou historiques, tandis que la seconde aura un accent plus nostalgique ou plus joyeux.

    Les militants…

BOBBY SANDS (Paroles et musique: Gary Wicknam/ Soldat Louis, 1993)

    Bobby Sands (Robert Gerard Sands), né en 1954 et mort en 1981, était un député nord-irlandais, activiste notoire de l’IRA. Sous le gouvernement de Margaret Thatcher, accusé de complicité d’attentat, il est incarcéré à la prison de Maze, en Irlande du Nord, où il meurt le 5 mai 1981 après une grève de la faim de 66 jours. Par ces faits, Sands est désormais considéré en Irlande, et au-delà, comme un martyr et comme un héros de la cause républicaine, de la défense de la liberté et de la dignité des prisonniers politiques.

    En 1993, sur son troisième album Auprès de ma bande, Soldat Louis rend hommage à Bobby Sands… Le groupe de rock celtique lorientais prouve, avec la chanson-éponyme Bobby Sands, que leur répertoire ne se cantonne pas qu’à Du rhum des femmes, et qu’ils sont capables d’écrire de beaux titres engagés quand ils s’en donnent la peine. Bobby Sands est une chanson poignante et profonde, qui donne à réfléchir, et dont le refrain-coup de poing ne peut qu’interpeller. Jugez plutôt…

PAROLES:

Les chansons des rues de Belfast

Ont le même parfum d’Irlande

Elles pleurent comme le ciel de Belfast

Comme ont pleuré les yeux de Bobby Sands

Les chansons d’amour en Ulster

Font briller les yeux des filles

Parfois oublier l’Angleterre

Les militaires stationnés pour la vie

Les chansons de guerre à Belfast

Sont piégées de haine farouche

Pour hurler à la gueule d’en face

Pour eux il rest’ra toujours une cartouche

REFRAIN:

Chantez plus fort

Que le monde vous entende

Jurez à mort

L’insolente

Luttez encore

Comme pour l’indépendance

Aimez plus fort

Comme aimait Bobby Sands

Toutes les chansons d’Irlande du Nord

Se souviennent d’une dame de fer

Qui s’était juré d’les voir morts

Un passeport catholique « Bon pour l’enfer »

Les chansons des pubs de Belfast

Trouvent même la bière militante

L’ivresse étant bien moins néfaste

Que l’arrogance de la classe protestante

REFRAIN:

Chantez plus fort

Que le monde vous entende

Jurez à mort

L’insolente

Luttez encore

Comme pour l’indépendance

Aimez plus fort

Comme aimait Bobby Sands

Les chansons d’curé en Irlande

Ont quelques âmes à défendre

Si pour les deux côtés elles chantent

Sans arme, elles savent: Pas d’miracle à attendre

Les chansons des mômes de Belfast

Sentent déjà bon la colère

Pour qu’l'injustice n’ait plus sa place

Les poings serrés avant l’plastic du père

REFRAIN:

Chantez plus fort

Que le monde vous entende

Jurez à mort

L’insolente

Luttez encore

Comme pour l’indépendance

Aimez plus fort

Comme aimait Bobby Sands

Les chansons des rues de Belfast

Ont le même parfum d’Irlande

Elles pleurent comme le ciel de Belfast

Comme ont pleuré les yeux de Bobby Sands

Comme ont pleuré leurs yeux pour Bobby Sands…

        Image de prévisualisation YouTube

      Soldat Louis interprétant Bobby Sands à l’occasion de la Nuit de la Saint-Patrick à Bercy en mars 2010, avec la participation du Bagad de Locoal-Mendon…

LA BALLADE NORD-IRLANDAISE (Paroles: Renaud Séchan, 1991/ Musique: traditionnel)

    En 1991, sur son album Marchand de cailloux, Renaud nous propose, en guise de titre-phare, une petite chanson en apparence toute simple et gentillette, mais en réalité beaucoup plus profonde… Cette petite chanson, c’est La ballade nord-irlandaise… Renaud revisite à sa sauce le thème traditionnel maintes fois interprété The water is wide*, en écrivant sur cette mélodie un beau texte poétique rendant hommage aux Irlandais qui, malgré que les conflits déchirent catholiques et protestants, sont tous frères. Il évoque plus particulièrement les conflits qui ont secoué l’Irlande dans les années 80-90. Renaud nous parle dans la chanson d’un oranger. Cet oranger, c’est une allégorie et un symbole de la liberté, au-delà de toutes les croyances et de toutes les dissensions qui peuvent exister. A méditer…

PAROLES:

1. J’ai voulu planter un oranger

Là où la chanson n’en verra jamais

Là où les arbres n’ont jamais donné

Que des grenades dégoupillées

2. Jusqu’à Derry ma bien-aimée

Sur mon bateau j’ai navigué

J’ai dit aux hommes qui se battaient

« Je viens planter un oranger »

3. Buvons un verre, allons pêcher

Pas une guerre ne pourra durer

Lorsque la bière et l’amitié

Et la musique nous feront chanter

4. Tuez vos dieux à tout jamais

Sous aucune croix l’amour ne se plaît

Ce sont les hommes, pas les curés

Qui font pousser les orangers

5. Je voulais planter un oranger

Là où la chanson n’en verra jamais

Il a fleuri et il a donné

Les fruits sucrés de la liberté…

        Image de prévisualisation YouTube

      Clip de La ballade nord-irlandaise version Renaud…

    BONUX: En 2010, sur l’EP Levons nos verres enregistré tout spécialement pour les 40 ans du FIL, les amis acadiens de La Virée ont réalisé une magnifique reprise de La ballade nord-irlandaise, émouvante à souhait, et qui se clôt sur un bouleversant solo de violon final… Alors, comme je kiffe cette reprise et que je kiffe La Virée (et son violoniste… LOL! ;) ), je vous la mets en plus de l’originale… ;)

        Image de prévisualisation YouTube

    * NB: C’est le même thème The water is wide qui a donné lieu, dans sa déclinaison bretonne, à une certaine chanson Divent an dour… Je dis ça je dis rien… ;)

BEFORE IRELAND CAN GO FREE (texte: Sean O’Casey/ traduction: Tri Yann, 1972)

    Dramaturge et poète irlandais majeur, nationaliste engagé, Sean O’Casey évoque abondamment dans son oeuvre des moments-clés de l’histoire de l’Irlande (l’insurrection de 1916, la guerre d’indépendance, la guerre civile…). En 1972, sur leur tout premier disque Tri Yann an Naoned, les Tri Yann traduisent et enregistrent l’un de ses poèmes sur la révolution irlandaise, sous le titre Before Ireland can go free/ Avant que l’Irlande ne soit libre. Le titre est récité par Jean-Louis Jossic, sur la mélodie traditionnelle Lonely Banna Strand

    Au début de la bataille, plus d’un homme, d’une femme, d’un enfant, avaient quitté travail, mari et jeux

Un enfant, foudroyé sur le pas de la porte

    Un vieillard les bras en croix sur la chaussée

    Un jeune homme près d’un réverbère, qu’il a agrippé quand la balle l’a touché

    Il a glissé, toujours cramponné, et il est mort

    Son visage curieusement blanc regardant le ciel comme s’il demandait pourquoi,

    Son bras raidi enlaçant toujours le réverbère

    Une jeune femme en vêtements d’été

    Peut-être rentrant en hâte à la maison en entendant la fusillade

    Mais pas assez vite!

    Sur son corsage blanc brillant, une tache pourpre de mort s’étendant en plein milieu du dos

    Vous n’aviez signé aucune proclamation? Forcé aucune porte? Pressé aucune gâchette?

    Oh je sais cela! Mais tout de même, l’Irlande avait besoin de vous tout de même, et d’autres mourront encore

    Avant que l’Irlande ne soit libre…

 

ZOMBIE (The Cranberries)

Paroles et musique: Dolores O’Riordan, 1994

    The Cranberries est un groupe de rock irlandais originaire de Limerick, très populaire dans les années 90. La chanson contestataire Zombie, composée en 1994 par Dolores O’Riordan, est probablement leur plus gros tube. Le single s’est écoulé à plus de 2 millions d’exemplaires et s’est classé au sommet des charts dans plusieurs pays. Zombie se réfère directement au conflit nord-irlandais et à l’Insurrection de Pâques 1916. Il a été écrit en mémoire de deux jeunes gens tués par l’IRA provisoire lors d’attentats en mars 1993. La chanson a été récompensée en 1995 par le MTV Music Awards. En voici le clip… La chanteuse Dolores O’Riordan y apparaît couverte de peinture dorée et entourée d’enfants, pour évoquer le martyre de Saint Sébastien:

        Image de prévisualisation YouTube

      Clip de Zombie

LE PEUPLE IRLANDAIS (Paroles et musique: Yannig ar Bleiz)

    Magnifique chanson de marins composée par Yannig ar Bleiz, du groupe La Flibuste, en hommage à l’Irlande…

PAROLES:

1. Poussées par les grands vents qui balaient l’océan

Sont venues les tribus du levant

Lorsqu’ils ont débarqué sur cette île oubliée

Leur histoire venait de commencer

2. Poursuivant le soleil, ils ont enfin trouvé

« Tir na nog », leur terre sacrée

Ils ont bâti des temples pour mieux remercier

Les dieux qui les avaient guidés

REFRAIN:

Pour la longue patience, les larmes et le silence,

De Belfast à Dublin, et de Cork à Galway,

Je salue le peuple irlandais*

3. Et les siècles ont passé entre lumière et ombre,

Car là-bas on vit entre deux mondes

Dans les pubs enfumés, on préfère chanter

Les vieux rêves à la réalité

Pour la longue patience, les larmes et le silence,

De Belfast à Dublin, et de Cork à Galway,

Je salue le peuple irlandais

4. Encore combien de pluie avant qu’il fasse bleu

Sous la tourbe, couve encore le feu

Car chacun se souvient des croix sur le chemin

Fait de pierres serrées comme des poings.

