Gens de France, retenez bien ce qu’ont fait pour vous les hommes de…

  6 juin 1944 – 6 juin 2014… Aujourd’hui, on commémore les 70 ans du Débarquement allié en Normandie… Les cérémonies officielles ont lieu dans le Calvados, dans la zone de Juno Beach. De nombreux chefs d’Etat ont fait le déplacement pour la commémoration de la plus vaste opération militaire de l’Histoire, qui allait conduire à la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

    Cette année, le moins qu’on puisse dire, c’est que nous ingurgitons de les guerres mondiales à toutes les sauces, puisque 2014 marque, non seulement, les 70 ans du Débarquement en Normandie, mais aussi (en novembre prochain), le centenaire de la 1ère GM. La Seconde Guerre Mondiale m’a toujours passionnée, et j’ai beaucoup de respect pour tous ces soldats venus du monde entier combattre en Europe. J’ai donc voulu, en matière d’hommage, apporter ma pierre à l’édifice, à ma façon, et en restant dans le sujet de ce blog. C’est pourquoi j’ai sélectionné pour célébrer cette date particulière, quelques morceaux de musique celtique se rapportant au thème de la 2ème GM et du Débarquement. Voici cette playlist-hommage.

SEIN 1940

(Paroles: Tri Yann, 2003/ Musique: traditionnel)

    En 2003, sur l’album Marines, les Tri Yann ont exhumé un pan méconnu de l’Histoire de la 2ème GM et de l’Histoire bretonne… En effet, le titre Sein 1940 rend hommage aux cent-vingt-deux hommes valides de l’île de Sein (Finistère) qui, suite à l’appel de Londres le 18 juin 1940, s’embarquèrent sur leurs bateaux et rejoignirent le général De Gaulle en Angleterre pour s’engager dans les forces alliées. Historiquement, les Sénans furent LES premiers français à gagner l’Angleterre et entrer dans la Résistance, mais ça, beaucoup de gens l’ignorent… Pour l’anecdote, on prétend même que De Gaulle, passant en revue les premiers groupes de volontaires, demandant aux hommes d’où ils venaient et entendant très souvent répondre « De l’île de Sein! », se serait écrié: « Sein est le quart de la France! ». Bon nombre des Sénans furent enrôlés dans le Commando Kieffer, unité spéciale de fusilliers marins, qui fut le seul contingent de soldats français à prendre part au Débarquement en Normandie. Le général n’oubliera pas le tribut payé par l’île de Sein à la 2ème GM et, après la guerre, nomma l’île Compagnon de la Libération (cinq communes françaises seulement recevront cet honneur).

    On raconte également (et quand je dis « on », je pourrais tout aussi bien dire Jean-Louis Jossic ;) …) que le soir de la Saint-Sylvestre, les femmes de Sein, s’ennuyant et voulant rejoindre leurs maris à Londres, arrachèrent l’île aux fonds marins et la menèrent jusqu’en Angleterre à l’aide de rames gigantesques… Mais ça, c’est une autre histoire dans l’Histoire, et c’est aussi (selon les Tri Yann et Per-Jakez Hélias), la dernière née des légendes bretonnes… ;)

PAROLES:

1. Mille neuf cent quarante, à la fin de juin

Cent vingt-deux hommes de l’île de Sein

Prennent la mer sur six bateaux

Pour l’Angleterre là-haut

Lutter pour la liberté

C’est outrance, Grands de France,

Lorsque de leurs enfants vous vous défiez

2. Parlaient-ils français, parlaient-ils breton?

Peu vous importait alors la question

Ils avaient entendu l’appel

Crié « Kentoc’h mervel! »

Peint « Frankiz » sur leurs cirés.

C’est offense, Grands de France,

Que de condamner leur langue au bûcher

C’est violence, Grands de France,

Que de condamner leur langue au bûcher.

3. Voulant suivre leurs hommes en Albion

Les Sénanes arrachant leur île aux fonds,

A la rame la menèrent

Droit vers l’Angleterre

Cap au nord dans les embruns

Quand on pense, Grands de France,

Vous leur déniez tout droit citoyen.

4. Deux années passèrent, et puis deux années,

Pour ceux qui revirent Saint-Guénolé

Tous n’étaient pas du voyage

Quand finit l’orage

Il en manqua plus de vingt.

Gens de France, retenez bien

Ce qu’ont fait pour vous tous ces marins

Gens de France, retenez bien

Ce qu’ont fait pour vous les hommes de Sein…

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      Sein 1940, version live avec l’ONPL en 2004…

 

LANCASTRIA

(Paroles et musique: Tri Yann, 2007)

    Encore un drame méconnu de la 2ème GM sorti de l’oubli grâce à Tri Yann… En 2007, sur l’album Abysses, le groupe évoque, avec la chanson Lancastria (probablement le plus beau titre qu’ils aient composé en 43 ans de carrière), la plus terrible catastrophe maritime de tous les temps: le naufrage du paquebot écossais Lancastria. Le 17 juin 1940, la veille de l’appel de Londres, et alors que la France est en pleine débâcle face à l’avancée allemande, le Lancastria est réquisitionné pour participer à l’évacuation des soldats britanniques présents sur le territoire français, ainsi que d’un grand nombre de réfugiés civils, belges ou polonais. 8000 à 9000 personnes ont embarqué à bord du paquebot, dont la capacité d’accueil n’était que de 3000 personnes. La nuit du 17 juin, dans le port de Saint-Nazaire, le Lancastria est pris pour cible et bombardé par les avions de la Luftwaffe. Le bateau coulera en vingt minutes, jetant à la mer ses passagers dans le mazout en flammes. Le nombre des noyés, brûlés ou disparus est considérable: on l’estime entre 4000 et 7000 (contre « seulement » 1500 victimes pour le naufrage du Titanic). Les semaines suivantes, des centaines de cadavres seront rejetés par la mer sur les plages de Loire-Atlantique et de Vendée.

    A l’époque, le drame du Lancastria sera complètement passé sous silence en Angleterre sur ordre de Churchill pour, soi-disant, soutenir le moral des troupes… Ce qui explique que ce naufrage soit encore si méconnu aujourd’hui, d’autant plus que les documents du bord sont encore classés secret défense jusqu’en 2040… Par conséquent, que reste-t-il aujourd’hui du Lancastria? Un site Internet ( www.lelancastria.com ), où l’on peut lire de nombreux témoignages de rescapés, un film documentaire de France 3 Ouest (Lancastria: histoure d’un naufrage confidentiel), une commémoration chaque 17 juin à Saint-Nazaire, et la chanson de Tri Yann… Le groupe a contribué à sa façon à tirer cette tragédie de l’oubli. Et de quelle façon! Lancastria est une chanson qui déchire les tripes, émeut et touche en plein coeur: chaque note est polie avec la pureté d’un joyau, chaque mot est réfléchi pour nous toucher en plein coeur, et nous faire vivre corps et âme la détresse des passagers. C’est grâce à Tri Yann et à ce titre que j’ai découvert l’histoire du Lancastria… Et Lancastria a une place particulière dans mon coeur, car il s’agit de la toute première chanson qui m’ait fait pleurer en concert! Trois fois je l’ai entendue en concert, trois fois j’ai fondu en larmes… Et pourtant, je n’ai pas la larme facile en musique, loin de là… Comment, je vous le demande bien, comment ne pas être bouleversé par cette tragédie, à moins d’avoir un coeur de pierre? Au-delà de l’ensemble de la chanson, c’est à chaque fois le dernier couplet, en ce qui me concerne, qui rompt la digue… En effet, le dernier couple, développe une poignante allégorie de l’Europe, qui serait plus que jamais à méditer en ces temps difficiles…

    Merci Tri Yann pour avoir réveillé nos consciences! Et respect inconditionnel pour les victimes de ce naufrage: n’oublions pas la tragédie du Lancastria!

PAROLES:

1. Licorne, qu’as-tu vu du ras de l’océan,

Que de ta peau fendue coule jaune ton sang?

J’ai vu jaune l’ajonc, au loin une fumée

Jaune le rire des hommes cachant leur désarroi,

Les châteaux des enfants sur les plages de Retz,

Les flèches du soleil sur le Lancastria.

2. Licorne, qu’as-tu vu sur la côte? A présent,

De ton flanc lacéré gris s’écoule ton sang?

J’ai vu gris sur les quais les trains de réfugiés,

Gris les coeurs des Anglais revenant des combats,

Les daurades fuyant loin du Grand Charpentier,

Mais l’espoir d’embarquer sur le Lancastria.

3. Licorne, qu’as-tu vu à dix millles au ponant,

Que ton sang devient bleu comme bleu l’océan?

J’ai vu bleu dans le ciel l’hirondelle s’envoler,

Bleue la barre des pins à l’horizon là-bas,

Bleus les yeux d’un enfant, tenant son chien serré

En montant rassuré sur le Lancastria.

4. Licorne, d’où viens-tu, de quel fol ouragan,

Que ton ventre brûlant vomit rouge ton sang?

J’ai vu rouge un volcan dans la cale exploser,

Des torrents rouge feu crachés par les stukas,

Le cheval du gymnase par les flammes embrasé,

J’ai vu rouge la mort sur le Lancastria.

5. Licorne, d’où viens-tu, d’où l’on ne revient pas?

De tes chairs déchirées gicle un sang noir, pourquoi?

J’ai vu noire la mer dévorant les noyés,

Les poumons mazoutés, le chant noir des soldats,

Les os noirs des brûlés dans les vagues jetés,

Noire la cloche du glas sur le Lancastria.

6. Blanche colombe! Du levant venue,

Sur tes ailes déployées, dis-nous, qui portes-tu?