5. La raison du plus fort est toujours la meilleure

L’histoire est écrite par les vainqueurs

Une cause à justifier mais qui pourra juger

La mémoire d’un peuple oublié?

Pour la longue patience, les larmes et le silence,

De Belfast à Dublin, et de Cork à Galway,

Je salue le peuple irlandais…

    * C’est cette phrase du refrain qui m’a inspiré le titre de l’article…

      Les chansons à caractère historique…

MY LAGAN LOVE (XVIIIème siècle)

    Voilà une chanson à forte valeur historique et symbolique… My Lagan Love, chanson traditionnelle collectée en 1903, date du XVIIIème siècle, époque de forte domination britannique en Irlande. A première vue, il s’agit d’une chanson d’amour, mais c’est bien plus que cela… Elle marque en réalité un engagement politique fort. En effet, elle a été composée à une époque où il était interdit d’écrire sur l’Irlande. Dans cette chanson, la figure de la femme qu’on aime et qu’on désire est donc une métaphore de l’Irlande! Cette chanson exprime la terre aimée, l’Irlande, qu’on n’a pas le droit de célébrer… My Lagan Love a été interprétée par Sinead O’Connor (album Sean nos nua), The Corrs, Celtic Woman ou encore Kate Bush. C’est la version des Corrs (enregistrée en 2005 sur Home, l’album traditionnel du groupe) que je vous propose d’écouter…

        Image de prévisualisation YouTube

ARTHUR MCBRIDE (XIXème siècle)

    Arthur McBride est une chanson traditionnelle datant du XIXème siècle. Elle a été écrite dans la ville de Donegal. Cette chanson dénonce la campagne de recrutement menée par l’armée anglaise en Irlande dans le but d’envoyer en première ligne des soldat irlandais plutôt que des soldats anglais. Voici la version du groupe Planxty:

        Image de prévisualisation YouTube

THE WIND THAT SHAKES THE BARLEY (Robert Dwyer Joyce)

    The Wind that Shakes the Barley est une ballade écrite au XIXème siècle par le poète Robert Dwyer Joyce. Elle raconte la tragique histoire d’un jeune rebelle de Wexford, qui sacrifie son amour pour s’enrôler dans la Rébellion de 1798. Voici la version de la canadienne Loreena McKennitt…

       Image de prévisualisation YouTube

    NB: The Wind That Shakes the Barley, qui signifie littéralement Le vent qui secoue l’orge, a inspiré le titre du film de Ken Loach Le vent se lève, sorti en 2006 et récompensé par la Palme d’or au Festival de Cannes la même année…

      Nostalgie…

LA MAISON D’IRLANDE (Paroles et musique: Gilles Servat)

    Gilles Servat, poète de la Bretagne militante, chantre notoire de l’interceltisme, mais aussi irlandais de coeur, se remémore, avec sa superbe chanson La maison d’Irlande, les jours heureux passés dans sa maison du Connemara…

PAROLES:

Dressée parmi les pierres, c’était une chouette maison

Vers les routes du ciel où l’Irlande est si belle

Où les murets le soir ourlent de noire dentelle

Des parcelles de tourbières et de joncs

Faut passer par un chemin à péter un essieu

Où l’on peut voir les nuages courir dans les flaques d’eau

Et tout au bout les îles vous en mettent plein les yeux

Les longs sables d’Omey et les cornes de Cruagh

REFRAIN:

Chérissons les instants qui se meurent aussitôt

Et qu’on ne reverra plus jamais

Chérissons les instants qui se meurent aussitôt

Et qu’on ne retrouvera qu’au cimetière des photos

C’était une chouette maison où j’entendais la nuit

Les camions fous du vent rugir au dessus de mon lit

Et le lendemain je r’gardais la cavalerie charger

Crinières blanches à l’assaut des rochers

Crépitements de la pluie en rafales de tambour

Dans l’odeur de la tourbe j’écrivais tout le jour

Et l’samedi quand j’allais chez Terry faire le plein

Au milieu de tout ce monde je me croyais à Dublin

REFRAIN:

Chérissons les instants qui se meurent aussitôt

Et qu’on ne reverra plus jamais

Chérissons les instants qui se meurent aussitôt

Et qu’on ne retrouvera qu’au cimetière des photos

Et l’matin du départ, le ciel était tout clair

Sur le chemin je voyais Achill, Bofin et Clare

Un jeune soleil tout propre empoudrait les sommets

Et les flots du Streamstown s’enflammaient

J’y suis retourné souvent pour d’autres grands bonheurs

J’ai des amis là-bas, j’leur ai laissé mon coeur

Oui mais la dernière fois, j’étais un peu perdu

Quand mes amis m’ont dit: « La maison est vendue »

REFRAIN:

Chérissons les instants qui se meurent aussitôt

Et qu’on ne reverra plus jamais

Chérissons les instants qui se meurent aussitôt

Et qu’on ne retrouvera qu’au cimetière des photos…

        Image de prévisualisation YouTube

      Gilles Servat interprète La maison d’Irlande lors du spectacle-événement Bretagnes à Bercy en mars 1999…

    … et bonne humeur!

LES FILLES D’IRLANDE (Paroles: Tri Yann, 2001/ Musique: Henry Purcell)

    C’est sur une note de bonne humeur que je clôture cet article-hommage à la verte Erin… En 2001, sur Le Pélégrin, leur magistral album des 30 ans de carrière, nos amis les Tri Yann ont célébré gaillardement les filles et femmes d’Irlande, avec cette composition joyeuse et friponne sur une mélodie virevoltante du compositeur Henry Purcell. Jusqu’en 2007, Les filles d’Irlande figuraient en bonne place sur la set list des concerts, avant de passer à la trappe à partir de la tournée d’Abysses. J’avoue que cette chanson me manque un peu, parce que c’est un titre vraiment taillé sur mesure pour la scène! :)

PAROLES:

Les filles de Galway ont lèvres de miel,

Douces et rouges comme guigne au soleil,

Au soleil, au soleil,

Les filles de Galway ont lèvres de miel (bis)

Les filles de Clonmel faut voir quand elles dansent,

Les anges du ciel frappent la cadence,

Quand elles dansent, quand elles dansent,

Les anges du ciel frappent la cadence (bis).

Les filles de Clare ont le teint si pâle

Que claire est la pluie et clair le cristal,

Teint si pâle, teint si pâle,

Que claire est la pluie et clair le cristal (bis)

Les filles de Cavan sous leurs capes blanches,

On voit leurs dentelles quand elles se déhanchent,

Capes blanches, capes blanches,

On voit leurs dentelles quand elles se déhanchent (bis).

Les filles de Cork ont le diable au corps,

Tu damnerais ton âme pour qu’elles t’aiment encore,

Diable au corps, diable au corps,

Tu damnerais ton âme pour qu’elles t’aiment encore (bis).

        Image de prévisualisation YouTube

      Tri Yann célèbre avec fougue Les filles d’Irlande sur la scène de l’Espace Marine, au FIL 2003 (extrait du DVD Les Racines du futur)… :)

    Je dédie cet article à ma « soeur jumelle du Web » et fidèle lectrice Lucile, et je la remercie pour ses précieux conseils, en particulier sur les morceaux à caractère historique… :) ;)



Hommage: Tu vois, je pense aux Acadiens…

    Dans la foulée de mon article sur La Virée, et parce que j’éprouve le besoin d’exorciser l’émotion très forte que j’ai ressentie à l’écoute de l’une des plus sublimes complaintes du répertoire de cette région, j’ai décidé de rester un peu en Acadie, et de me pencher d’un peu plus près sur certains « chants de la mémoire », qui relatent l’histoire tourmentée de la province…

    Petite leçon d’Histoire-géo accélérée: L’Acadie, en clair, qu’est-ce que c’est? L’Acadie, c’est une région nord-américaine majoritairement francophone morcelée, sans véritable frontière. On y inclut communément les quatre principales provinces du Canada Atlantique, à savoir le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Ecosse, l’Île du Prince Edouard, et Terre-Neuve-et-Labrador. Outre ces quatre-là, des communautés de la diaspora acadienne se situent également au Québec, dans les Etats américains du Maine et de Louisiane, en Gaspésie, aux Îles de la Madeleine ou aux Îles Malouines. Entrer dans les détails serait trop compliqué, mais les historiens distinguent « l’Acadie historique » et l’Acadie « généalogique », . L’Acadie dite « historique », colonie de la Nouvelle-France, a été fondée en 1604. De par sa position stratégique entre Canada et Nouvelle-Angleterre, l’Acadie subira les conséquences de nombreux conflits, de guerres civiles en attaques anglaises. A partir de 1710, les Anglais entreprennent de conquérir l’Acadie, et seront appuyés en ce sens en 1713 par le Traité d’Utrecht, bien que la France garde « dans les faits » le contrôle du territoire. Mais les Acadiens refusent de prêter allégeance à la couronne anglaise. En riposte à cette insoumission a lieu la Déportation des Acadiens, entre 1755 et 1763: une grande partie de la population est déportée vers les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et ailleurs, et exilée. Cet épisode douloureux, véritable traumatisme d’un peuple, restera dans les mémoires sous le nom de « Grand Dérangement ». Il est à l’origine de l’éclatement de la diaspora acadienne.

    Qu’en reste-t-il aujourd’hui? Des poèmes, « chants de la mémoire », des « chants du souvenir acadien », composés par des artistes acadiens ou bretons. Certains sont bouleversants d’émotion… En voici quelques exemples…

EVANGELINE (Paroles et musique: Michel Conte, 1971)

    Inspirée d’un long poème épique écrit au XIXème siècle par l’américain Henry Wadsworth Longfellow, Evangéline est une sublime complainte composée par Michel Conte en 1971. La chanson fut popularisée par Isabelle Pierre. Suivirent plusieurs autres interprètes, notamment Marie-Jo Thério, Lyne Lapierre, Marie Williams, Annie Blanchard, ou encore Elisabeth Milot (du groupe Prenez Garde!). Evangéline est bien plus qu’une simple chanson: c’est le symbole de tout un peuple exilé! Elle raconte l’histoire dramatique de deux fiancés, Evangéline et Gabriel, séparés lors du Grand Dérangement de 1755 et déportés aux Etats-Unis. Pendant de nombreuses années, Evangéline n’aura de cesse de rechercher son amant dans toute l’Amérique. Mais malgré les épreuves, loin de son pays et de son bien-aimé, la jeune femme trouve la force de continuer à vivre, et devient infirmière dans un hospice. Bien des années après, elle retrouve Gabriel, devenu un vieillard, parmi les malades, et il meurt dans ses bras… Quand j’ai écouté la chanson pour la première fois, j’avais la chair de poule et, arrivée au couplet sur les retrouvailles des amants et la mort de Gabriel dans les bras de sa bien-aimé, je sentais les larmes ruisseler sur mes joues, sans que je puisse les contrôler, et sans que je cherche a les contrôler, tant j’avais été bouleversée… :(   :(   :(   C’est d’ailleurs cette forte émotion, dont j’avais besoin de me purger, qui est à l’origine de cet article… Cette complainte magnifique, incontestablement l’un des plus beaux titres du répertoire acadien, peut-être interprétée littéralement comme une chanson d’amour, mais aussi, plus profondément, comme un formidable message d’espoir. Acadien ou non, comment ne pas être touché au plus profond par le symbole que véhicule Evangéline?… En voici une analyse:

    « L’amour pur et fidèle qu’éprouve Évangéline pour Gabriel symbolise la confiance éternelle, sentiment que de nombreux groupes sociaux peuvent éprouver. Lorsqu’ils ressentent cette confiance, ils voient alors poindre une lueur d’espoir dans les ténèbres de l’intolérance et du rejet. Évangéline est porteuse d’un message à la fois mythique et métaphorique, du flambeau de l’amour et de l’espoir éternels, non seulement pour les descendants directs des Acadiens victimes de la Déportation, mais pour ceux et celles qui cherchent désespérément un sens à une existence vide. Il s’agit d’une fonction très importante du mythe. Aux yeux de milliers de gens, Évangéline est l’image de l’émotion qu’elle incarne, un périple difficile à travers les joies et les peines de l’existence, donnant un sens au grand voyage qu’est la vie. » *

    * Cette analyse est issue de l’article Wikipédia consacré à Evangéline: http://fr.wikipedia.org/wiki/Evang%C3%A9line

    Passons maintenant à la chanson proprement dite…

PAROLES:

Les étoiles étaient dans le ciel

Toi dans les bras de Gabriel

Il faisait beau, c’était dimanche

Les cloches allaient bientôt sonner

Et tu allais te marier

Dans ta première robe blanche

L’automne était bien commencé

Les troupeaux étaient tous rentrés

Et parties toutes les sarcelles

Et le soir au son du violon

Les filles et surtout les garçons

T’auraient dit que tu étais belle

Evangéline, Evangéline

Mais les Anglais sont arrivés

Dans l’église ils ont enfermé

Tous les hommes de ton village

Et les femmes ont dû passer

Avec les enfants qui pleuraient

Toute la nuit sur le rivage

Au matin ils ont embarqué

Gabriel sur un grand voilier

Sans un adieu, sans un sourire

Et toute seule sur le quai

Tu as essayé de prier

Mais tu n’avais plus rien à dire

Evangéline, Evangéline

Alors pendant plus de vingt ans

Tu as recherché ton amant

A travers toute l’Amérique

Dans les plaines et les vallons

Chaque vent murmurait son nom

Comme la plus jolie musique

Même si ton coeur était mort

Ton amour grandissait plus fort

Dans le souvenir et l’absence

Il était toutes tes pensées

Et chaque jour il fleurissait

Dans le grand jardin du silence

Evangéline, Evangéline

Tu vécus dans le seul désir

De soulager et de guérir

Ceux qui souffraient plus que toi-même

Tu appris qu’au bout des chagrins

On trouve toujours un chemin

Qui mène à celui qui nous aime

Ainsi un dimanche matin

Tu entendis dans le lointain

Les carillons de ton village

Et soudain alors tu compris

Que tes épreuves étaient finies

Ainsi que le très long voyage

Evangéline, Evangéline

Devant toi était étendu

Sur un grabat un inconnu

Un vieillard mourant de faiblesse

Dans la lumière du matin

Son visage sembla soudain

Prendre les traits de sa jeunesse

Gabriel mourut dans tes bras

Sur sa bouche tu déposas

Un baiser long comme ta vie

Il faut avoir beaucoup aimé

Pour pouvoir encore trouver

La force de dire merci

Evangéline, Evangéline…

Il existe encore aujourd’hui

Des gens qui vivent dans ton pays

Et qui de ton nom se souviennent

Car l’océan parle de toi

Les vents du sud portent ta voix

De la forêt jusqu’à la plaine

Ton nom, c’est plus que l’Acadie

Plus que l’espoir d’une patrie

Ton nom dépasse les frontières

Ton nom c’est le nom de tous ceux

Qui malgré qu’ils soient malheureux

Croient en l’amour et qui espèrent

Evangéline, Evangéline, Evangéline, Evangéline…

        Image de prévisualisation YouTube

    La version de Marie-Jo Thério… Je vous défie bien d’écouter cette complainte sans sortir la boîte de Kleenex! Je dois préciser qu’Evangéline est l’une des trois seules chansons (avec Lancastria de Tri Yann et Adieu monsieur le professeur d’Hugues Aufray) qui aient réussi à me faire pleurer jusqu’à aujourd’hui. C’est dire…

GRAND-PRE (Paroles et musique: Angèle Arsenault, 1994)

    Grand-Pré est un village de Nouvelle-Ecosse fondé en 1682. Longtemps négligé par le gouvernement colonial, car situé trop loin de Port-Royal, il tomba sous la domination des Britanniques en 1713. Il retourna brièvement sous contrôle des Français après la Bataille de Grand-Pré en 1747. C’est à Grand-Pré que fut menée la plus vaste opération de déportation lors du Grand Dérangement de 1755. Le site est aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

    Grand-Pré, c’est également une émouvante chanson composée par Angèle Arsenault en 1994. Cette chanson est un véritable manifeste de l’identité acadienne telle qu’on la définit, avec en plus un bel hommage aux racines françaises de la diaspora acadienne actuelle… Alors qu’Evangéline était, au-delà de l’amour, une exaltation de l’espoir en bout de course, Grand-Pré est empreinte d’un incroyable  et touchant positivisme. Elle est la voix des descendants des exilés, fiers de leur héritage, qui clament haut et fort que la mémoire de leur peuple se perpétuera, et que toujours l’Acadie s’exprimera… La chanson fut interprétée par Angèle Arsenault elle-même, Sandra Le Couteur (chanteuse originaire de l’Île Miscou), ou encore par le collectif Ode à l’Acadie…

PAROLES:

On porte toujours en soi un peu de son pays

Et moi je n’oublie pas que je suis d’Acadie

Si mon histoire est triste, ce n’est pas votre faute

Mais soyons des artistes, écrivons-en une autre

Qui sera bien plus belle, beaucoup moins dramatique

Avec des arcs-en-ciel, d’la danse et d’la musique

A partir d’aujourd’hui, bâtissons l’avenir

En gardant du passé nos plus beaux souvenirs

Grand-Pré, c’est là que tout a commencé

Grand-Pré, c’est là que nous avions rêvé

Grand-Pré, de bâtir un monde nouveau

A l’abri des tempêtes, au bord de l’eau

Grand-Pré, c’était un peu le paradis

Grand-Pré, les Indiens étaient nos amis

Grand-Pré, à l’abri des arbres géants

Dans le Bassin des Mines, à l’origine

Du nouveau continent

Non, ils ne sont pas venus, les soldats, c’est pas vrai

Car dans la petite église, tous les hommes priaient

Les femmes à la maison préparaient le fricot

Les enfants dans les champs surveillaient les troupeaux

Non, elle n’est pas venue, la si terrible guerre

Qui déchire les familles et crée tant de frontières

Si c’est ça mon histoire, je refuse d’y croire

Je préfère oublier ce qui est arrivé

Grand-Pré, tout un peuple qu’on a déporté

Grand-Pré, une page d’histoire qu’on a déchirée

Grand-Pré, les maisons, les fermes brûlées

Tout c’qu’on avait bâti s’est effondré

Grand-Pré, où sont les Leblanc, les Légère

Sont-ils en Louisiane ou à Belle-Île-en-Mer?