Une fillette née au milieu des combats,

Aimez-la comme vôtre: elle s’appelle Europa…

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      Lancastria

    * NB: La « Licorne » en question, racontant les événements, est un narval (qu’on appelle aussi licorne de mer)…

    – Chaque couplet (à l’exception du dernier, qui lui développe l’allégorie de l’Europe-enfant) s’articule autour d’une couleur différente. En interview, Jean-Louis Jossic a raconté avoir écrit les paroles de la chanson avec des crayons de couleur, afin de mieux s’imprégner encore de l’ambiance qu’il souhaitait faire transparaître dans les couplets: jaune pour le sable et le soleil, gris pour la poussière, rouge pour le sang, noir pour la mort…

FORTUNAT (La Virée)

Paroles et musique: Raynald Basque

    Fortunat, c’est l’histoire vraie de Fortunat Haché, soldat acadien qui participa au Débarquement de Normandie au sein du North Shore Regiment, régiment d’infanterie du Nouveau-Brunswick…

PAROLES:

 

REFRAIN: Fortunat marche comme un soldat

Un vétéran de Bertrand, du North Shore Régiment

Comme son beau-frère Cléophas

Ils n’étaient pas des lâches, au temps de leur jeune âge

  En France dans les années 40
  42, 43 c'était pas beau là-bas
  Et jusqu'en 45, toujours avec un flingue
  Pour défendre notre Canada

Fortunat marche comme un soldat

Un vétéran de Bertrand, du North Shore Régiment

Comme son beau-frère Cléophas

Ils n’étaient pas des lâches, au temps de leur jeune âge

 Par ici on pense avoir tout vu
 En r'gardant les p'tites vues, avec de faux Allemands
 Des canons qui sont faits en carton
 Du ketchup pour le sang, Ah oui ç'a l'air bien convainquant

Fortunat c’était un vrai soldat

Un vétéran de Bertrand, du North Shore Régiment

Comme son beau-frère Cléophas

Ils n’étaient pas des lâches, au temps de leur jeune âge

 Aujourd'hui ils sont dans ce village
 Ces gens d'un certain âge qu'on respecte par ici
 En novembre au temps de l'Armistice
 Ils pensent aux sacrifices, à ceux qui ont perdu la vie

Fortunat marche comme un soldat

Un vétéran de Bertrand, du North Shore Régiment

Comme son beau-frère Cléophas

Ils n’étaient pas des lâches, au temps de leur jeune âge

 La guerre faudrait jamais la faire
 Mais comme l'Angleterre n'a pas eu le choix
 Fortunat et bien d'autres soldats
 Sont v'nus à vos côtés pour défendre la liberté

Fortunat marche comme un soldat

Un vétéran de Bertrand, du North Shore Régiment

Comme son beau-frère Cléophas

Ils n’étaient pas des lâches, au temps de leur jeune âge

 En plus d'avoir bravé la mort
 Fortunat est rev'nu accablé de remords
 Ce n'est que cinquante quatre ans après,
 Car sa fille le cherchait, que Ria l'en libéra

Fortunat est maintenant grand-papa

Il a une descendance en Hollande sur trois générations

Enfants de la libération

Quand la guerre faisait rage au temps de leur jeune âge

Ils n’étaient pas des lâches au temps de leur jeune âge…

      

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        La Virée chante Fortunat sur la scène du Pavillon de l’Acadie, au FIL 2010…

 

      Et pour terminer…

    Une vidéo un peu insolite, mais qui correspond tout à fait à cet article: le pipe-band de Nijmegen (Pays-Bas), jouant avec une fanfare militaire le thème du générique de Band of BrothersBand of Brothers (Frères d’armes), c’est l’extraordinaire mini-série réalisée par Tom Hanks et Steven Spielberg en 2001, couronnée par d’excellentes critiques et une pluie de récompenses prestigieuses (Golden Globes, Emmy Awards), qui retrace l’histoire des soldats de la Easy Company, une unité parachutiste d’élite de la 101ème division aéroportée de l’armée américaine. Au fil des épisodes, nous suivons les soldats de la Easy de leur camp d’entraînement géorgien jusqu’en Normandie, du Jour J à la prise de Carentan, de la Hollande avec l’opération Market Garden jusqu’à l’enfer enneigé et les conditions précaires de la Bataille des Ardennes, d’Alsace-Lorraine jusqu’au « nid d’aigle » d’Hitler en Bavière… Reconstitutions ultra-réalistes, réalisation époustouflante, interprétation à couper le souffle par un casting cinq étoiles (Damian Lewis, David Schwimmer, Donnie Wahlberg, Michael Fassbender, James MacAvoy, Neal McDonough pour ne citer que quelques noms pêle-mêle…), histoire émouvante et personnages attachants… Les critiques sont le plus souvent dithyrambiques sur la série, et moi-même je ne taris pas d’éloges à son sujet… C’est pourquoi je trouve sympa de clore mon article commémoratif du D-Day avec cette vidéo: comme il s’agit d’un PIPE-BAND, elle a parfaitement droit de cité dans cet article, et ça me permet de faire un clin d’oeil à ma série préférée… ;)

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    Le mot de la fin?

    A tous ceux qui sont morts pour la France…

    A tous ceux qui se sont battus pour la liberté en Europe…

    A toutes les victimes, soldats, civils ou résistants…

    Bref, à tous ceux qui ont oeuvré pour l’Europe et le monde, pour que nous vivions aujourd’hui dans un monde en paix, qui ont donné leur vie pour préserver notre liberté, je rends ce modeste hommage. C’est pourquoi ma conclusion tient en un mot comme en cent: MERCI!!!!



Actus: Tri Yann fonde un collectif d’artistes bretons pour soutenir la réunification de la Bretagne

    Minute politique du jour, qui trouve entièrement sa place ici…

    Je ne vous apprendrai rien en vous parlant du projet de réforme du « millefeuille territorial » , qui devrait aboutir à terme à un redécoupage des régions. La dernière réforme de ce genre date du mandat de VGE. Si ce projet est mené à bien, des fusions devraient s’opérer entre régions, deux par deux, telles que la Bourgogne et la Franche-Comté, la réunification des deux Normandies (Haute et Basse), un rassemblement de l’Alsace et de la Lorraine, comme dans l’ancien temps, ou encore une fusion entre les Pays de Loire et la Région Centre, qui donnerait lieu à une grande région Val de Loire. Mais aussi… le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne, fiévreusement demandé depuis des années par tous les partisans de la « Bretagne historique », à cinq départements (Nantes ayant toujours été la capitale historique du duché de Bretagne).

    Or, les Tri Yann, Jean-Louis Jossic en tête, viennent de fonder un collectif d’artistes bretons pour soutenir la réunification de la Bretagne. Le groupe ayant toujours milité pour le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne, cela n’a surpris personne. De nombreux artistes bretons ont déjà signé en faveur de ce collectif: Alan Stivell, Gilles Servat, Nolwenn Korbell, Dan ar Braz, Mariannig Larc’hantec, Etienne Grandjean, Sylvain Barou, Louis Capart, Alan Simon, Yvon Etienne, Yves Ribis, Soïg Sibéril, Brieg Guervenno, Pat O’May, les Frères Guichen, Jean-Louis Le Vallégeant, Gweltaz Ar Fur, Taran Celt, Daonet…

    Je n’ai pas pour habitude de discuter sur ce blog des questions politiques ou de faire étalage de mes opinions, mais cette fois-ci je ne peux pas y couper. En ce qui me concerne, je suis favorable à une réforme des régions, dans le sens d’un redécoupage logique et légitime. Si je suis mitigée sur les potentielles fusions de plusieurs régions, plusieurs autres en revanche m’apparaissent comme logiques, et surtout légitimes: réunir l’Alsace et la Lorraine comme c’était le cas avant… Réunifier la Normandie pour former une seule et même région plus forte à 5 départements, parce que c’est complètement con d’avoir deux Normandies différentes… Fusionner les Pays de Loire et la Région Centre pour créer une Région Val de Loire (sans compter que ça a quand même plus de gueule de dire qu’on vient de région Val de Loire plutôt que de Région Centre!  ;)  LOL ). Et je suis également pour le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne, qui est légitime… En effet, la Loire-Atlantique faisait partie intégrante de la Bretagne jusqu’à la 2ème GM, avant d’en être dissociée par Pétain. De plus, Nantes a toujours été la capitale historique de la Bretagne, c’est à Nantes, et non pas à Rennes, qu’est situé le Château des Ducs de Bretagne, et le sentiment d’appartenance à la Bretagne et l’héritage culturel bretons ont toujours été très forts en Loire-Atlantique, alors que historiquement Nantes et la Loire-Atlantique n’ont jamais été bretonnants (tout comme Rennes, la capitale administrative). Le rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne, conformément à ce qui est envisagé dans la future réforme territoriale, ne serait donc que justice, et marquerait un aboutissement des attentes de tous les partisans pro-réunification.

    C’est donc tout naturellement que je souscris à 200 % à l’initiative des Tri Yann et de leurs homologues qui, je l’espère, sera couronnée de succès et débouchera sur le rattachement tant attendu et demandé.

    Comme causer de politique, c’est souvent chaud, et que la musique adoucit les moeurs… j’ai envie de clore cet article en musique, tout en restant dans le sujet… L’émouvante chanson de Dan ar Braz et Clarisse Lavanant J’avais cinq enfants, composée en 2012 pour l’album et le spectacle Celebration, défend l’idée d’une Bretagne à 5 départements en employant la métaphore d’une Bretagne comme figure matricielle, comme une mère. Le texte serait à méditer en profondeur…

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    Dan ar Braz et Clarisse Lavanant interprètent J’avais cinq enfants lors du concert Celebration au FIL, au Slipway du port de pêche de Lorient, le 11 août 2012…

J’AVAIS CINQ ENFANTS (Dan ar Braz/Clarisse Lavanant)

1. J’avais cinq enfants réunis

En un même pays

Entre la pierre et la mer

Cinq enfants de rivières

Dont j’étais la source mère

Lorsque j’étais entière

J’avais cinq enfants, aujourd’hui

Il me manque une fille

2. C’est bien plus qu’un morceau de terre

C’est un bout de ma chair

Arrachée à mes frontières

Devenues étrangères

Dans une même géographie

D’autres vents lui ont dit:

« Que vous l’ayez ou non choisi

Vous n’êtes plus d’ici »

3. Mais qu’a-t-on fait de notre histoire?

Il y a dans sa mémoire

Des villes et tant de passions

Qui portent encore mon nom

Le sang d’un peuple insoumis

Dans ses veines bat aussi

Comme le coeur d’une reine endormie

Elle reste en moi depuis…

4. J’avais cinq enfants réunis

Sous le ciel de mes nuits

Entre Clisson et Fougères

Cinq enfants de lumière

Dont j’étais la source mère

Lorsque j’étais entière

J’avais cinq enfants, aujourd’hui

Rendez-moi cette fille…



Il y a dix ans…: A chacun l’âge venu, la découverte après l’ignorance!

    3 avril 2004 – 3 avril 2014…

    Aujourd’hui, cela fait dix ans que ma vie a littéralement basculé. Dix ans que ma vie et celle de ma famille ont amorcé LE tournant qui allait par la suite nous ouvrir les portes de la Bretagne, de Lorient, du FIL et que sais-je encore…

    Il y a dix ans jour pour jour, à Chartres, nous avons assisté à notre tout premier concert de Tri Yann…

    Il y a dix ans, du haut de mes tout juste 13 ans, tout récemment initiée à la musique du groupe, j’ai pris dans la figure la claque la plus monumentale de ma vie!!!

    Ce soir-là, toute notion de temps s’est pour moi distendue, est devenue insignifiante. Ce soir-là, moi la gamine de collège, je suis subjuguée par Jean-Louis, « le fou chantant » du groupe, dans ses extraordinaires oripeaux  de goéland baroque, je navigue entre crises de fou rire devant ses contes délirants, et émotion devant la voix de Jean-Paul, ou de l’engagement profond des textes des chansons. J’applaudis à tout rompre, je hurle les refrains à gorge déployée… Ce soir-là, je passe par tout un panel d’émotions exacerbées que je n’avais encore jamais éprouvées dans ma courte vie, si fortes, si authentiques, si puissantes, que la sensation de « manque » post-concert du lendemain (que je ressentais également pour la première fois) m’a parue cruelle… Ce soir-là, je suis pleinement et totalement devenue FAN!!!

    De cette soirée qui a bouleversé mon existence entière, il me reste quelques photos, prises « de loin », une vidéo d’une poignée de secondes filmée pendant le Bro gozh ma zadoù (tout un symbole!), mais aussi, dans mon coeur, une flamme qui ne s’éteindra jamais: la passion, la passion Tri Yann, une passion et un amour inconditionnels pour le groupe et sa musique, et plus généralement pour toute la musique celtique… Ce soir là, à 13 ans, j’ai eu LA Révélation de ma vie!

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    Depuis cette inoubliable première fois, onze autres autres concerts ont suivi, et presque autant d’éditions du FIL. Deux autres concerts sont en prévision pour cet été… Autant dire que je suis TRES loin de racrocher mes crampons de Tryanaute! Que cela dure encore le plus longtemps possible, c’est ce que je souhaite!

    Oui… En ce jour « commémoratif », je fais mien (en l’adaptant quelque peu) l’adage de Morvan Lebesque, énoncé par Tri Yann dans un titre récité en 1976: A chacun, l’âge venu, la découverte après l’ignorance!!!  :D

      (snif snif snif…)

      Celtic Chroniques, Tryanaute hyper émue et hyper heureuse!! :D



JT musical # 2

    Mesdames-messieurs, bonsoir

    A toutes les victimes des funestes événements survenus ces derniers jours en Ukraine, je dédie ce morceau, qui certes date d’une dizaine d’années, mais qui est plus que jamais de circonstance aujourd’hui: la Gwerz Kiev de Denez Prigent et Karen Matheson…

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    Voilà, ce sera tout. Point besoin d’en dire plus. La musique est parfois plus éloquente que bien des discours… :(



Tu vois je pense aux Acadiens… # chapitre 2

    N’essayez pas de le nier, je vous vois venir avec vos gros sabots: vous vous dites « Encore l’Acadie??? Elle nous fais ch***r avec l’Acadie! Depuis quelques mois elle nous la conjugue à toutes les sauces! ». Ce dernier point n’est pas faux, je l’admets volontiers. Mais sache, cher ami lecteur, que j’assume totalement le fait d’être devenue un peu québécophile-acadianophile depuis le FIL 2013, et de m’être prise de passion pour la musique et l’histoire de la province. Et tu veux même que je te dise? J’en suis fière! :P Na! ;)

    Plus sérieusement, suite à mon article-hommage acadien du 4 octobre dernier (c’est ici: http://celticchroniques.unblog.fr/2013/10/04/hommage-tu-vois-je-pense-aux-acadiens/ ), que j’ai écrit avec beaucoup de plaisir, d’émotion et de respect, j’ai un peu réfléchi à la question et je me suis rendu compte qu’il y avait largement matière à écrire une suite! Cette suite, la voici… Dans le premier article, je me suis surtout concentrée sur les titres emblématiques et symboliques de l’Acadie et de l’histoire de la déportation (Evangéline et Grand-Pré), et sur les liens fraternels qui unissent l’Acadie à la Bretagne (Entre Belle-Île et Nantes et Je pense à toi je pense aux tiens). Là, je vais approfondir un peu le sujet, en mettant plus particulièrement l’accent sur la Louisiane, qui fut, comme on le sait, l’une des principales terres d’accueil des déportés acadiens, et qui comporte encore aujourd’hui une importante communauté de la diaspora acadienne. Attention, ça va chauffer sur le bayou! ;) LOL (Hugues Aufray et sa Jambalaya sur le bayou, sortez de ce corps! MDRRR!).

REVEILLE (Paroles et musique: Zachary Richard, 1976)

    Le chanteur louisianais Zachary Richard est l’un des plus fervents défenseurs de la culture francophone en Amérique du Nord, et milite sans relâche depuis les années 1970 pour la musique cajun et acadienne (ce qui lui vaudra d’être décoré à plusieurs reprises). En 1976, il écrit le titre Réveille. Cette chanson évoque très directement le Grand Dérangement de 1755 et ses « héros », comme Joseph Broussard, alias Beausoleil, qui, dit-on, guida les exilés vers la Louisiane, mais pas seulement… Elle a plusieurs sens… Réveille résonne aussi comme un cri d’alarme, comme un appel adressé aux Acadiens d’hier et d’aujourd’hui pour la sauvegarde de leur langue et de leur héritage francophone. En 1994, Zachary Richard interprète Réveille à l’occasion du tout premier Congrès mondial acadien à Shédiac. On peut difficilement imaginer plus fort symbole! :) D’ailleurs, cette prestation est considérée comme l’un des moments les plus marquants de la chanson francophone en Amérique du Nord…

PAROLES:

Réveille, réveille,

C’est les goddams* qui viennent

Brûler la récolte,

Réveille, réveille,

Hommes acadiens,

Pour sauver le village.

Mon grand-grand-grand-père

Est venu de la Bretagne

Le sang de ma famille

Est mouillé l’Acadie.

Et là les maudits viennent

Nous chasser comme des bêtes,

Détruire les familles,

Nous jeter tous au vent.

Réveille, réveille,

C’est les goddams qui viennent,

Brûler la récolte.

Réveille, réveille,

Hommes acadiens,

Pour sauver le village.

J’ai entendu parler

De monter avec Beausoleil

Pour prendre le fusil

Battre les sacrés maudits.

J’ai entendu parler

D’aller dans la Louisiane

Pour trouver de la bonne paix

Là-bas dans la Louisiane.

Réveille, réveille,

C’est les goddams qui viennent,

Brûler la récolte.

Réveille, réveille,

Hommes acadiens,

Pour sauver le village.

J’ai vu mon pauvre père,

Il était fait prisonnier,

Pendant que ma mère, ma chère mère

Elle braillait.

J’ai vu ma belle maison

Etait mise aux flammes,

Et moi je suis resté orphelin,

Orphelin de l’Acadie.

Réveille, réveille,

C’est les goddams qui viennent,

Brûler la récolte.

Réveille, réveille,

Hommes acadiens,

Pour sauver le village.

Réveille, réveille,

C’est les goddams qui viennent

Voler les enfants

Réveille, réveille,

Hommes acadiens,

Pour sauver l’héritage,

Pour sauver l’héritage,

Pour sauver l’héritage…

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    Réveille chanté par le groupe Ode à l’Acadie…

    * NB: « Goddam » était le surnom donné aux envahisseurs anglais.

LES ABOITEAUX (Paroles et musique: Calixte Duguay)

    Un aboiteau est une sorte de digue construite par les Acadiens pour leur permettre de cultiver des terres gagnées sur la mer ou les fleuves. Le principe est non seulement d’empêcher la mer d’envahir les terres à marée haute, mais aussi d’évacuer à marée basse les eaux d’écoulement provenant de la pluie et de la fonte des neiges. Ainsi, les terres  récupérées sont peu à peu débarrassées de leur teneur en sel. C’est pourquoi les Acadiens entouraient leurs terres de digues qui canalisaient l’eau et l’amenaient au conduit d’évacuation qui était muni d’un clapet mobile se fermant automatiquement à marée haute et s’ouvrant à marée basse.

    Ce principe de fonctionnement existait déjà dans d’autres parties du monde, et notamment dans la région du Centre-Ouest de la France, en particulier le Marais poitevin, qui a été travaillé à la fin du XVIème siècle et au XVIIème par des ingénieurs hollandais, appelés par Sully, qui ont asséché une grande partie du « marais humide ». La technique des retenues à clapet était alors connue dans cette région qui est celle d’où viennent principalement les Acadiens, mais l’aboiteau est une évolution particulière de ce système qui a dû prendre en compte les particularités de l’Acadie ou du Québec, à savoir un climat rigoureux et des marées parmi les plus fortes au monde. Personne ne peut dire qui a inventé l’aboiteau. Il s’agit sans doute d’une oeuvre collective qui a été développée et améliorée par les Acadiens sur plusieurs générations au gré des expériences.

    Le gouvernement espagnol, qui a récupéré en 1764 la Louisiane après le traité de Paris mettant fin à la guerre de Sept Ans, a vu s’installer progressivement plusieurs colonies d’Acadiens chassés de Nouvelle-Ecosse par la déportation des Acadiens. Constatant leur aisance à assécher les terres humides, il décide de convaincre en 1785 quelques 1598 d’entre eux, dont environ 200 venant de Belle-Île-en-Mer de s’installer. Ils arrivèrent vite à produire des récoltes louisianaises: le maïs, le coton et le riz.

    Pourquoi des aboiteaux? L’Acadie du XVIIème siècle était presque entièrement recouverte par la forêt. Or, les terres gagnées sur la forêt ont toujours un rendement agricole médiocre. Les Acadiens décidèrent alors de cultiver les rivages en bord de mer et au bord des fleuves côtiers qui étaient quotidiennement soumis au flux et au reflux. Les étendues récupérées n’étaient pas immédiatement productives car la teneur en sel devait d’abord baisser, ce qui demandait plusieurs années. Toutefois, des herbes sauvages poussant très rapidement sur les terres à peine asséchées, ces surfaces servaient presque aussitôt de pâturage en attendant la mise en culture effective. Grâce aux aboiteaux, les Acadiens possédaient des terres dont le rendement est estimé à cinq fois celui d’une terre défrichée sur la forêt. L’Acadie se couvrit alors d’une quantité si importate d’aboiteaux que ceux-ci en sont devenus un des symboles, donnant aux Acadiens le surnom de « défricheurs d’eau ». Ce type de culture possédait néanmoins ses inconvénients car les levées de terre demandaient un entretien quotidien, des dégâts devaient être réparés à chaque tempête ou forte marée, et une révision annuelle était nécessaire à chaque sortie d’hiver.

    Beaucoup d’aboiteaux sont encore en état aujourd’hui, et certains furent même construits et utilisés jusque dans les années 1950, par exemple à Dugas. Il en reste toujours un peu partout en Acadie, ainsi que dans la région de Kamouraska, au Québec. On distingue les aboiteaux marins (Beaubassin, Rivière-aux-Canards…) et les aboiteaux fluviaux (Memramcook, Port-Royal).

    * Comme on m’a appris à citer mes sources, et que je préfère toujours rendre à César ce qui est à César, je dis… merci Wikipédia! http://fr.wikipedia.org/wiki/Aboiteau Et ne me demandez pas d’où vient le nom « aboiteau », je n’en sais rien. Ca doit être sans doute un québécisme.

    Cet enblème de l’Acadie à inspiré à Calixte Duguay une chanson poignante, intitulée Les aboiteaux… Au travers de cet élément typique, ce titre est une sorte de chronique douce-amère de la vie des Acadiens exilés en Louisiane, et évoque la déportation avec beaucoup de pudeur, de finesse et d’émotion…

PAROLES:

Hier je suis allé en rêvant d’Isabeau

Voir le foin pousser sur la digue

Ce coin de pays était si beau

Mais il tombe en lambeaux

Et ses habitants

Depuis longtemps

N’en peuvent plus de fatigue

Mais les aboiteaux attendent quelque part

Que le pays d’alentour s’éveille

Avant de venir nous parler de départ

Pour d’autres merveilles

Jean LeBlanc m’a dit qu’un jour aux aboiteaux

La mer s’en viendrait par la digue

Rassembler les membres du troupeau

Partis sur les bateaux

Que les déportés

Viendraient fêter

Et qu’on danserait la gigue

Mais les aboiteaux attendent quelque part

Que le pays d’alentour s’éveille

Avant de venir nous parler de départ

Pour d’autres merveilles

Revienne la mer un jour aux aboiteaux

Forcer les clapets de la digue

Qu’elle nous apporte pour bientôt

Ce qu’elle a de plus beau

Je crains cependant

Que Jean LeBlanc

Soit seul pour danser sa gigue

Mais les aboiteaux sont toujours quelque part

Attendant que le pays s’éveille

Viendront-ils un jour nous parler de départ

Pour d’autres merveilles…?