Grand-Pré, comment faire pour garder l’espoir

Allons-nous nous revoir, comment savoir

Où se trouve l’Acadie

Dans les prisons de Londres et dans le port de Nantes

Pendant de longues années, ils vécurent dans l’attente

De pouvoir retourner chez eux en Amérique

On les a bien nommés, les piétons de l’Atlantique

Ces braves paysans qui venaient du Poitou

Du Berry, d’la Touraine, d’la Bretagne, de l’Anjou

Ils avaient tout quitté pour un peu d’liberté

On les a condamnés à vivre en exilés

Grand-Pré, je ne veux pas vous faire pleurer

Grand-Pré, mais je ne peux pas oublier

Grand-Pré, que mes ancêtres étaient Français

Et tout ce qu’ils voulaient c’était vivre en paix

Grand-Pré, nous n’étions que quelques milliers

Grand-Pré, nous n’avons pas abandonné

Grand-Pré, aujourd’hui nous pouvons rêver

Trois millions d’Acadiens et d’Acadiennes continuent à chanter

Nous avons survécu

Nous sommes les invaincus

Nous nous sommes relevés

Nous avons triomphé

Nous connaissons la guerre

La faim et la misère

Mais nous n’avons ni frontière

Ni haine, ni regard en arrière

Nous marchons droit devant

Vers le soleil levant

Fiers de notre héritage

Parlant notre langage

Marchant à notre pas

Chantant Alléluia

Enfants de l’Acadie

Notre histoire nous a grandis

Notre histoire n’est pas finie

        Image de prévisualisation YouTube

    Grand-Pré, superbement interprété par Ode à l’Acadie… Ode à l’Acadie est un collectif de sept jeunes musiciens acadiens, formé en 2004 au Festival acadien de Caraquet à l’occasion du 400ème anniversaire de la fondation de l’Acadie. Le groupe ne devait au départ être qu’éphémère, mais le succès fut tel que l’aventure se prolongea jusqu’en 2010, et que le collectif développa plusieurs spectacles. Ode à l’Acadie se composait des musiciens suivants: Isabelle Thériault, Monique Poirier, Louise Vautour, Patricia Richard, Christian Kit Goguen, Nicolas Basque et François Emond.

ENTRE BELLE-ÎLE ET NANTES (Paroles et musique: Suroît, 2002)

    Tout comme Grand-Pré le faisait de manière subtile, la chanson Entre Belle-Île et Nantes de Suroît, enregistrée en 2002 sur le magnifique album Prends le temps (le meilleur album du groupe, selon moi), célèbre l’amitié indéfectible et le profond sentiment de fraternité qui unit les descendants des Acadiens exilés avec les bretons, plus particulièrement les habitants de Belle-Île-en-Mer. Car beaucoup d’Acadiens déportés trouvèrent à Belle-Île une terre d’accueil et un peuple d’adoption. Le groupe madelinot (qui est à l’Acadie ce que Tri Yann est à la Bretagne) rend donc par le biais de cette chanson un superbe et vibrant hommage à la Bretagne. Et c’est toujours très émouvant de l’entendre chantée à Lorient (comme ci-dessous), car ce titre a, au FIL, une résonnance toute particulière…

PAROLES:

1. J’suis parti sur la côte

Un matin de septembre

Prévenant bien mes hôtes

Qu’il fallait pas m’attendre

Est-ce le cri de ma race

Tous ces bruits qui me hantent?

Je veux suivre leurs traces

Entre Belle-Île et Nantes

2. Quais de la Trinité

Voiliers du Morbihan

Buvons à l’amitié

A mes frères de sang

De bistrots en cafés

Ceux avec qui je chante

Le verre il faut lever

Entre Belle-Île et Nantes

3. De la Côte Sauvage

A la Côte de Jade

C’est à grandes rasades

Que je rends mes hommages

A toutes ces femmes fières

A ces belles amantes

Comme un parfum de mer

Entre Belle-Île et Nantes

4. De mon pays d’hiver

Quand je pense à la France

Vogue vent d’outre-mer

Sur mes itinérances

Puis comme un vieux refrain

Mélodie apaisante

Je refais le chemin

Entre Belle-Île et Nantes…

        Image de prévisualisation YouTube

    Suroît interprétant Entre Belle-Île et Nantes sur la scène du Pavillon de l’Acadie, au FIL 2013.

JE PENSE A TOI, JE PENSE AUX TIENS (Paroles et musique: Gilles Servat, 2011)

    Dernière chanson-hommage de cette playlist, dans la veine d’Entre Belle-Île et Nantes… Alors que les précédentes ont été composées par des artistes acadiens, là c’est l’inverse. C’est Gilles Servat, ardent défenseur de l’interceltisme et poète de la Bretagne militante, qui a écrit la chanson qui suit, laquelle a été enregistrée sur son dernier album, Ailes et îles, en 2011… Je pense à toi, je pense aux tiens, dédiée à son ami Roland Gauvin, grande voix acadienne rencontrée au FIL, est un hommage touchant aux familles acadiennes chassées de leur pays et réfugiées à Belle-Île, où elles furent accueillies à bras ouverts… Je m’excuse d’avance de ne pas pouvoir vous mettre d’extrait pour celle-ci. J’espère que la beauté des paroles se suffira à elle-même pour vous interpeller… :)

PAROLES:

1. J’écris ces vers

Plage de Pozh Gwenn à Hoëdic

En pleine mer

Entre Quiberon et Le Croisic

2. Dans le parfum des immortelles

Hoëdic dénude sa poitrine

Et plus encore dévoile-t-elle

Sous toison de criste-marine

Blanche faucille tranchant la mer

Porzh Gwenn gerbe les laminaires

Sur sa lame je viens m’asseoir

Pour voir Belle-Île dans le soir

Je pense à toi, je pense aux tiens

3. L’Île de Houat, à droite, étale

Falaises sombres et sable pâle

Mutuel écrin obscur et clair

L’autre par l’un aux yeux offert

Droit devant moi l’Île aux Chevaux

Mène au vent ses poulains jumeaux

Dans la prairie que moutons tordent

Et talus de Belle-Île borde

Je pense à toi, je pense aux tiens

4. La banquise au ciel se fissure

La clarté par ces déchirures

Dans le gris trace des couloirs

Pour nous éblouir de sa gloire

Sous le triomphe de ses rayures

Passe un trois-mâts tribord armures

Ce bateau quel nom portait-il

Qui mena les tiens vers Belle-Île?

Tu vois je pense aux Acadiens *

5. Après l’ombre vient la lumière

Déjà je cligne les paupières

En regardant Kasperankiz

Dans l’or que les flots réfléchissent

Et dans le beau temps qui se lève

Le dieu du soir m’envoie un rêve

A Belle-Île un jour toi et moi

Nous irons pour joindre nos voix

Je pense à toi, je pense aux tiens

Je pense aux tiens, je pense à toi…

    * Tu vois je pense aux Acadiens: vous l’aurez compris, c’est cette phrase de la chanson de Gilles Servat qui m’a inspiré le titre de cet article…

    BONUX: Histoire de finir cet hommage de façon endiablée… Voici un extrait d’un concert un peu particulier: l’ouverture du show Acadie authentique à l’Espace Marine, lors de la Grande Nuit de l’Acadie au FIL 2012. Ce show, qui faisait sa grande première à Lorient, a pour but de démontrer le rayonnement et la vitalité de la musique acadienne, à travers ses nombreuses formes d’expression possible: les violons solistes, le folk-rock celtique, la chanson variétés, le conte… Il rassemble de nombreux artistes, aussi divers que Dominique Dupuis, Louise Vautour, Monique Poirier, Sandra Le Couteur, La Virée, Lisa Leblanc, Patricia Richard, Fayo, Joseph Edgar, George Belliveau, Jac Gautreau,  Dominique Bréau, Isabelle Thériault, ou encore Roch Voisine en guest spéciale (en plus de participer au spectacle, le chanteur, originaire d’Edmunston, était également présent en tant que parrain du prochain Congrès mondial acadien, qui se tiendra en août 2014, dans « l’Acadie des Terres et des Forêts »).

    L’ouverture du show démarre avec le traditionnel Les gens de par chez nous, et se poursuit par un set de reels décoiffants.

    Précisions à toutes fins utiles, le quintet de violonistes qui insuffle toute son énergie à ce set de reels, et qui sert de base musicale à plusieurs morceaux du show, est composé, de gauche à droite, de George Belliveau, Marie-Andrée Gaudet (de Prenez Garde!), Louise Vautour, Dominique Dupuis, et Théo Brideau (de La Virée). L’orchestre « maison », quant à lui, comprend notamment Isabelle Thériault (qui est également chargée de la direction artistique), Christian Kit Goguen, Chris Wheaton, Christien Belliveau, ou encore Sébastien Michaud.

        Image de prévisualisation YouTube

    Bonne écoute, et puissiez-vous, je l’espère avec cet article, avoir une pensée, même une toute petite, pour les cousins acadiens…



La Virée: Bayous d’Acadie (2012)

La Virée: Bayous d'Acadie (2012) dans Acadie bayou-dacadie3-300x271

 Track-list:

1. L’Alexandra

2. Levons nos verres

3. Morning Doobie/ Morning Dew

4. Quand c’qu’on était moins vieux

5. La courte paille/ Irish Washerwomen

6. Une vieille guitare/ Fisher’s Hornpipe

7. Bayous d’Acadie

8. Sherbrooke/ Ronfleuse gobeille

9. Dance Crash (Grand Nuit Special)

10. Cukoo’s Nest/ First Flight

11. Père capucin

    Houlà, je n’ai plus écrit de chroniques de disques depuis plus de six mois, j’espère ne pas être trop rouillée à l’exercice! Quoi qu’il en soit, jusqu’à maintenant, j’ai essentiellement écrit des chroniques 100 % bretonnes. Puisque je suis une ardente défenseuse de l’interceltisme en plus d’être une adoratrice de la musique bretonne, j’ai décidé de déroger un peu à mon habitude, et de me focaliser sur un coin de pays qui occupe depuis bientôt dix ans une place à part dans la grande famille des nations et diasporas celtiques, tout comme il a une place à part dans le coeur des festivaliers lorientais: l’Acadie!