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      Les aboiteaux interprétée de façon émouvante par le collectif Ode à l’Acadie (avec Monique Poirier au chant lead)…

BAYOUS D’ACADIE (La Virée)

Paroles: Stéphane Basque, Denis Surette et Eric Haché/ Musique: Denis Surette/ 2012

    Bayous d’Acadie est la pièce-titre de l’excellent troisième album de La Virée, paru en 2012 (et que j’ai chroniqué il y a quelques mois). Alors que tout le disque baigne dans les influences folk-rock celtique, les chants de marins et les inspirations lorientaises, Bayous d’Acadie a été composée dans le plus pur style cajun, ce qui fait qu’elle détonne au milieu des autres, et peut déconcerter l’auditeur… C’est une longue chanson très roots, très blues du bayou, qui exprime un malaise, celui d’un Acadien déraciné en Louisiane, qui a le mal du pays. Ce titre particulier, un peu long et trop blues à mon goût, et un poil trop geignard (comparé aux bijoux nostalgiques transpirant la joie de vivre que sont Quand c’qu’on était moins vieux ou Une vieille guitare, par exemple), ne me parle pas. C’est d’ailleurs la seule pièce de l’album que je n’arrive pas à apprécier. Cependant, le texte m’a interpellée par sa justesse de ton. Pour cette raison, et parce que Bayous d’Acadie correspond bien au thème lousianais de cet article, et parce qu’il s’agit de La Virée, ce titre a droit de cité ;) ! Dans le livret, il n’y a aucun texte introductif pour accompagner les paroles et en expliquer le contexte, alors je suppose qu’il y a plusieurs lectures possibles: l’Acadien déraciné qui s’exprime ici peut bien être un homme du XXIème siècle obligé de s’exiler pour des raisons professionnelles, autant qu’un Acadien du XVIIIème siècle déporté en Louisiane…

PAROLES:

1. Mama, ça fait longtemps que t’es partie

Mama, ça fait longtemps que chu parti

J’croyais qu’j'avais ben compris

La jeunesse souvent est folie

2. Mama, ça fait longtemps que t’es partie (bis)

C’est juste une feel good trip,

Les voyages ça reste dans les tripes

3. Mama, c’est mon histoire que j’te conte

Mama, c’est ton histoire qui me hante

Trop pressé de grandir

Vivre dans l’espoir d’un souvenir

4. Mama, ça fait longtemps que t’es partie (bis)

Quand l’ennuie est trop forte

Chez-vous c’est encore chez nous

5. Mama, ça fait longtemps qu’on est partis (bis)

On aimerait bien revenir

Mais on n’peut pas y arriver…

      Pas de vidéo pour ce titre, mais vous pouvez toutefois l’écouter au lien suivant, où l’album est en écoute intégrale (Bayous d’Acadie est le 7ème titre, et puis tant qu’à faire vous pouvez écouter l’album entier ;) … ) : http://laviree.com/discographie/extraits-et-textes/bayous-dacadie/

LE COURTABLEAU (Suroît)

Paroles et musique: traditionnelle

    En 1998, les madelinots de Suroît publient l’album Bootleg, disque enregistré dans l’esprit et dans les conditions des partys de cuisine acadiennes. Figure sur la track-list de cet album un titre double, en deux parties: la première, Déporté en Lafayette, est une courte chanson dans le même style que Bayous d’Acadie. Le second segment, plus conséquent, est la chanson traditionnelle Le courtableau (que l’on attribue à Beausoleil). Très loin des sonorités blues, c’est une chanson cajun endiablée, truffée de noms typiques et de mots cajuns! Cela va des acadianismes à des emprunts au créole louisianais. Comprend qui peut ce titre! ;) Je peux quand même vous donner quelques indices: les noms « tourloulous » et « ouaouarons » par exemple sont empruntés au créole louisianais. Les « tourloulous » désignent une espèce de petit crabe, et les « ouaouarons » sont des crapauds-buffles! ;)   Vous ne serez sans doute pas surpris si je vous dis que Le courtableau est l’un des quatre titres, avec La danse du Mardi-Gras, Hé yaille yaille (disco fait dodo) et La lianne, qui composent le Medley cajun que Suroît aime souvent interpréter en concert… ;)

PAROLES:

1. S’en allait sur l’courtableau ti-monde

Pour ramasser des écopeaux yaille yaille

Pour faire du feu bébé

Pour faire bouillir des tourloulous

S’en allait sur l’courtableau ti-monde

Pour ramasser des écopeaux yaille yaille

Pour faire du feu chérie

Pour faire bouillir des ouaouarons

2. S’en allait sur l’courtableau ti-monde

Pour ramasser des écopeaux yaille yaille

Pour faire du feu bébé

Pour faire bouillir des écrevisses

S’en allait sur l’courtableau ti-monde

Pour ramasser des écopeaux yaille yaille

Pour faire du feu chérie…

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      Le courtableau en version originale studio…

EVANGELINE ACADIAN QUEEN (Paroles et musique: Angèle Arsenault, 1977)

    Angèle Arsenault, chanteuse de l’Île du Prince Edouard, est l’auteure entre autres du magnifique Grand Pré, l’une des chansons-phares de l’identité acadienne. Ce titre s’est hissé au rang de ceux qui ont pour l’Acadie valeur de symbole. Non contente de cet exploit, la chanteuse a également pastiché un autre grand classique: EvangélineEnvangéline Acadian Queen est une petite chanson malicieuse et entraînante qui revient de façon humoristique sur les amours tragiques d’Evangéline et Gabriel, puis évoque dans le dernier couplet la « récupération » de la figure d’Evangéline, considérée comme une héroïne de la province, popularisée par le poème de Longfellow d’abord, et par la chanson de Michel Conte ensuite. Volonté de démythification, je ne sais pas, mais volonté de dédramatisation, certainement. Angèle Arsenault allège ici par l’humour le côté dramatique de cette histoire…

PAROLES:

1. Je m’en vais vous parler

De quelqu’un qu’vous connaissez

Vous mais trompez-vous pas

A vient pas des Etats

2. Même si certain fellow

Qui s’appelait Longfellow

L’a popularisée

Y’a deux cents ans passés

3. Elle s’appelait Evangéline

Elle était ben ben fine

Elle aimait Gabriel

Sur la terre comme au ciel

4. Ils vivaient en Acadie

Et y’étaient riches en maudit

Mais un jour les Anglais

N’étaient plus satisfaits

5. Alors ils les ont déportés

Gabriel a disparu

Evangéline déconfortée

L’a cherchée tant qu’elle a pu

6. Elle l’a cherché en Acadie,

Au Québec, en Ontario

Pis aux Etats-Unis,

En Floride en Idaho

7. Arrivée en Louisiane

Avec sa cousine Diane

A dit là j’perdrais plus mon temps

Elle avait soixante et quinze ans

8. Engagée à l’hôpital

Elle soignait les malades

Elle a vu son Gabriel

Qui partait pour le ciel

9. A y’a sauté au cou

A y’a dit merci beaucoup

Asteure que t’es enterré

J’vais pouvoir m’en retourner

10. Je m’en vais pour investir

Dans les compagnies de l’avenir

Afin que le nom d’Evangéline

Soit connu en câline

Evangéline Fried clams

Evangéline Salon Bar

Evangéline Sexy Ladies Wear

Evangéline Comfortable Running Shoes

Evangéline Automobile Springs

Evangéline Regional High School

Evangéline Saving Mortgage and Loans

Evangéline The only French Newspaper in New Brunswick

Evangéline Evangéline Acadian Queen

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    Evangéline Acadian Queen

AU BORD DU LAC BIJOU (Paroles et musique: Zachary Richard)

    On termine cette playlist acadiano-cajun tout en douceur, avec cette jolie ballade de Zachary Richard, Au bord du lac Bijou

PAROLES:

1. Dans le Sud de la Louisiane

Dans le bois d’Attakapas

Où la rivière rejoint la levée

Planté dans l’anse est un gros chêne vert

Au bord du Lac Bijou

2. Dans son feuillage

Où les branches font leur crochet

Les hirondelles reviennent chaque printemps

Ils se réfugient dedans ce chêne vert

Au bord du Lac Bijou

3. Tourne, tourne dans mes bras

Tiens-moi serré encore

Reste avec moi, en bas le chêne vert

Au bord du Lac Bijou

4. C’était l’année de cinquante et sept

La première fois je les ai vus

Les deux ensemble se bâtir un nid

Au bord du Lac Bijou

5. Ils revenaient quand l’hiver était fini

Je les appelais Pierre et Marie

Un grand monsieur noir comme la nuit

Sa demoiselle avec lui

6. Pendant le carême ce dernier mois d’avril

Je lui ai vu une dernière fois

Un oiseau seul posé sur sa branche

Au bord du Lac Bijou

7. Il restait tranquille, son coeur après se casser

Guettant du matin au soir

Jusqu’au dimanche qu’il est parti aussi

Du bord du Lac Bijou…

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    Zachary Richard chante Au bord du Lac Bijou en live…

    Et les bonux… ;) :

   BONUX 1: L’intégrale du Medley cajun de Suroît, filmé au Pavillon de l’Acadie (off course! ;) ) au FIL 2010…

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   BONUX 2: Le teaser du spectacle d’Ode à l’Acadie. Un spectacle qui avait l’air riche, varié, et très qualitatif, à l’image de ses talentueux jeunes musiciens…

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    BONUX 3: Le final endiablé du show Acadie authentique à l’Espace Marine, FIL 2012. Les cinq violons lead du spectacle (de gauche à droite Georges Belliveau, Marie-Andrée Gaudet, Louise Vautour, Dominique Dupuis et Théo Brideau), qui avaient ouvert la soirée (j’avais mis la vidéo dans le premier article), la referment avec autant de panache qu’ils l’avaient inaugurée.

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    Une bonne manière de clore le sujet de l’hommage à l’Acadie. Les articles hommages sont finis, mais prenez garde ;) , diverses chroniques de disques pourraient suivre… Alors c’est tout, pour le moment… ;)

     Bon visionnage! ;)

    EDIT: comme le hasard fait bien les choses… Demain, à 20 h 45 sur France 3, Patrick de Carolis va nous présenter un nouveau numéro de son émission Le Grand Tour. Il va nous faire voyager du Québec à la Louisiane, et va parler des Acadiens… A bon entendeur… ;)



Je salue le peuple irlandais…

   On poursuit dans la série des « articles-hommages »… Après notre petite virée émotionnelle en Acadie d’octobre dernier, je vous propose de mettre le cap, non pas au nord du continent américain, mais vers le nord de l’Europe, vers un pays réputé pour ses vertes vallées, ses magnifiques paysages sauvages, pour ses légendes, l’une des nations celtes « historiques »… Vous n’avez pas deviné? Je veux parler de l’Irlande!