    Nous aurons l’occasion de revenir plus tard sur l’histoire tourmentée de la province, sur la tristement célèbre Déportation des Acadiens de 1755 (appelée « le Grand Dérangement »), ainsi que sur les liens tissés entre l’Acadie et le FIL. Pour l’heure, j’en viens directement à la Musique, la musique si attachante de cette région: souvent touchante, toujours festive, vivifiante et énergisante, au carrefour de multiples cultures et sonorités (de l’Irlande au Québec, de Bretagne jusqu’en Louisiane…), la musique acadienne est une institution à part entière, et ne laisse jamais aucun auditeur indifférent! L’Acadie est une véritable pépinière de talents en perpétuel renouvellement, qui comporte aussi bien de vieux chênes solidement enracinés dans le paysage musical (Suroît, Roland Gauvin, 1755…) que de jeunes pousses émergentes très prometteuses (Dominique Dupuis, Caroline Savoie, le groupe Prenez Garde!…). Le groupe La Virée, fondé en 2001, est l’un des fers de lance de la « nouvelle scène acadienne ».

    Le nom de La Virée ne vous évoquera probablement pas grand’chose au premier abord. Et pourtant… Le groupe a, depuis douze ans, fait swinguer, virer et chavirer des dizaines de milliers de spectateurs. Il a en France un fan-club bien établi, et c’est surtout au FIL, où il est très régulièrement invité, que ses fans français se comptent en plus grand nombre. Les membres de La Virée, toujours plébiscités par les festivaliers, font un tabac monstre à chacune de leurs prestations, sur toutes les scènes où ils ont le bonheur de jouer, qu’il s’agisse du Pavillon acadien, de l’Espace Marine ou du Port de pêche! De l’avis général, parmi tous les groupes acadiens invités, ils remportent la palme de l’ambiance. Car mettre le feu aux planches, ils savent y faire! :) J’ai découvert La Virée il y a cinq ans, lors de la cotriade d’ouverture du FIL 2008. D’emblée, sidérée par leur bougeotte, leur bonne humeur et l’énergie folle de leur musique, j’ai été conquise, à l’instar de tous les convives ce soir-là! Des forêts de bras se sont levés dans la criée, je vous garantis que la soupe a eu le temps de refroidir dans les assiettes. Le coup de coeur a été unanime pour toute la famille. Dans un premier temps, principalement pour mon père, qui a toujours adoré la musique acadienne depuis nos débuts au FIL. Pour moi, ça s’est fait plus progressivement. A l’époque où nous les avons découverts, j’étais surtout très fan de leurs compatriotes de Suroît (et je le suis toujours). Petit à petit, j’ai apprécié La Virée, à l’univers différent de celui de Suroît, mais pourtant si proche… Ensuite, au FIL des années (oups), plus je revoyais le groupe et plus je l’aimais. Et cette année, 2013, je suis définitivement devenue fan.

    Je crois que des présentations s’imposent… Pour faire court, et pour être directe, La Virée c’est une quintette de beaux mecs, qui, en concert, envoient du steak! LOL ;) Pour parler de façon un peu plus raffinée, La Virée, ce sont cinq musiciens accomplis, à la fougue contagieuse: tout d’abord, Eric Haché, fondateur du groupe, auteur, compositeur, chanteur principal, guitariste et capitaine du vaisseau La Virée (« celui qui signe nos chèques » comme le présentaient ses compères pour le taquiner); le beau Théo Brideau, l’un des meilleurs violonistes d’Acadie, aussi talentueux que séduisant, ce qui n’est pas peu dire! ;) En plus d’être violoniste, il est aussi un podorythmiste, mandoliniste et arrangeur chevronné; le guitariste Denis Surette, qui apporte une empreinte plus rock au son de La Virée; à ce trio de tête viennent s’ajouter Stéphane Basque, batteur et complice de la première heure, et le jeune bassiste (et multi-instrumentiste) Sébastien Michaud, qui a rejoint le groupe en 2012.

    En douze ans de carrière, La Virée a publié trois albums et un EP: L’Ordre du bon temps en 2005, 1, 2, 3, Go! en 2007, l’EP Levons nos verres en 2010, enregistré tout spécialement pour les 40 ans du Festival Interceltique de Lorient et sorti uniquement en France, rien que pour nous autres (na!); et enfin, le troisième et dernier album en date, Bayous d’Acadie, en 2012. Le FIL 2012 ayant pour invité d’honneur l’Acadie (huit ans après la grande première), le groupe, distribué par Coop Breizh depuis peu chez nous, a profité de cette opportunité musicale et médiatique pour lancer officiellement l’album en France. C’est sur ce dernier opus que porte ma chronique. Je peux même dire que j’en possède un exemplaire en provenance directe d’Acadie, sans intermédiaire, puisque c’est à la boutique du Pavillon acadien, après une presta du groupe, que je l’ai acheté. Les musiciens, toujours ravis de pouvoir « jaser » à leur public, me l’ont dédicacé bien volontiers et se sont montrés très sympas et abordables, entre remerciements, petits mots gentils et sourires charmeurs… ;) J’ai dans les premiers temps écouté Bayous d’Acadie un peu en pointillés, avant de le laisser de côté. Puis je m’y suis remise au moment du FIL 2013. Pour la circonstance, nos p’tits gars de La Virée étaient de retour au Pavillon, et je suis allée les applaudir à trois de leurs prestations en l’espace de six jours! Pas mal, non? ;) A l’occasion de ces sets d’après-midi, qui duraient environ une demie-heure, ils jouaient essentiellement des titres issus de Bayous d’Acadie. J’ai pu redécouvrir et savourer pleinement des morceaux entendus l’année passée. J’ai donc ressorti l’album de mon étagère… Depuis le dernier FIL, je n’ai de cesse de l’écouter en boucle, tant je le trouve excellent! Et le fait est: il EST excellent!

    Constitué de onze pièces (titres) brillantes, tantôt enjouées, nostalgiques ou drôles, Bayous d’Acadie est pour La Virée l’album de la maturité. Les compositions, pour la plupart signées Eric Haché, sont inspirées et percutantes, les airs traditionnels, qu’ils soient acadiens, irlandais ou bretons, sont adaptés avec brio, et les influences d’excellents musiciens qui ont rejoint, au fil des années, les rangs du groupe s’y font particulièrement sentir (surtout celle de Théo Brideau aux arrangements traditionnels). Léger, festif, euphorisant, vivifiant… Les qualificatifs ne manquent pas pour ce disque. Comme l’a dit ma fidèle lectrice à qui je l’ai fait découvrir, Bayous d’Acadie ;) , c’est des bulles de champagne en musique! Loin des sonorités plus acoustiques des débuts, ici ils nous livrent un vrai folk-rock celtique pointu. Dans sa formation actuelle, La Virée semble avoir atteint le meilleur de son potentiel, cet album en est le témoin flamboyant: pendant 40 minutes, c’est à de la musique de très haut niveau que nous avons affaire! Et surtout, je crois qu’il est bien à l’image du groupe, et du sentiment qu’incarne la musique acadienne: la Joie! En dignes apôtres de « l’ordre du bon temps », au gré de textes simples, mais qui respirent l’authenticité, les cinq musiciens de La Virée y prônent le partage, l’importance de l’instant présent, le sens du collectif, la joie de vivre, les plaisirs simples, les moments passés avec les amis autour d’une bonne bouteille… Bref, toutes ces choses si naturelles, si évidentes, tellement fondamentales, mais qui nous font si cruellement défaut, à l’heure où l’individualisme de plus en plus prononcé se dispute à la morosité ambiante. Ils nous invitent à « lever nos verres », à « en prendre une bonne gorgée ». Inutile de me faire prier, j’en prends de belles gorgées. Avec délices… Et c’est parce que je me retrouve dans un grand nombre de valeurs défendues dans cet album que c’est une musique qui me fait énormément de bien.

    Dès le premier titre, le ton est donné. Quelques notes ensoleillées de mandoline, un texte et une mélodie remplis d’allégresse, et nous sommes invités à embarquer avec La Virée à bord de L’Alexandra, un bateau prodigieux où règne la fête. Les titres suivants ne déméritent pas face à cette introduction prometteuse, très loin de là!

    L’univers marin, la Bretagne et le FIL les inspirent, et ont influé sur leur musique, nos cinq joyeux drilles ne s’en cachent pas. Le premier et meilleur exemple de cette facette de leur univers musical, c’est indiscutablement Levons nos verres, titre porteur de l’album, inspiré directement de leur expérience du FIL et des rencontres qu’ils ont faites à cette occasion. Il s’agit d’une chanson à boire un peu spéciale, une chanson à la santé « de tous ceux qui nous ont quitté », pour penser à nos morts avec respect. Mais ce n’est pas pour autant une pièce triste. Bien au contraire… C’est un véritable hymne à la vie,  »à cette vie qui nous est si chère ». Des riffs de guitare électrique très rock, une batterie entêtante, un violon joyeux, une chanson percutante, qui met les mots justes sur ce genre de choses sans aucun pathos, à laquelle on ne peut que souscrire, plus une cornemuse ajoutée à l’ensemble qui ne rend le morceau que plus entraînant encore (c’est le sonneur breton Jean-Luc Guegan, du bagad du Faouët, rencontré au FIL, qui officie. Grâce à « la magie de l’Internet », comme l’expliquait Eric Haché pendant les concerts, il a pu apporter sa contribution à l’album)… Telle est la recette de cette pièce absolument jubilatoire, véritable tube en puissance qui, sans surprise, a été choisi pour la promotion du disque et la radiodiffusion au Canada. Lors du dernier FIL, ils l’ont joué à chacune de leurs prestations: une TUERIE! Le deuxième exemple de leurs inspirations bretonnes, c’est La courte paille (enchaînée avec le reel enjoué Irish Washerwomen). Les chants de marins bretons vont très bien à La Virée, comme le prouvait leur reprise très réussie des Marins de Groix sur l’album 1,2,3, Go!. Du même acabit d’un point de vue qualité, La courte paille reprend une trame similaire à celle du chant de marins Trois matelots du port de Brest. Les paroles en sont accrocheuses et très faciles à retenir. Côté mélodie, il nous faut noter la participation amicale d’Henri-Paul Bénard (le leader de Suroît) à la vielle à roue. L’un des nombreux excellents morceaux de Bayous d’Acadie