    Peuplée de quelques 6 millions d’habitants, pays-membre de l’UE depuis 1973, l’Irlande est la plus grande île d’Europe. Terre fertile en légendes, qui occupent une place importante dans l’imaginaire celtique, elle est aussi considérée comme le « berceau » et la mémoire de la musique celtique. De toute la grande famille des musiques celtiques, la musique irlandaise est probablement la plus renommée mondialement. Et qui n’a jamais entendu parler, ou jamais fêté la Saint-Patrick? ;)

    Mais, au-delà de l’épanouissement culturel et économique manifeste du pays, il y a des pages sombres qui ne sauraient être occultées… En effet, à l’instar de l’Acadie historique, l’Irlande a eu une histoire chaotique. Je vous épargnerai autant que possible les noms gaéliques à coucher dehors, et je tâcherai d’être brève. Ce qu’il faut savoir: l’Irlande a été marquée par de fortes vagues d’émigration vers les Etats-Unis au milieu du XIXème siècle, après une terrible famine dans les années 1840. Jusqu’au début du XXème siècle, l’île était rattachée à la couronne anglaise et faisait partie intégrante du Royaume-Uni. Mais de nombreux soulèvements vont éclater, menés par des partis indépendantistes, tels le Sinn Féin, pour réclamer l’autonomie de l’Irlande. La guerre d’indépendance irlandaise est marquée par des événements de sinistre mémoire… Si je vous parle du Bloody Sunday ou de l’Insurrection de Pâques 1916, ça vous dit sûrement quelque chose… Quoi qu’il en soit, le traité de Londres ratifié en 1921 mène à une scission de l’Irlande: alors que le sud du pays devient la République d’Irlande (capitale Dublin), souveraine et indépendante, l’Irlande du Nord, aussi appelée Ulster (capitale Belfast), reste rattachée au Royaume-Uni. Il s’ensuivra la guerre civile irlandaise, jusqu’en 1923. Enfin, de 1969 à 1997, l’IRA, force armée, va militer contre la présence britannique en Irlande du Nord et réclamer (sans succès), une autonomie complète. Les questions religieuses, opposant catholiques et protestants, entrent également en ligne de compte dans tous ces événements…

    Voilà pour les grandes lignes… Par cet article, je ne prétends pas prendre parti pour quoi que ce soit. Ce que je veux, c’est simplement rendre hommage à l’Irlande, au peuple irlandais, à ceux qui ont fait l’histoire du pays ou sont morts pour lui… J’espère que la playlist que vous ai concoctée reflètera bien tout cela. J’y ai inclus des morceaux symboliques, des morceaux que j’aime ou qui me touchent… Ma liste sera scindée en deux parties: la première fera la part belle aux chansons militantes ou historiques, tandis que la seconde aura un accent plus nostalgique ou plus joyeux.

    Les militants…

BOBBY SANDS (Paroles et musique: Gary Wicknam/ Soldat Louis, 1993)

    Bobby Sands (Robert Gerard Sands), né en 1954 et mort en 1981, était un député nord-irlandais, activiste notoire de l’IRA. Sous le gouvernement de Margaret Thatcher, accusé de complicité d’attentat, il est incarcéré à la prison de Maze, en Irlande du Nord, où il meurt le 5 mai 1981 après une grève de la faim de 66 jours. Par ces faits, Sands est désormais considéré en Irlande, et au-delà, comme un martyr et comme un héros de la cause républicaine, de la défense de la liberté et de la dignité des prisonniers politiques.

    En 1993, sur son troisième album Auprès de ma bande, Soldat Louis rend hommage à Bobby Sands… Le groupe de rock celtique lorientais prouve, avec la chanson-éponyme Bobby Sands, que leur répertoire ne se cantonne pas qu’à Du rhum des femmes, et qu’ils sont capables d’écrire de beaux titres engagés quand ils s’en donnent la peine. Bobby Sands est une chanson poignante et profonde, qui donne à réfléchir, et dont le refrain-coup de poing ne peut qu’interpeller. Jugez plutôt…

PAROLES:

Les chansons des rues de Belfast

Ont le même parfum d’Irlande

Elles pleurent comme le ciel de Belfast

Comme ont pleuré les yeux de Bobby Sands

Les chansons d’amour en Ulster

Font briller les yeux des filles

Parfois oublier l’Angleterre

Les militaires stationnés pour la vie

Les chansons de guerre à Belfast

Sont piégées de haine farouche

Pour hurler à la gueule d’en face

Pour eux il rest’ra toujours une cartouche

REFRAIN:

Chantez plus fort

Que le monde vous entende

Jurez à mort

L’insolente

Luttez encore

Comme pour l’indépendance

Aimez plus fort

Comme aimait Bobby Sands

Toutes les chansons d’Irlande du Nord

Se souviennent d’une dame de fer

Qui s’était juré d’les voir morts

Un passeport catholique « Bon pour l’enfer »

Les chansons des pubs de Belfast

Trouvent même la bière militante

L’ivresse étant bien moins néfaste

Que l’arrogance de la classe protestante

REFRAIN:

Chantez plus fort

Que le monde vous entende

Jurez à mort

L’insolente

Luttez encore

Comme pour l’indépendance

Aimez plus fort

Comme aimait Bobby Sands

Les chansons d’curé en Irlande

Ont quelques âmes à défendre

Si pour les deux côtés elles chantent

Sans arme, elles savent: Pas d’miracle à attendre

Les chansons des mômes de Belfast

Sentent déjà bon la colère

Pour qu’l'injustice n’ait plus sa place

Les poings serrés avant l’plastic du père

REFRAIN:

Chantez plus fort

Que le monde vous entende

Jurez à mort

L’insolente

Luttez encore

Comme pour l’indépendance

Aimez plus fort

Comme aimait Bobby Sands

Les chansons des rues de Belfast

Ont le même parfum d’Irlande

Elles pleurent comme le ciel de Belfast

Comme ont pleuré les yeux de Bobby Sands

Comme ont pleuré leurs yeux pour Bobby Sands…

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      Soldat Louis interprétant Bobby Sands à l’occasion de la Nuit de la Saint-Patrick à Bercy en mars 2010, avec la participation du Bagad de Locoal-Mendon…

LA BALLADE NORD-IRLANDAISE (Paroles: Renaud Séchan, 1991/ Musique: traditionnel)

    En 1991, sur son album Marchand de cailloux, Renaud nous propose, en guise de titre-phare, une petite chanson en apparence toute simple et gentillette, mais en réalité beaucoup plus profonde… Cette petite chanson, c’est La ballade nord-irlandaise… Renaud revisite à sa sauce le thème traditionnel maintes fois interprété The water is wide*, en écrivant sur cette mélodie un beau texte poétique rendant hommage aux Irlandais qui, malgré que les conflits déchirent catholiques et protestants, sont tous frères. Il évoque plus particulièrement les conflits qui ont secoué l’Irlande dans les années 80-90. Renaud nous parle dans la chanson d’un oranger. Cet oranger, c’est une allégorie et un symbole de la liberté, au-delà de toutes les croyances et de toutes les dissensions qui peuvent exister. A méditer…

PAROLES:

1. J’ai voulu planter un oranger

Là où la chanson n’en verra jamais

Là où les arbres n’ont jamais donné

Que des grenades dégoupillées

2. Jusqu’à Derry ma bien-aimée

Sur mon bateau j’ai navigué

J’ai dit aux hommes qui se battaient

« Je viens planter un oranger »

3. Buvons un verre, allons pêcher

Pas une guerre ne pourra durer

Lorsque la bière et l’amitié

Et la musique nous feront chanter

4. Tuez vos dieux à tout jamais

Sous aucune croix l’amour ne se plaît

Ce sont les hommes, pas les curés

Qui font pousser les orangers

5. Je voulais planter un oranger

Là où la chanson n’en verra jamais

Il a fleuri et il a donné

Les fruits sucrés de la liberté…

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      Clip de La ballade nord-irlandaise version Renaud…

    BONUX: En 2010, sur l’EP Levons nos verres enregistré tout spécialement pour les 40 ans du FIL, les amis acadiens de La Virée ont réalisé une magnifique reprise de La ballade nord-irlandaise, émouvante à souhait, et qui se clôt sur un bouleversant solo de violon final… Alors, comme je kiffe cette reprise et que je kiffe La Virée (et son violoniste… LOL! ;) ), je vous la mets en plus de l’originale… ;)

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    * NB: C’est le même thème The water is wide qui a donné lieu, dans sa déclinaison bretonne, à une certaine chanson Divent an dour… Je dis ça je dis rien… ;)

BEFORE IRELAND CAN GO FREE (texte: Sean O’Casey/ traduction: Tri Yann, 1972)

    Dramaturge et poète irlandais majeur, nationaliste engagé, Sean O’Casey évoque abondamment dans son oeuvre des moments-clés de l’histoire de l’Irlande (l’insurrection de 1916, la guerre d’indépendance, la guerre civile…). En 1972, sur leur tout premier disque Tri Yann an Naoned, les Tri Yann traduisent et enregistrent l’un de ses poèmes sur la révolution irlandaise, sous le titre Before Ireland can go free/ Avant que l’Irlande ne soit libre. Le titre est récité par Jean-Louis Jossic, sur la mélodie traditionnelle Lonely Banna Strand

    Au début de la bataille, plus d’un homme, d’une femme, d’un enfant, avaient quitté travail, mari et jeux

Un enfant, foudroyé sur le pas de la porte

    Un vieillard les bras en croix sur la chaussée

    Un jeune homme près d’un réverbère, qu’il a agrippé quand la balle l’a touché

    Il a glissé, toujours cramponné, et il est mort

    Son visage curieusement blanc regardant le ciel comme s’il demandait pourquoi,

    Son bras raidi enlaçant toujours le réverbère

    Une jeune femme en vêtements d’été

    Peut-être rentrant en hâte à la maison en entendant la fusillade

    Mais pas assez vite!

    Sur son corsage blanc brillant, une tache pourpre de mort s’étendant en plein milieu du dos

    Vous n’aviez signé aucune proclamation? Forcé aucune porte? Pressé aucune gâchette?