    Les titres Quand c’qu’on était moins vieux et Une vieille guitare se démarquent également par leur côté mélancolique. Ce sont les deux titres les plus « authentiques » de l’album. Quand c’qu’on était moins vieux joue à fond la carte de la nostalgie, et ça me touche… Mais de ces deux pièces, celle qui remporte le plus mon suffrage, c’est Une vieille guitare, sans l’ombre d’un doute! Egalement nostalgique, mais d’une connotation un tantinet plus joyeuse que Quand c’qu’on était moins vieux, Une vieille guitare, qui bénéficie d’un texte superbe, se présente comme une sorte d’apologie de tous les bons moments passés entre amis, dans notre « petit paradis », et le refrain distille une délicieuse ambiance colonie de vacances qui ne peut laisser insensible: « Y a rien de mieux qu’une vieille guitare/Un beau p’tit feu pis un violon/Ca dérange pas même s’il est tard/Y reste la braise pis les chansons/On va timer toute la soirée/A jouer des reels, des rigodons/Ca dérange pas même s’il est tard/Y reste la braise pis les chansons… »  En fait, je crois que si Une vieille guitare m’émeut aussi profondément, c’est parce que cette chanson, c’est tout moi, et tout particulièrement le dernier couplet… Moi aussi, pendant mes quatre années d’études, je n’attendais que de pouvoir revenir dans mon paradis pour les vacances, même si je savais que je n’y étais que de passage, et prendre enfin le temps de vivre… Je pense que tout le monde peut s’y identifier, car les paroles ont une portée universelle. Jugez plutôt: « Les vacances tirent à leur fin/ Demain faudra repartir au loin/ Faut ben s’en aller pour travailler/ Pour chômer ou ben pour étudier/ Attendre que l’hiver passe/ Pour que l’été r’fasse surface/ On doit tourner la page, nous n’étions que d’passage/Attendre que l’hiver passe/ Pour que l’été r’fasse surface/ Dans notre p’tit paradis nous n’étions que de passage… » Tout est dit! Merci à La Virée de nous prodiguer ce pur moment d’émotion (qui se clôt, histoire de compléter notre plaisir, sur un hornpipe endiablé)! :) L’une de mes préférées parmi toutes les excellentes pièces que compte l’album, si ce n’est MA préférée…

    En revanche, j’adhère beaucoup moins à la pièce-titre du disque, Bayous d’Acadie. Il faut dire que cette chanson tranche radicalement avec les autres: on bascule dans des sonorités cajuns qui par certains côtés se rapprochent du blues, dans les influences de Louisiane, dans la musique du bayou pure et dure. C’est vraiment un genre très particulier, et personnellement, ça ne me parle pas… Même si, par ailleurs, le texte interpelle par sa justesse (la plainte d’un acadien déraciné). Sur l’ensemble de l’album, Bayous d’Acadie est le seul titre que je ne parviens pas à véritablement apprécier. Du registre de la plainte également, mais plus enthousiasmant d’un point de vue musical et beaucoup plus drôle, nous pouvons relever Dance Crash (Grande Nuit Special). Dans ce morceau à l’instrumentation rock échevelée et au texte archi-simpliste (ce qui ne rend le titre que plus rigolo encore), La Virée nous relate une histoire tragicomique: une chicane de couple! Pour raconter des scènes de ménages et des chicanes sur un ton comique et divertissant, les musiciens acadiens sont décidément très forts… ;)

    Intéressons-nous à présent aux pièces instrumentales… Elles sont au nombre de trois, et sont tout aussi qualitatives les unes que les autres. La première et meilleure d’entre elles est Morning Doobie/ Morning Dew, incontestablement la pièce la plus « virtuose » de l’album, chansons et instrumentaux confondus! Ce reel traditionnel irlandais, clairement scindé en deux parties fait la part belle au violon. C’est vraiment LE morceau de Théo Brideau, arrangé par ses soins et joué par lui-même. La mélodie est hyper-entraînante, et à cette occasion, le beau violoniste nous offre une éclatante démonstration de son talent, à grands coups d’archet, et de talons! (quel que soit le groupe qui en fait l’usage, j’avoue avoir un petit faible pour la podorythmie, cette technique percussive des pieds, telllement typique du Québec et de l’Acadie ;) ). Dans la lignée de Morning Doobie, Sherbrooke/ Ronfleuse gobeille est lui aussi très bon. Quant à Cukoo’s Nest/First Flight, avant-dernier titre de l’album, il voit Sébastien Michaud troquer sa basse contre une flûte traversière, ce qui n’est vraiment pas pour nous déplaire, tant la mélodie est jolie!  Théo y joint son violon. Une discrète percu complète le tout. Ainsi, cordes et vents s’entrelacent, tantôt délicatement, tantôt plus nerveusement, pour célébrer ce « premier vol du coucou »…

    Mais voilà que nous arrivons au terme de notre traversée sur le bayou d’Acadie! Pour clore cet album si parfaitement représentatif de la joie de vivre et de la générosité acadienne, quelle meilleure pièce que Père capucin? Cette chanson, à la mélodie endiablée, est un bijou d’humour acide, mêlé à une subtile dénonciation, racontant la vie et l’oeuvre d’un curé… pas très catholique! LOOOL! Mais c’est surtout à chaque fin de couplet qu’on atteint des sommets: le groupe s’amuse, avec une série de jeux de mots et de sous-entendus autour du mot « cul »! C’est juste à mourir de rire! Petit exemple histoire de vous mettre en appétit: « Il fut un temps où les curés/Avec fureur chassaient le diable/Ils défendaient la vanité/Ainsi que les excès de table/Mais a-t-on jamais vu/Quoique modeste et sage/Un si gros cu, un si gros cu/Un si gros curé du village? » MDRRRRR! * D’ailleurs, pour l’anecdote, le mercredi du FIL 2013 (le 7 août), j’ai vu une dernière fois La Virée en presta d’après-midi. Comme de coutume, ils ont mis le feu au Pavillon. Nous leur avons réclamé un rappel, qu’ils nous ont accordé avec grand plaisir. Mais ils ne savaient pas trop quel titre jouer, alors Eric Haché nous a dit: « C’est vous qui allez choisir! » . Moi je réclamais Fortunat (une chanson militante du premier album, que j’adore et qui parle de l’engagement des Canadiens dans la 2ème GM), d’autres proposaient Y a rien à faire (une chanson de 1,2,3, Go!), et une dame a demandé… Père capucin! Ca les a fait beaucoup rire! Fin de la parenthèse *. Bref, Père capucin est une pièce finale mémorable, pour un album qui ne l’est pas moins!

    Le mot de la fin?

    Bayous d’Acadie, à marquer d’une pierre blanche dans la discographie de La Virée, est un album réellement superbe, et excellent de bout en bout! La musique en est sophistiquée, d’une virtuosité aussi constante que la bonne humeur et la joie de vivre sont omniprésentes, mais reste toujours très abordable, par le biais de textes simples et rafraîchissants dont la portée est universelle, et qui « parlent » aisément au coeur de chacun d’entre nous. Et combiner aussi brillamment de telles choses, j’ai connu peu de groupes qui en soient capables. Chapeau bas, les chums! ;)

    C’est pour cela que cet album est terriblement addictif, et nous fait énormément de bien. On ressort de ses écoutes émus, plus sereins, en ayant retrouvé nos fondamentaux. Une fois qu’on a plongé à pieds joints dans les Bayous d’Acadie, quel délice, on n’en sort plus! :) A écouter absolument!!!

    Je pourrais conclure cette chronique par une petite phrase de La Virée lors de leurs prestations au FIL 2013. Petite phrase très révélatrice de la philosophie du groupe, et représentative de la musique acadienne plus globalement: « Le temps ne s’achète pas. Quand vous passez du temps avec vos amis, c’est votre vie que vous leur offrez, et y a pas de plus beau cadeau à faire… tant qu’il est encore temps! » C’est tellement vrai, et fidèle à leur image… A méditer! :)

    Un petit « jam » (impro) en guise de dernier mot: « Y a rien de mieux qu’une vieille guitare, un beau p’tit feu pis un violon/ Donc remplis bien ton verre, prends en une bonne gorgée/ On va timer toute la soirée, à jouer des reels, des rigodons/ A votre santé La Virée entre en scène… «  ;)

        Image de prévisualisation YouTube

    Levons nos verres, titre-phare de l’album

        Image de prévisualisation YouTube

    Morning Doobie sur la scène du Pavillon, FIL 2013 (joué par nul autre que les Doobie Brothers, comme le disait Théo pour rigoler ;) ) . A partir de 1 min 50, ils embrayent sur Les Marins de Groix.

        Image de prévisualisation YouTube

    Quand c’qu’on était moins vieux (FIL 2012). Par contre, je suis désolée, le son est pourri, mais j’ai pas trouvé mieux…

        Image de prévisualisation YouTube

    Une vieille guitare (ici au FIL 2012), la chanson qui me ressemble tant…

    BONUX: Pour ceux à qui La Virée ne dit vraiment rien, voici une petite vidéo de présentation sur la chaîne YouTube du FIL 2012…

        Image de prévisualisation YouTube

    Et si, vous autres, vous êtes tentés par l’écoute intégrale de Bayous d’Acadie, c’est par ici… ;) :

        http://laviree.com/discographie/extraits-et-textes/bayous-dacadie/



FIL 2013: l’heure des comptes

    Le FIL 2013, Année des Asturies, s’est clôt dimanche dernier (11 août) sur un bilan positif. Cette édition 2013, pour laquelle l’organisation avait effectué quelques coups de ciseaux  stratégiques au niveau de la programmation, allait s’avérer cruciale pour le FIL après deux années déficitaires: le pari est gagné!

    Quelques chiffres: 700 000 visiteurs, contre 650 000 en 2012, une augmentation de près de 34 % des réservations pour les concerts de l’Espace Marine (qui accueillait quelques très grosses têtes d’affiche comme I Muvrini, Nolwenn Leroy, Sinead O’Connor, Imelda May ou Capercaillie); l’Espace Marine étant la plus grande salle du FIL, ce chiffre est tout à fait significatif. Les concert des têtes d’affiche ont attiré les foules: en tête, sans surprise, Nolwenn Leroy, avec 3900 spectateurs (qu’on soit d’accord ou pas sur la légitimité de sa présence au FIL, on ne peut pas nier qu’elle a contribué à remplir le tiroir-caisse du Festival…), puis I Muvrini, avec 2300 spectateurs (sur 2500 places disponibles), Sinead O’Connor (3100), Imelda May (2300).

    Certes, les ventes d’entrées payantes ont enregistré une nouvelle baisse (83 000 billets édités, contre 95 000 en 2012), mais la vente de plus de 37 000 badges FIL à 3 euros, qui permettaient d’accéder à plusieurs espaces et animations différents, a rapporté plus de 111 000 euros au Festival et a permis d’équilibrer les comptes.

    Le directeur Lisardo Lombardia a annoncé que ce cru 2013 était l’une des meilleures éditions de ces dernières années (ce en quoi je suis tout à fait d’accord!), et que le succès de cette édition « new look » à la programmation resserrée allait servir de feuille de route pour les prochaines années. Sage décision!

    A titre personnel, j’ai retrouvé cette année le FIL comme je l’aime. J’ai adoré cette édition 2013, qui était nettement meilleure que celle de 2012 (dont le programme m’avait désappointée), et presque aussi bonne que celle de 2011 (pour moi la meilleure année). Le FIL semble avoir pris un nouveau souffle, être entré dans une nouvelle ère… On a retrouvé cette année une réelle qualité artistique, qui s’était quelque peu étiolée l’an dernier, avec l’invitation d’artistes et têtes d’affiches un peu trop confidentielles (la fréquentation de l’Espace Marine en avait sérieusement accusé le coup). La Grande Parade et son nouveau parcours, qui avait laissé de nombreux festivaliers dubitatifs, a connu une fréquentation sensiblement égale à celle des années précédentes. Les Nuits Magiques, raccourcies et remaniées, ont convaincu le public.

    Seul bémol pour moi dans cette édition 2013: les Asturiens, pourtant invités d’honneur, n’ont pas brillé par leur omniprésence, ni par leur exubérance, ni par leur Pavillon… au point que les Acadiens chéris de Lorient (à l’honneur l’an dernier), et leur pavillon aussi fédérateur que tapageur, leur ont volé la vedette. Le Pavillon de l’Acadie, attraction comme toujours incontournable du Quai des Pays Celtes, n’a jamais désempli en 10 jours. Ce qui ne me surprend pas. Depuis 2004 et l’irruption des Acadiens au FIL, il y a une forte et véritable histoire d’amour entre Lorient et l’Acadie. Il faut dire aussi que les Acadiens s’investissent comme aucune autre délégation étrangère pour leur venue au FIL: ils se décarcassent comme personne et se mettent en quatre, font venir leurs meilleurs artistes et groupes pour les concerts, et profitent de l’opportunité pour donner le maximum de visibilité à leur coin de pays et à sa culture, à coups de sites Internet dédiés à l’Acadie à Lorient, de pages Facebook et de retransmissions live en direct du Pavillon… Leur succès jamais démenti n’est donc que justice! On a le public qu’on mérite!

    Mon top 3 de ce FIL 2013? Le magnifique concert d’I Muvrini le 3 août à l’Espace Marine, la soirée lyrico-celtique avec Arz Nevez au Palais des Congrès le mercredi 7, et tous les joyeux moments de musiques, de délires et de partages au Pavillon acadien, où j’ai pu applaudir à plusieurs reprises mes chouchous, La Virée et Suroît, et où j’ai eu un nouveau coup de coeur (le groupe Prenez Garde!)!

    Et ce soir, c’est soirée spéciale FIL sur France 3, pour la quatrième année consécutive: à 20 h 45, retransmission de la Nuit Magique présentée par Tania Young et Christophe Guyomard, et en deuxième partie de soirée, diffusion du concert « Celebration » de Dan ar Braz, enregistré le 11 août 2012 au Slipway. Le guitariste quimpérois y est épaulé d’invités comme Clarisse Lavanant, Morwenn Le Normand, Alan Stivell, Dominique Dupuis et le Bagad Kemper.

        Image de prévisualisation YouTube

    Un grand merci à tous, artistes et organisateurs, pour cette très belle édition 2013! Rendez-vous du 1er au 10 août 2014 avec l’Irlande… ;)

    A suivre, un certain nombre d’articles sur mes aventures festivalières!

    Celtic Chroniques, festivalière comblée!



Ma Rétrospection Interceltique au FIL des Années… (partie 1)

    Celticlecteurs, fidèle(s) lectrice(s) ;) et Celtes de coeur, voici, comme promis, un article rétrospectif (ou plutôt une série d’article, parce que résumer 9 ans en un seul article ce serait peut-être un peu long…) sur mon expérience du FIL et les 9 éditions que j’ai vécues. Pour ces articles, je prends modèle sur le livre d’Alain Cabon, Le Festival Interceltique de Lorient, paru en 2010 aux éditions Ouest-France pour les 40 ans du FIL… Accrochez vos ceintures, la fusée des souvenirs va décoller… Attention… Trois, deux, un, zéro… c’est parti!!!

    2004: La première Année

    A tous points de vue, notre premier voyage à Lorient, pour le FIL, en août 2004, a été une véritable épopée, un marathon.

    Cette année-là a été particulière pour nous. Après notre découverte (pour ma soeur, mon père et moi/redécouverte (pour ma mère) en grande pompe de la musique celtique grâce à Tri Yann, découverte rapidement suivie par un inoubliable et exaltant premier concert :) , l’appel de l’Ouest, l’attraction de la Bretagne commence doucement à se faire sentir… Ma mère, qui y est déjà allée quand elle était ado et l’a connu à ses débuts, suggère qu’on aille faire un tour au Festival Interceltique de Lorient. Je sais que c’est le Festival Interceltique de Lorient qui a organisé de grands événements comme les Nuits Celtiques au Stade de France, à laquelle nos Tri Yann ont participé pour sa dernière édition. Mais malgré cette « garantie exigeance qualité », je ne déborde pas d’enthousiasme, c’est le moins qu’on puisse dire, et ma soeur non plus… Pour ma part, je préférerais aller revoir Tri Yann… De plus, je me souviens qu’on avait vu à la télé il y a quelques années (l’été 2000 ou 2001) la Grande Parade du FIL, et que ça m’avait vite saoulée, non pas à cause de la musique, mais à cause… du blabla interminable (merci les présentateurs de TF1!)!

    Pourtant, petit à petit, l’idée fait son chemin… Mon père envoie des emails par paquets, ma mère passe un nombre incalculable de coups de téléphone dans les hôtels du Morbihan pour essayer de réserver des chambres. ENFIN, seulement quelques jours avant la date fatidique, elle a une réponse positive: deux chambres sont disponibles à l’hôtel XXX de Pontivy (à une cinquantaine de kilomètres de Lorient), en raison d’un désistement de dernière minute! Finalement, j’avoue que l’idée de ce voyage ne me déplaît pas, et je ressens une certaine excitation à l’idée de dormir à l’hôtel pour la première fois (ma soeur, qui a fait un voyage en Italie avec les 3ème latinistes en avril, a déjà un peu d’expérience en la matière). C’est donc chose entendue: nous irons à Lorient pour la Grande Parade des Nations Celtes le dimanche 1er août. Nous partirons de la maison la veille, et nous rentrerons le lendemain.

    Nous nous préparons avec frénésie pour cette équipée morbihannaise: achat de sacs à dos, de chapeaux, de trucs à grignoter, de trousses de toilette… Mon père rajoute des encoches à chacun des volets pour y mettre des barres… Enfin, le samedi 31 juillet, en tout début d’après-midi, nous sommes prêts à partir. Le week-end s’annonce très chaud. Nous laissons seuls dans la maison ombragée et étroitement barricadée nos cinq chats (eh oui, à l’époque on en avait 5), avec à leur disposition assez de bols d’eau, de croquettes, de pâtée et de litière propre pour tenir 3 jours, et nous embarquons.

    Pour cette première fois, nous ne passons pas par l’autoroute, mais par les routes de campagne. Le voyage dure cinq heures (soit pas tellement plus long que si on avait dû prendre l’autoroute). Nous arrivons à l’hôtel de Pontivy vers 18 h 30. Les cartes magnétiques qu’on nous donne à la réception nous ouvrent l’accès à deux chambres contiguës, réunies par un même antichambre. Dans chaque chambre plutôt coquette (l’hôtel est un 2 étoiles) avec salle de douche et toilettes attenants, trône un grand lit pour deux personnes. Pour deux nuits, ma soeur et moi devrons donc dormir ensemble. A la guerre comme à la guerre… :P Après avoir déposé les sacs de voyages dans les chambres et nous être bien roulées sur les matelas pour en tester le confort ( ;) ), nous allons tous les quatre faire un tour dans les vieux quartiers de Pontivy, et nous montons jusqu’au château des Rohan.