    Oh je sais cela! Mais tout de même, l’Irlande avait besoin de vous tout de même, et d’autres mourront encore

    Avant que l’Irlande ne soit libre…

 

ZOMBIE (The Cranberries)

Paroles et musique: Dolores O’Riordan, 1994

    The Cranberries est un groupe de rock irlandais originaire de Limerick, très populaire dans les années 90. La chanson contestataire Zombie, composée en 1994 par Dolores O’Riordan, est probablement leur plus gros tube. Le single s’est écoulé à plus de 2 millions d’exemplaires et s’est classé au sommet des charts dans plusieurs pays. Zombie se réfère directement au conflit nord-irlandais et à l’Insurrection de Pâques 1916. Il a été écrit en mémoire de deux jeunes gens tués par l’IRA provisoire lors d’attentats en mars 1993. La chanson a été récompensée en 1995 par le MTV Music Awards. En voici le clip… La chanteuse Dolores O’Riordan y apparaît couverte de peinture dorée et entourée d’enfants, pour évoquer le martyre de Saint Sébastien:

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      Clip de Zombie

LE PEUPLE IRLANDAIS (Paroles et musique: Yannig ar Bleiz)

    Magnifique chanson de marins composée par Yannig ar Bleiz, du groupe La Flibuste, en hommage à l’Irlande…

PAROLES:

1. Poussées par les grands vents qui balaient l’océan

Sont venues les tribus du levant

Lorsqu’ils ont débarqué sur cette île oubliée

Leur histoire venait de commencer

2. Poursuivant le soleil, ils ont enfin trouvé

« Tir na nog », leur terre sacrée

Ils ont bâti des temples pour mieux remercier

Les dieux qui les avaient guidés

REFRAIN:

Pour la longue patience, les larmes et le silence,

De Belfast à Dublin, et de Cork à Galway,

Je salue le peuple irlandais*

3. Et les siècles ont passé entre lumière et ombre,

Car là-bas on vit entre deux mondes

Dans les pubs enfumés, on préfère chanter

Les vieux rêves à la réalité

Pour la longue patience, les larmes et le silence,

De Belfast à Dublin, et de Cork à Galway,

Je salue le peuple irlandais

4. Encore combien de pluie avant qu’il fasse bleu

Sous la tourbe, couve encore le feu

Car chacun se souvient des croix sur le chemin

Fait de pierres serrées comme des poings.

5. La raison du plus fort est toujours la meilleure

L’histoire est écrite par les vainqueurs

Une cause à justifier mais qui pourra juger

La mémoire d’un peuple oublié?

Pour la longue patience, les larmes et le silence,

De Belfast à Dublin, et de Cork à Galway,

Je salue le peuple irlandais…

    * C’est cette phrase du refrain qui m’a inspiré le titre de l’article…

      Les chansons à caractère historique…

MY LAGAN LOVE (XVIIIème siècle)

    Voilà une chanson à forte valeur historique et symbolique… My Lagan Love, chanson traditionnelle collectée en 1903, date du XVIIIème siècle, époque de forte domination britannique en Irlande. A première vue, il s’agit d’une chanson d’amour, mais c’est bien plus que cela… Elle marque en réalité un engagement politique fort. En effet, elle a été composée à une époque où il était interdit d’écrire sur l’Irlande. Dans cette chanson, la figure de la femme qu’on aime et qu’on désire est donc une métaphore de l’Irlande! Cette chanson exprime la terre aimée, l’Irlande, qu’on n’a pas le droit de célébrer… My Lagan Love a été interprétée par Sinead O’Connor (album Sean nos nua), The Corrs, Celtic Woman ou encore Kate Bush. C’est la version des Corrs (enregistrée en 2005 sur Home, l’album traditionnel du groupe) que je vous propose d’écouter…

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ARTHUR MCBRIDE (XIXème siècle)

    Arthur McBride est une chanson traditionnelle datant du XIXème siècle. Elle a été écrite dans la ville de Donegal. Cette chanson dénonce la campagne de recrutement menée par l’armée anglaise en Irlande dans le but d’envoyer en première ligne des soldat irlandais plutôt que des soldats anglais. Voici la version du groupe Planxty:

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THE WIND THAT SHAKES THE BARLEY (Robert Dwyer Joyce)

    The Wind that Shakes the Barley est une ballade écrite au XIXème siècle par le poète Robert Dwyer Joyce. Elle raconte la tragique histoire d’un jeune rebelle de Wexford, qui sacrifie son amour pour s’enrôler dans la Rébellion de 1798. Voici la version de la canadienne Loreena McKennitt…

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    NB: The Wind That Shakes the Barley, qui signifie littéralement Le vent qui secoue l’orge, a inspiré le titre du film de Ken Loach Le vent se lève, sorti en 2006 et récompensé par la Palme d’or au Festival de Cannes la même année…

      Nostalgie…

LA MAISON D’IRLANDE (Paroles et musique: Gilles Servat)

    Gilles Servat, poète de la Bretagne militante, chantre notoire de l’interceltisme, mais aussi irlandais de coeur, se remémore, avec sa superbe chanson La maison d’Irlande, les jours heureux passés dans sa maison du Connemara…

PAROLES:

Dressée parmi les pierres, c’était une chouette maison

Vers les routes du ciel où l’Irlande est si belle

Où les murets le soir ourlent de noire dentelle

Des parcelles de tourbières et de joncs

Faut passer par un chemin à péter un essieu

Où l’on peut voir les nuages courir dans les flaques d’eau

Et tout au bout les îles vous en mettent plein les yeux

Les longs sables d’Omey et les cornes de Cruagh

REFRAIN:

Chérissons les instants qui se meurent aussitôt

Et qu’on ne reverra plus jamais

Chérissons les instants qui se meurent aussitôt

Et qu’on ne retrouvera qu’au cimetière des photos

C’était une chouette maison où j’entendais la nuit

Les camions fous du vent rugir au dessus de mon lit

Et le lendemain je r’gardais la cavalerie charger

Crinières blanches à l’assaut des rochers

Crépitements de la pluie en rafales de tambour

Dans l’odeur de la tourbe j’écrivais tout le jour

Et l’samedi quand j’allais chez Terry faire le plein

Au milieu de tout ce monde je me croyais à Dublin

REFRAIN:

Chérissons les instants qui se meurent aussitôt

Et qu’on ne reverra plus jamais

Chérissons les instants qui se meurent aussitôt

Et qu’on ne retrouvera qu’au cimetière des photos

Et l’matin du départ, le ciel était tout clair

Sur le chemin je voyais Achill, Bofin et Clare

Un jeune soleil tout propre empoudrait les sommets

Et les flots du Streamstown s’enflammaient

J’y suis retourné souvent pour d’autres grands bonheurs

J’ai des amis là-bas, j’leur ai laissé mon coeur

Oui mais la dernière fois, j’étais un peu perdu

Quand mes amis m’ont dit: « La maison est vendue »

REFRAIN:

Chérissons les instants qui se meurent aussitôt

Et qu’on ne reverra plus jamais

Chérissons les instants qui se meurent aussitôt

Et qu’on ne retrouvera qu’au cimetière des photos…

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      Gilles Servat interprète La maison d’Irlande lors du spectacle-événement Bretagnes à Bercy en mars 1999…

    … et bonne humeur!

LES FILLES D’IRLANDE (Paroles: Tri Yann, 2001/ Musique: Henry Purcell)

    C’est sur une note de bonne humeur que je clôture cet article-hommage à la verte Erin… En 2001, sur Le Pélégrin, leur magistral album des 30 ans de carrière, nos amis les Tri Yann ont célébré gaillardement les filles et femmes d’Irlande, avec cette composition joyeuse et friponne sur une mélodie virevoltante du compositeur Henry Purcell. Jusqu’en 2007, Les filles d’Irlande figuraient en bonne place sur la set list des concerts, avant de passer à la trappe à partir de la tournée d’Abysses. J’avoue que cette chanson me manque un peu, parce que c’est un titre vraiment taillé sur mesure pour la scène! :)

PAROLES:

Les filles de Galway ont lèvres de miel,

Douces et rouges comme guigne au soleil,

Au soleil, au soleil,

Les filles de Galway ont lèvres de miel (bis)

Les filles de Clonmel faut voir quand elles dansent,

Les anges du ciel frappent la cadence,

Quand elles dansent, quand elles dansent,

Les anges du ciel frappent la cadence (bis).

Les filles de Clare ont le teint si pâle

Que claire est la pluie et clair le cristal,

Teint si pâle, teint si pâle,

Que claire est la pluie et clair le cristal (bis)

Les filles de Cavan sous leurs capes blanches,

On voit leurs dentelles quand elles se déhanchent,

Capes blanches, capes blanches,

On voit leurs dentelles quand elles se déhanchent (bis).

Les filles de Cork ont le diable au corps,

Tu damnerais ton âme pour qu’elles t’aiment encore,

Diable au corps, diable au corps,

Tu damnerais ton âme pour qu’elles t’aiment encore (bis).

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      Tri Yann célèbre avec fougue Les filles d’Irlande sur la scène de l’Espace Marine, au FIL 2003 (extrait du DVD Les Racines du futur)… :)

    Je dédie cet article à ma « soeur jumelle du Web » et fidèle lectrice Lucile, et je la remercie pour ses précieux conseils, en particulier sur les morceaux à caractère historique… :) ;)



Dix ans…

    27 décembre 2003 – 27 décembre 2013… Dix ans…

    Aujourd’hui, cela fait dix ans que j’ai découvert Tri Yann…

    C’est avec un brin de nostalgie, avec excitation, et avec une tendresse certaine que je considère ces dix années écoulées… A l’époque, j’avais 12 ans, j’étais collégienne, aujourd’hui j’en ai 22 et je suis diplômée de fac. Dix ans, ça fait un sacré bail! Dix ans au cours desquels ma vie a totalement basculé. Dix ans de passion triyannesque… De concerts en concerts, de rencontres en amitiés, du Centre à la Bretagne… Aurais-je pu croire, il y a dix ans, lorsque j’ai simplement acheté la compilation Le meilleur de Tri Yann vol. 2 en grande surface, que ma vie, et celle de ma famille, allait être à ce point bouleversée?? :D Si vous m’aviez dit ça il y a dix ans, je vous aurais certainement ri au nez. Et non, je ne pouvais pas à l’époque pressentir cette succession de causes et effets. Et c’est ce qui en fait la magie!!! :D

    Je n’en dis pas plus pour le moment. Mais comme tout anniversaire décennal, quel qu’il soit, se doit d’être fêté dignement, je vous concocterai certainement dans les prochaines semaines plusieurs articles tournant autour de mes dix années de passion Tri Yann… On resigne pour une nouvelle décennie, les gars??? ;) :D

    Je vous adresse du fond du coeur, chers lecteurs, mes meilleurs voeux pour l’année 2014 qui se profile!

    Celtic Chroniques, Tryanaute heureuse et comblée!!! :D



Brève: Tri Yann et la chapelle de Kermaria an Isquit

    Hier matin, nos amis les Tri Yann ont livré une prestation à tous points de vue exceptionnelle, dans un contexte très particulier. Le groupe est en effet venu jouer en formation réduite (Jean, Jean-Paul, Jean-Louis et Gégé) à Plouha (Côtes d’Armor), dans la chapelle de Kermaria an Isquit, pour la bonne cause: la restauration de la chapelle, et particulièrement de sa fresque la Danse Macabre, qui date du XIIIème siècle. Cette Danse macabre est extrêmement rare, il n’en existe que quatre représentations en France, dont deux en Bretagne (celle-ci à Plouha, et l’autre à Kernascléden, dans le Morbihan. Or, ce véritable trésor du Moyen-Âge est menacé, dégradé par un champignon miscroscopique dû à l’humidité ambiante. La restauration de la fresque est estimée très onéreuse (de l’ordre de 300 000 euros). Yvon Fichou, adjoint au patrimoine de Plouha, a lancé un appel aux dons au public.