    Le lendemain matin, après une nuit de sommeil épisodique (essayez donc de dormir en faisant comme si de rien n’était avec une soeur qui tire tout le drap de son côté, les bruits de la ville, et le bruit des escarpins de la réceptionniste, malgré le fait qu’on soit au premier étage LOL), nous sommes levés vers 6 h pour nous lancer à l’assaut de Lorient. Après l’habillage et un petit-déj’ improvisé dans la chambre (des gâteaux, une brique de lait chocolaté et une petite bouteille de jus de fruits), nous sommes prêts à partir. Nous avons chacun un chapeau, un sac à dos avec une généreuse provision de bouteilles de flotte (la météo annonce une journée caniculaire). Je somnole pendant tout le trajet Pontivy-Lorient, tandis que ma mère est au volant. Quand nous arrivons à Lorient, il est encore tôt (entre 8 h et 8 h 30). Nous trouvons tant bien que mal à nous garer et nous finissons le trajet à pied vers le centre ville. La chose qui m’a frappée d’emblée dans ce « premier contact » avec Lorient, c’est la lumière, une lumière comme j’en ai rarement vue, et qui semble caractéristique de ce coin de pays. La ville elle-même de me plaît guère, je ne lui trouve pas grand attrait (rien n’est ancien, vu que la ville a été entièrement pilonnée pendant la 2ème GM). Mais c’est cette lumière qui m’a marquée…

    Partout, des camions, des chapiteaux, des tentes, et du Monde, un Monde fou!!! Avant de découvrir le FIL, je n’avais vu qu’une seule fois auparavant une foule aussi énorme: un an plus tôt, lors d’une Parade d’un tout autre ordre, celle de l’Armada de Rouen, à laquelle nous avions assisté. Mais la densité de population est différente, car à Rouen, la foule était étalée tout le long des rives de la Seine, de Rouen jusqu’à Honfleur, alors qu’à Lorient, la foule se concentre sur une superficie bien plus petite… Nous avalons un croissant et un jus d’orange à la terrasse d’un café, un peu en arrière d’une longue rue où les spectateurs se pressent déjà pour le défilé (avec quelques années de recul, je crois que c’était en fait le café-restaurant des Indes, rue Maître Esvelin ;) ). Puis nous prenons place nous aussi, dans une rue adjacente au cours de la Bôve, d’où part la Grande Parade. Le staff télé est installé juste en face de nous, puisque dans le défilé, nous verrons le directeur du FIL, Jean-Pierre Pichard, un micro à la main aux côtés de la présentatrice. Des vendeurs ambulants de toutes sortes remontent le parcours du défilé « Demandez le programme du Festival! », « Demandez la pochette du Télégramme », « Demandez messieurs dames, CD et drapeaux bretons! ». L’agitation ambiante est digne d’une foire. Sur d’énormes panneaux publicitaires sont placardée des affiches du FIL. Cette édition 2004 est consacrée à l’Acadie, à l’occasion des 400 ans de la province nord-américaine francophone. En tête des affiches, Dominique Dupuis, la petite violoniste blonde de 17 ans révélée lors de la dernière Nuit Celtique au Stade de France.

    10 h: la Grande Parade démarre… Comme c’est de coutume depuis les tous débuts du Festival, en 1971, c’est le célébrissime Bagad de Lann Bihoué qui ouvre le défilé, talonnant les drapeaux des Nations Celtes. Et là… C’est un déluge assez hallucinant de sons, de couleurs et de danses qui commence, et se poursuit non-stop pendant plus de 4 h. Bagadoù, cercles celtiques bretons, « grupos de danzas » asturiens et galiciens, pipe-bands écossais et irlandais, danseuses irlandaises, choristes gallois… C’est impressionnant, je l’avoue… Mais c’est aussi long, très long… trop long. Car en plus, il nous faut composer avec un soleil de plomb, qui, malgré toutes les précautions prises (chapeaux, bouteilles d’eau…) est impitoyable avec nous.  La sueur dégouline de mon front jusque dans mes yeux. Il fait chaud, très chaud, trop chaud. Tellement chaud, même (près de 36 degrés), qu’à quelques reprises, des équipes de secouristes, situées en des points stratégiques du parcours, se frayent un chemin à travers la foule avec des brancards pour prendre en charge des personnes victimes de malaises.

    Au bout de 4 h, abrutie par le soleil, le vacarme, la foule, je me sens un peu flancher. Nous partons alors que le défilé n’est pas encore terminé. Mais nous n’avons pas fini de courir pour autant: direction un bâtiment appelé le Palais des Congrès, où est située la billetterie du FIL, car ma mère lance l’idée d’enchaîner avec le spectacle des Danses de Bretagne l’après-midi même. Mon père, plus pragmatique pour le coup, se soucie, lui, de nous trouver quelque chose à nous mettre sous la dent (il reviendra avec des sandwichs et des paquets de chips). C’est la cohue, la foule, le bruit, les stands innombrables qui se succèdent et se ressemblent pas mal (kebab, sandwichs, pompes à bière, encore kebab…)… Tout ça m’étourdit et m’effraie un peu, car je n’y suis pas habituée du tout. Et que dire alors de la queue qu’il y avait dans le Palais des Congrès au niveau de la billetterie, avec l’impression que le plafond allait me tomber sur la tête et que la foule allait m’écrabouiller? 5 min de plus passées dans cette étuve et je serais devenue agoraphobe!

    Après nous être sustentés à la va-vite, nous prenons la direction du Stade du Moustoir, où le spectacle de danses doit avoir lieu. J’ai chaud, je me traîne péniblement, mais je me dis qu’en bout de course, au moins dans le stade on sera assis. L’accès aux tribunes nous est ouvert avec plus d’une demie-heure de retard. Et en arrivant en haut de l’un des escaliers de la tribune présidentielle, j’ai soudain l’impression que tout tourne autour de moi, tout se noircit… et ma mère me rattrape vigoureusement, tout en me passant un savon en disant que j’aurais pu dévaler les marches jusqu’en bas. J’y peux rien, je crois que j’ai fait un premier malaise de chaleur… Et le spectacle commence enfin… et dure plus de 4 h… Mais ils sont fous à Lorient avec les durées, ou quoi??? :( Ma mère et ma soeur semblent enchantées, mais pour moi, ces 4 h de danses sont une torture. Parce que j’ai l’impression  de toujours voir la même chose, car j’ai du mal à fixer mon attention dessus, je suis prise de somnolence, quand je parle j’ai la bouche pâteuse comme si j’étais bourrée, je me sens mal, j’ai besoin de fraîcheur… Pour cette première fois à Lorient, j’ai fait une belle insolation, en fait! Pourtant, qu’est-ce qu’on biberonne! Mon père passe son temps à faire des va-et-vient entre la tribune et les toilettes pour remplir les bouteilles au robinet. Heureusement, j’ai envie de dire, un orage éclate, obligeant le spectacle à s’interrompre. Au moins, ça rafraîchit l’atmosphère. C’est, je crois, cette première expérience cuisante et pénible pour moi qui a fait que j’ai été écoeurée par la danse bretonne (en plus de l’impression de voir tout le temps la même chose)…

    Il est plus de 18 h 30 quand le spectacle se termine. Enfin! Il est temps de rentrer à Pontivy. Nous refaisons donc le chemin en sens inverse, mais, quand nous finissons par retrouver la voiture, nous nous retrouvons bloqués… dans le Triomphe des Sonneurs! Trop c’est trop! J’en ai marre, je perds patience, j’ai envie de rentrer à l’hôtel, je ne rêve que d’une douche froide.

    Enfin, nous finissons par nous en extirper. Retour à Pontivy. A l’hôtel, le mec de la réception nous demande aimablement, en nous voyant débarquer avec notre barda et nos chapeaux, si on a passé une bonne journée au FIL. Une journée épuisante, surtout! Je n’en peux plus. Quand, enfin, après une douche providentielle et le repas, nous pouvons aller nous coucher, je suis dans une fatigue extrême (accentuée par l’insolation). Une fois au lit, moins de dix minutes plus tard, je suis aux abonnés absents. Bonne nuit!

    Le réveil est évidemment tardif (8 h passées), mais la nuit a été réparatrice. Nous descendons au restau de l’hôtel pour le petit-déj (mmmh, la variété de délices proposés aux clients affamés!). Puis nous prenons tranquillement la route du retour. Là encore, le voyage prend quelques accents épiques, lorsque nous nous retrouvons bloqués plus d’1 h dans le centre de Rennes, à cause de travaux innombrables. Nous nous en sortons tant bien que mal. Halte déjeuner le midi à Fougères, puis rapide visite du château, et nous reprenons la route de l’Eure-et-Loir. Il fait presque aussi chaud qu’hier. Nous arrivons à la maison (que je retrouve avec ravissement) en fin d’après-midi, et la retrouvons chaude malgré les volets fermés, de même que les chats énervés, qui en avaient marre d’être tous seuls, dont la nourriture et la flotte n’était plus très fraîche, et qui, après avoir utilisé toute leur litière propre (on avait mis plusieurs bacs à disposition), avaient commencé à pisser à côté. Bref: pour moi, pour nous, comme pour les poilus, il était temps qu’on arrive! ;)

    Bilan: La densité du FIL m’a pas mal impressionnée, mais l’insolation m’a gâché la journée. J’en ai conservé un souvenir cuisant.

    Ce qui fait que je me suis dit qu’on ne m’y reprendrait pas de sitôt… Si j’avais su… ;)
Présenté comme ça, ça fait un peu « forçat sous un soleil de plomb », mais c’était effectivement (comme diraient asturiens et galiciens) muy caliente. Heureusement, le souvenir de cette « première fois » mitigée sera très vite dissipés par les grands moments vécus les éditions suivantes, et la Bretagne a fini par m’avoir « à l’usure »: progressivement, je me suis attachée à Lorient et ses environs et au FIL…

    Suite au prochain épisode! ;)



12345

Groupe Div'Har |
Gospel Motion......... |
sean't production |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Vie de musique et de paroles
| ELITE 1
| sandrineramirezvoice