    Que viennent faire les Tri Yann dans tout ça? Les voir chanter dans la chapelle de Kermaria an Isquit n’a rien d’incongru. En 1981, le groupe a enregistré sur l’album An Heol a zo glaz/ Le soleil est vert une chanson célébrant ce bijou du patrimoine breton, intitulée Grand bal de Kermaria an Isquit. A l’invitation d’Yvon Fichou, ils se sont volontiers mobilisés pour la restauration de la chapelle et la sensibilisation des bretons à leur patrimoine, venant interpréter hier matin in situ Grand bal de Kermaria an Isquit, chanson ô combien de circonstance (et ô combien magnifique…). Le titre complet se divise en trois segments, Ballade, Psaume et Danse macabre (évocation directe de la fresque). C’est plus exactement la ballade qu’ils ont interprétée, devant un auditoire de quelques 300 personnes, dont un bon nombre de collégiens du secteur.

    Le caractère exceptionnel de cette prestation réside en plusieurs raisons… Parce qu’il ne s’agissait pas d’un concert, mais d’une intervention de circonstance, pour le lieu même, parce que Grand Bal de Kermaria an Isquit est un titre rare et peu connu du répertoire de Tri Yann, et par conséquent les voir le jouer est tout à fait exceptionnel, pour la beauté du texte et de la mélodie, délicieusement médiévale, pour l’interprétation totalement sans filet. Sans micros, ni amplis, seulement avec la puissance des voix, et les guitares, le psaltérion, la flûte et le mandoloncelle, les Trois Jean, que l’on sait depuis 42 ans fervents défenseurs de la mémoire et du patrimoine breton sous toutes ses formes, ont rendu un bien bel et émouvant hommage, pendant leur très court récital de deux titres (Grand Bal de Kermaria an Isquit et Si mors à mort), à ce lieu séculaire et chargé d’histoire… Merci les gars…

    Béni soit celui ou celle qui a pensé à immortaliser ce moment unique et privilégié et à le poster sur YouTube!!! :D :D <3  Le voici:

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    Voilà pour cette « brève », que je me suis sentie un peu obligée d’écrire, étant donné le caractère peu commun de l’événement et de la prestation…



Hommage: Tu vois, je pense aux Acadiens…

    Dans la foulée de mon article sur La Virée, et parce que j’éprouve le besoin d’exorciser l’émotion très forte que j’ai ressentie à l’écoute de l’une des plus sublimes complaintes du répertoire de cette région, j’ai décidé de rester un peu en Acadie, et de me pencher d’un peu plus près sur certains « chants de la mémoire », qui relatent l’histoire tourmentée de la province…

    Petite leçon d’Histoire-géo accélérée: L’Acadie, en clair, qu’est-ce que c’est? L’Acadie, c’est une région nord-américaine majoritairement francophone morcelée, sans véritable frontière. On y inclut communément les quatre principales provinces du Canada Atlantique, à savoir le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Ecosse, l’Île du Prince Edouard, et Terre-Neuve-et-Labrador. Outre ces quatre-là, des communautés de la diaspora acadienne se situent également au Québec, dans les Etats américains du Maine et de Louisiane, en Gaspésie, aux Îles de la Madeleine ou aux Îles Malouines. Entrer dans les détails serait trop compliqué, mais les historiens distinguent « l’Acadie historique » et l’Acadie « généalogique », . L’Acadie dite « historique », colonie de la Nouvelle-France, a été fondée en 1604. De par sa position stratégique entre Canada et Nouvelle-Angleterre, l’Acadie subira les conséquences de nombreux conflits, de guerres civiles en attaques anglaises. A partir de 1710, les Anglais entreprennent de conquérir l’Acadie, et seront appuyés en ce sens en 1713 par le Traité d’Utrecht, bien que la France garde « dans les faits » le contrôle du territoire. Mais les Acadiens refusent de prêter allégeance à la couronne anglaise. En riposte à cette insoumission a lieu la Déportation des Acadiens, entre 1755 et 1763: une grande partie de la population est déportée vers les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et ailleurs, et exilée. Cet épisode douloureux, véritable traumatisme d’un peuple, restera dans les mémoires sous le nom de « Grand Dérangement ». Il est à l’origine de l’éclatement de la diaspora acadienne.

    Qu’en reste-t-il aujourd’hui? Des poèmes, « chants de la mémoire », des « chants du souvenir acadien », composés par des artistes acadiens ou bretons. Certains sont bouleversants d’émotion… En voici quelques exemples…

EVANGELINE (Paroles et musique: Michel Conte, 1971)

    Inspirée d’un long poème épique écrit au XIXème siècle par l’américain Henry Wadsworth Longfellow, Evangéline est une sublime complainte composée par Michel Conte en 1971. La chanson fut popularisée par Isabelle Pierre. Suivirent plusieurs autres interprètes, notamment Marie-Jo Thério, Lyne Lapierre, Marie Williams, Annie Blanchard, ou encore Elisabeth Milot (du groupe Prenez Garde!). Evangéline est bien plus qu’une simple chanson: c’est le symbole de tout un peuple exilé! Elle raconte l’histoire dramatique de deux fiancés, Evangéline et Gabriel, séparés lors du Grand Dérangement de 1755 et déportés aux Etats-Unis. Pendant de nombreuses années, Evangéline n’aura de cesse de rechercher son amant dans toute l’Amérique. Mais malgré les épreuves, loin de son pays et de son bien-aimé, la jeune femme trouve la force de continuer à vivre, et devient infirmière dans un hospice. Bien des années après, elle retrouve Gabriel, devenu un vieillard, parmi les malades, et il meurt dans ses bras… Quand j’ai écouté la chanson pour la première fois, j’avais la chair de poule et, arrivée au couplet sur les retrouvailles des amants et la mort de Gabriel dans les bras de sa bien-aimé, je sentais les larmes ruisseler sur mes joues, sans que je puisse les contrôler, et sans que je cherche a les contrôler, tant j’avais été bouleversée… :(   :(   :(   C’est d’ailleurs cette forte émotion, dont j’avais besoin de me purger, qui est à l’origine de cet article… Cette complainte magnifique, incontestablement l’un des plus beaux titres du répertoire acadien, peut-être interprétée littéralement comme une chanson d’amour, mais aussi, plus profondément, comme un formidable message d’espoir. Acadien ou non, comment ne pas être touché au plus profond par le symbole que véhicule Evangéline?… En voici une analyse:

    « L’amour pur et fidèle qu’éprouve Évangéline pour Gabriel symbolise la confiance éternelle, sentiment que de nombreux groupes sociaux peuvent éprouver. Lorsqu’ils ressentent cette confiance, ils voient alors poindre une lueur d’espoir dans les ténèbres de l’intolérance et du rejet. Évangéline est porteuse d’un message à la fois mythique et métaphorique, du flambeau de l’amour et de l’espoir éternels, non seulement pour les descendants directs des Acadiens victimes de la Déportation, mais pour ceux et celles qui cherchent désespérément un sens à une existence vide. Il s’agit d’une fonction très importante du mythe. Aux yeux de milliers de gens, Évangéline est l’image de l’émotion qu’elle incarne, un périple difficile à travers les joies et les peines de l’existence, donnant un sens au grand voyage qu’est la vie. » *

    * Cette analyse est issue de l’article Wikipédia consacré à Evangéline: http://fr.wikipedia.org/wiki/Evang%C3%A9line

    Passons maintenant à la chanson proprement dite…

PAROLES:

Les étoiles étaient dans le ciel

Toi dans les bras de Gabriel

Il faisait beau, c’était dimanche

Les cloches allaient bientôt sonner

Et tu allais te marier

Dans ta première robe blanche

L’automne était bien commencé

Les troupeaux étaient tous rentrés

Et parties toutes les sarcelles

Et le soir au son du violon

Les filles et surtout les garçons

T’auraient dit que tu étais belle

Evangéline, Evangéline

Mais les Anglais sont arrivés

Dans l’église ils ont enfermé

Tous les hommes de ton village

Et les femmes ont dû passer

Avec les enfants qui pleuraient

Toute la nuit sur le rivage

Au matin ils ont embarqué

Gabriel sur un grand voilier

Sans un adieu, sans un sourire

Et toute seule sur le quai

Tu as essayé de prier

Mais tu n’avais plus rien à dire

Evangéline, Evangéline

Alors pendant plus de vingt ans

Tu as recherché ton amant

A travers toute l’Amérique

Dans les plaines et les vallons

Chaque vent murmurait son nom

Comme la plus jolie musique

Même si ton coeur était mort

Ton amour grandissait plus fort

Dans le souvenir et l’absence

Il était toutes tes pensées

Et chaque jour il fleurissait

Dans le grand jardin du silence

Evangéline, Evangéline

Tu vécus dans le seul désir

De soulager et de guérir

Ceux qui souffraient plus que toi-même

Tu appris qu’au bout des chagrins

On trouve toujours un chemin

Qui mène à celui qui nous aime

Ainsi un dimanche matin

Tu entendis dans le lointain

Les carillons de ton village

Et soudain alors tu compris

Que tes épreuves étaient finies

Ainsi que le très long voyage

Evangéline, Evangéline

Devant toi était étendu

Sur un grabat un inconnu

Un vieillard mourant de faiblesse

Dans la lumière du matin

Son visage sembla soudain

Prendre les traits de sa jeunesse

Gabriel mourut dans tes bras

Sur sa bouche tu déposas

Un baiser long comme ta vie

Il faut avoir beaucoup aimé

Pour pouvoir encore trouver

La force de dire merci

Evangéline, Evangéline…

Il existe encore aujourd’hui

Des gens qui vivent dans ton pays

Et qui de ton nom se souviennent

Car l’océan parle de toi

Les vents du sud portent ta voix

De la forêt jusqu’à la plaine

Ton nom, c’est plus que l’Acadie

Plus que l’espoir d’une patrie

Ton nom dépasse les frontières

Ton nom c’est le nom de tous ceux

Qui malgré qu’ils soient malheureux

Croient en l’amour et qui espèrent

Evangéline, Evangéline, Evangéline, Evangéline…

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    La version de Marie-Jo Thério… Je vous défie bien d’écouter cette complainte sans sortir la boîte de Kleenex! Je dois préciser qu’Evangéline est l’une des trois seules chansons (avec Lancastria de Tri Yann et Adieu monsieur le professeur d’Hugues Aufray) qui aient réussi à me faire pleurer jusqu’à aujourd’hui. C’est dire…

GRAND-PRE (Paroles et musique: Angèle Arsenault, 1994)

    Grand-Pré est un village de Nouvelle-Ecosse fondé en 1682. Longtemps négligé par le gouvernement colonial, car situé trop loin de Port-Royal, il tomba sous la domination des Britanniques en 1713. Il retourna brièvement sous contrôle des Français après la Bataille de Grand-Pré en 1747. C’est à Grand-Pré que fut menée la plus vaste opération de déportation lors du Grand Dérangement de 1755. Le site est aujourd’hui classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

    Grand-Pré, c’est également une émouvante chanson composée par Angèle Arsenault en 1994. Cette chanson est un véritable manifeste de l’identité acadienne telle qu’on la définit, avec en plus un bel hommage aux racines françaises de la diaspora acadienne actuelle… Alors qu’Evangéline était, au-delà de l’amour, une exaltation de l’espoir en bout de course, Grand-Pré est empreinte d’un incroyable  et touchant positivisme. Elle est la voix des descendants des exilés, fiers de leur héritage, qui clament haut et fort que la mémoire de leur peuple se perpétuera, et que toujours l’Acadie s’exprimera… La chanson fut interprétée par Angèle Arsenault elle-même, Sandra Le Couteur (chanteuse originaire de l’Île Miscou), ou encore par le collectif Ode à l’Acadie…

PAROLES:

On porte toujours en soi un peu de son pays

Et moi je n’oublie pas que je suis d’Acadie

Si mon histoire est triste, ce n’est pas votre faute

Mais soyons des artistes, écrivons-en une autre

Qui sera bien plus belle, beaucoup moins dramatique

Avec des arcs-en-ciel, d’la danse et d’la musique

A partir d’aujourd’hui, bâtissons l’avenir

En gardant du passé nos plus beaux souvenirs

Grand-Pré, c’est là que tout a commencé

Grand-Pré, c’est là que nous avions rêvé

Grand-Pré, de bâtir un monde nouveau

A l’abri des tempêtes, au bord de l’eau

Grand-Pré, c’était un peu le paradis

Grand-Pré, les Indiens étaient nos amis

Grand-Pré, à l’abri des arbres géants

Dans le Bassin des Mines, à l’origine

Du nouveau continent

Non, ils ne sont pas venus, les soldats, c’est pas vrai

Car dans la petite église, tous les hommes priaient

Les femmes à la maison préparaient le fricot

Les enfants dans les champs surveillaient les troupeaux

Non, elle n’est pas venue, la si terrible guerre

Qui déchire les familles et crée tant de frontières

Si c’est ça mon histoire, je refuse d’y croire

Je préfère oublier ce qui est arrivé

Grand-Pré, tout un peuple qu’on a déporté

Grand-Pré, une page d’histoire qu’on a déchirée

Grand-Pré, les maisons, les fermes brûlées

Tout c’qu’on avait bâti s’est effondré

Grand-Pré, où sont les Leblanc, les Légère

Sont-ils en Louisiane ou à Belle-Île-en-Mer?

Grand-Pré, comment faire pour garder l’espoir

Allons-nous nous revoir, comment savoir

Où se trouve l’Acadie

Dans les prisons de Londres et dans le port de Nantes

Pendant de longues années, ils vécurent dans l’attente

De pouvoir retourner chez eux en Amérique

On les a bien nommés, les piétons de l’Atlantique

Ces braves paysans qui venaient du Poitou

Du Berry, d’la Touraine, d’la Bretagne, de l’Anjou

Ils avaient tout quitté pour un peu d’liberté

On les a condamnés à vivre en exilés

Grand-Pré, je ne veux pas vous faire pleurer

Grand-Pré, mais je ne peux pas oublier

Grand-Pré, que mes ancêtres étaient Français

Et tout ce qu’ils voulaient c’était vivre en paix

Grand-Pré, nous n’étions que quelques milliers

Grand-Pré, nous n’avons pas abandonné

Grand-Pré, aujourd’hui nous pouvons rêver

Trois millions d’Acadiens et d’Acadiennes continuent à chanter

Nous avons survécu

Nous sommes les invaincus

Nous nous sommes relevés

Nous avons triomphé

Nous connaissons la guerre

La faim et la misère

Mais nous n’avons ni frontière

Ni haine, ni regard en arrière

Nous marchons droit devant

Vers le soleil levant

Fiers de notre héritage

Parlant notre langage

Marchant à notre pas

Chantant Alléluia

Enfants de l’Acadie

Notre histoire nous a grandis

Notre histoire n’est pas finie

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    Grand-Pré, superbement interprété par Ode à l’Acadie… Ode à l’Acadie est un collectif de sept jeunes musiciens acadiens, formé en 2004 au Festival acadien de Caraquet à l’occasion du 400ème anniversaire de la fondation de l’Acadie. Le groupe ne devait au départ être qu’éphémère, mais le succès fut tel que l’aventure se prolongea jusqu’en 2010, et que le collectif développa plusieurs spectacles. Ode à l’Acadie se composait des musiciens suivants: Isabelle Thériault, Monique Poirier, Louise Vautour, Patricia Richard, Christian Kit Goguen, Nicolas Basque et François Emond.

ENTRE BELLE-ÎLE ET NANTES (Paroles et musique: Suroît, 2002)

    Tout comme Grand-Pré le faisait de manière subtile, la chanson Entre Belle-Île et Nantes de Suroît, enregistrée en 2002 sur le magnifique album Prends le temps (le meilleur album du groupe, selon moi), célèbre l’amitié indéfectible et le profond sentiment de fraternité qui unit les descendants des Acadiens exilés avec les bretons, plus particulièrement les habitants de Belle-Île-en-Mer. Car beaucoup d’Acadiens déportés trouvèrent à Belle-Île une terre d’accueil et un peuple d’adoption. Le groupe madelinot (qui est à l’Acadie ce que Tri Yann est à la Bretagne) rend donc par le biais de cette chanson un superbe et vibrant hommage à la Bretagne. Et c’est toujours très émouvant de l’entendre chantée à Lorient (comme ci-dessous), car ce titre a, au FIL, une résonnance toute particulière…

PAROLES:

1. J’suis parti sur la côte

Un matin de septembre

Prévenant bien mes hôtes

Qu’il fallait pas m’attendre

Est-ce le cri de ma race

Tous ces bruits qui me hantent?

Je veux suivre leurs traces

Entre Belle-Île et Nantes

2. Quais de la Trinité

Voiliers du Morbihan

Buvons à l’amitié

A mes frères de sang

De bistrots en cafés

Ceux avec qui je chante

Le verre il faut lever

Entre Belle-Île et Nantes

3. De la Côte Sauvage

A la Côte de Jade

C’est à grandes rasades

Que je rends mes hommages

A toutes ces femmes fières

A ces belles amantes

Comme un parfum de mer

Entre Belle-Île et Nantes

4. De mon pays d’hiver

Quand je pense à la France

Vogue vent d’outre-mer

Sur mes itinérances

Puis comme un vieux refrain

Mélodie apaisante

Je refais le chemin

Entre Belle-Île et Nantes…

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    Suroît interprétant Entre Belle-Île et Nantes sur la scène du Pavillon de l’Acadie, au FIL 2013.

JE PENSE A TOI, JE PENSE AUX TIENS (Paroles et musique: Gilles Servat, 2011)

    Dernière chanson-hommage de cette playlist, dans la veine d’Entre Belle-Île et Nantes… Alors que les précédentes ont été composées par des artistes acadiens, là c’est l’inverse. C’est Gilles Servat, ardent défenseur de l’interceltisme et poète de la Bretagne militante, qui a écrit la chanson qui suit, laquelle a été enregistrée sur son dernier album, Ailes et îles, en 2011… Je pense à toi, je pense aux tiens, dédiée à son ami Roland Gauvin, grande voix acadienne rencontrée au FIL, est un hommage touchant aux familles acadiennes chassées de leur pays et réfugiées à Belle-Île, où elles furent accueillies à bras ouverts… Je m’excuse d’avance de ne pas pouvoir vous mettre d’extrait pour celle-ci. J’espère que la beauté des paroles se suffira à elle-même pour vous interpeller… :)

PAROLES:

1. J’écris ces vers

Plage de Pozh Gwenn à Hoëdic

En pleine mer

Entre Quiberon et Le Croisic

2. Dans le parfum des immortelles

Hoëdic dénude sa poitrine

Et plus encore dévoile-t-elle

Sous toison de criste-marine

Blanche faucille tranchant la mer

Porzh Gwenn gerbe les laminaires

Sur sa lame je viens m’asseoir

Pour voir Belle-Île dans le soir

Je pense à toi, je pense aux tiens

3. L’Île de Houat, à droite, étale

Falaises sombres et sable pâle

Mutuel écrin obscur et clair

L’autre par l’un aux yeux offert

Droit devant moi l’Île aux Chevaux

Mène au vent ses poulains jumeaux

Dans la prairie que moutons tordent

Et talus de Belle-Île borde

Je pense à toi, je pense aux tiens

4. La banquise au ciel se fissure

La clarté par ces déchirures

Dans le gris trace des couloirs

Pour nous éblouir de sa gloire

Sous le triomphe de ses rayures

Passe un trois-mâts tribord armures

Ce bateau quel nom portait-il

Qui mena les tiens vers Belle-Île?

Tu vois je pense aux Acadiens *

5. Après l’ombre vient la lumière

Déjà je cligne les paupières

En regardant Kasperankiz

Dans l’or que les flots réfléchissent

Et dans le beau temps qui se lève

Le dieu du soir m’envoie un rêve

A Belle-Île un jour toi et moi

Nous irons pour joindre nos voix

Je pense à toi, je pense aux tiens

Je pense aux tiens, je pense à toi…

    * Tu vois je pense aux Acadiens: vous l’aurez compris, c’est cette phrase de la chanson de Gilles Servat qui m’a inspiré le titre de cet article…

    BONUX: Histoire de finir cet hommage de façon endiablée… Voici un extrait d’un concert un peu particulier: l’ouverture du show Acadie authentique à l’Espace Marine, lors de la Grande Nuit de l’Acadie au FIL 2012. Ce show, qui faisait sa grande première à Lorient, a pour but de démontrer le rayonnement et la vitalité de la musique acadienne, à travers ses nombreuses formes d’expression possible: les violons solistes, le folk-rock celtique, la chanson variétés, le conte… Il rassemble de nombreux artistes, aussi divers que Dominique Dupuis, Louise Vautour, Monique Poirier, Sandra Le Couteur, La Virée, Lisa Leblanc, Patricia Richard, Fayo, Joseph Edgar, George Belliveau, Jac Gautreau,  Dominique Bréau, Isabelle Thériault, ou encore Roch Voisine en guest spéciale (en plus de participer au spectacle, le chanteur, originaire d’Edmunston, était également présent en tant que parrain du prochain Congrès mondial acadien, qui se tiendra en août 2014, dans « l’Acadie des Terres et des Forêts »).

    L’ouverture du show démarre avec le traditionnel Les gens de par chez nous, et se poursuit par un set de reels décoiffants.

    Précisions à toutes fins utiles, le quintet de violonistes qui insuffle toute son énergie à ce set de reels, et qui sert de base musicale à plusieurs morceaux du show, est composé, de gauche à droite, de George Belliveau, Marie-Andrée Gaudet (de Prenez Garde!), Louise Vautour, Dominique Dupuis, et Théo Brideau (de La Virée). L’orchestre « maison », quant à lui, comprend notamment Isabelle Thériault (qui est également chargée de la direction artistique), Christian Kit Goguen, Chris Wheaton, Christien Belliveau, ou encore Sébastien Michaud.

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    Bonne écoute, et puissiez-vous, je l’espère avec cet article, avoir une pensée, même une toute petite, pour les cousins acadiens…



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